L'histoire de la création du film commence dans la toute
jeunesse de son créateur, le cinéaste Vassili
Zhuravlev (Василий Журавлев) . Interrogé en 1954
dans la revue " La connaissance- La force"
(Знание - сила, N°11 de 1954), il en racontait la genèse
qui commençait dans sa toute jeunesse.
En 1924 alors qu'il avait
tout juste 20 ans et qu'il faisait ses études
au VGIK, l' Institut Cinématographique
d'Etat, il écrivit un premier scénario de film
" L'espace" (ou " La Conquête de la
Lune par Monsieur Foksom et Monsieur Trottom",
Завоевание Луны мистером Фоксом и мистером
Троттом) acheté par Goskino,
qu'il décrivit lui-même comme très naïf et
techniquement irréalisable. Zhuravlev
indiqua que le scénario avait toutefois servi
lors de l'écriture du scénario du dessin animé
" La
Révolution Interplanétaire" de
1924 (Межпланетная революция). Le film ne se
fit donc pas mais dans la tête de son auteur
l'idée de la création d'un tel film était née.
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À cette époque le cinéaste Yakov
Protazanov (Яков Александрович Протазанов)
entamait la réalisation de son film Aelita,
le premier film de science-fiction soviétique.
Pour l'agrémenter il fit appel à Nikolaï
Khodataev (Николай Ходатаев) afin
d'ajouter quelques séquences animées. Ce
dernier enrôla Zenon Komissarenko (Зенон
Комиссаренко), qui travaillait déjà sur
le film pour les trucages, et Youri
Merkulov (Юрий Меркулов) . Finalement
l'affaire ne se fit pas, Protazanov
estimant que les scènes ajoutées risquaient
d'alourdir le film et d'en faire perdre la
compréhension.
Cependant les trois dessinateurs enthousiastes
décidèrent de produire leur propre film
d'animation et, pour écrire leur scénario,
s'inspirèrent de celui de Zhuravlev.
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Un film créé sur commande du gouvernement
soviétique.
En 1932 le Komsomol (Jeunesses Communistes du Parti
communiste d'Union soviétique) demanda aux
créateurs de cinéma de mettre en chantier, pour les
jeunes spectateurs, le plus possible de films sur les
sujets les plus divers, y compris de science-fiction :
en 1934 un article d'une revue sur le cinéma annonça
ainsi que " Nous en URSS devons créer le film de
science-fiction sur la vie dans notre pays dans 6 à 10
périodes quinquennales".
À cette époque la plupart des scénarios de
science-fiction essayaient de décrire un futur assez
lointain, la période de référence communément utilisée
étant le siècle : que sera notre vie, notre
environnement, nos techniques dans 100 ans ? Ce n'est
qu'après la deuxième guerre mondiale et l'approche de
l'échéance du vingtième siècle que la nouvelle référence
devint l'an 2000. Concernant les souhaits exprimés par
le Komsomol, la vision future attendue était
celle de 30 à 50 années. Mais si ce délai pouvait
paraître relativement court, le scénario le réduisit
très fortement à deux quinquenats,
10 ans, tant il semblait trop lointain de décrire ce
premier vol spatial alors que la technique progressait à
grand pas et que le gouvernement soviétique annonçait
des plans et des objectifs ambitieux à la réalisation de
son programme de développement. Ce film annonçait donc
un avenir assez proche, accessible, à la portée d'une
nation volontariste.
Zhuravlev,
qui s'était déjà orienté vers la réalisation de films
destinés à la jeunesse, prit alors contact avec le
scénariste Alexander Filimonov ( Алекса́ндр
Филимо́нов, qui avait déjà été son scénariste
pour Bombist en 1931) afin de lui demander
d'écrire le sujet d'un film racontant le premier vol
pour la Lune. En 1933, après
une nouvelle conversation avec Sergueï Eisenstein
(le fameux cinéaste, à l'époque responsable de l'un des
deux regroupements à l'origine de Mosfilm, le GUKF
Gosudarstvennoe upravlenie kinematografii i
fotografii, lui avait recommandé de lire le livre
de l'astronome anglais James Hopwood Jeans) et
afin de répondre au souhait d'exactitude
scientifique il prit contact avec le réputé
théoricien, Constantin Tsiolkovski, pour lui
demander des conseils sur la création d'un film
scientifique et son accord pour devenir le consultant
scientifique du futur projet.
Le 20 juin 1933
Tsiolkovski écrivait à Zhuravlev : "
Très cher Vassili Nikolaïevitch, avant [tout], je
pense composer le schéma et l'album des dessins de la
fusée des "Voyages ", je vous répondrai après.
Il me faut d'abord me plonger dans cette affaire et
évaluer sa difficulté. Je ne voudrais pas faire un
mauvais film (et ils sont tous si mauvais). Dans dix
jours ou plus, j'aurai composé l'album des dessins.
Alors, je vous informerai.". Et il ajoutait : " Je
ne dessine pas. Il faudra recourir à un artiste.
Avez-vous lu mon « En dehors de la Terre »
? Si vous ne pouvez pas le trouver, faites-le moi
savoir. Je vous l’enverrai pour un mois, après quoi,
je vous demande de me le retourner, car j’en ai peu.
La mise en scène des tableaux est difficile, car les
actions ne sont pas habituelles et sont difficilement
reproductibles sur la Terre. Un rendez-vous est
nécessaire et je le fixerai après l’album et après
réflexion.".
Il reçut certainement une réponse de Zhuravlev
puisque le 30 juin 1933 il
envoyait la lettre suivante : " Très cher Nikolaï
Vassiliévitch. Votre lettre express a été reçue. Mon
travail de préparation sera celui-ci :
1 Description pour l'album.
2 L'album (schématiquement).
3 Les indications sur l'album pour l'artiste [le
peintre].
4 Des explications pour vous, personnelles, à voir
lors d'un rendez-vous, comment reproduire les
mouvements des gens et des objets inhabituels pour la
Terre. Il me faudra plus de 10 jours de temps. Je
tiendrai au courant de la progression du travail. Je
vous envoie "Hors de la Terre". A me renvoyer à ma
demande. Vous en tirerez quelque chose. Prévenez-moi
de la réception avec une carte postale (sans faire de
manières) : le courrier a été reçu.". Il précise
enfin en post-scriptum : " Quand notre rendez-vous
sera utile, je vous le dirai. J’ai beaucoup d’autres
travaux (bénévoles d’ailleurs).".
On le voit, si Tsiolkovski pensait rapidement
travailler sur l' Album, il
prévenait déjà d'un possible délai plus long du fait
d'autres activités. Cet avertissement était judicieux
puisque, on le verra par la suite, l'écriture des
instructions dura plusieurs mois.
Nota : cette lettre comportait en introduction
des précisions sur la localisation de sa maison : " Kalouga.
C'est l'ancienne rue Korovinskaïa, qui commence
derrière le square du théâtre, normalement rue du
Théatre, il faut aller toujours vers le bas, jusqu’au
dernier numéro le 79, près du fleuve Oka.".
Comme promis le vieux scientifique donna
régulièrement des informations au cinéaste.
Malgré son âge avancé et sa santé chancelante il s'était
totalement engagé dans le travail préparatoire et
décrivait l'avancement de ses travaux le 10 juillet 1933
: " Lettre à SOVKINO. Très chers camarades !
Il n'y a pas beaucoup de dessins dans mes livres, et
ceux qui y figurent sont insuffisants. Votre venue est
indispensable. L'illustrateur (plus rapidement), le
scénariste, l'auteur et le camarade Zhuravlev sont
indispensables. Ne prenez pas moins de 100 grandes
feuilles de papier pour les dessins et des crayons.
J'ai des fusains. Mon papier ne va pas suffire.
Prenez toutes les personnes que vous estimez utiles.
Bien sûr, vous choisirez les dessins réalisables et
convenables. Je me dois de vous en proposer un grand
choix.
Il vous faudra rester à Kalouga une dizaine de jours.
Annoncez-moi votre venue une semaine à l'avance.
Je donnerai mes schémas à l'illustrateur lui-même. Ils
sont suffisants mais ont besoin d'explications.
SOVKINO ne peut-il pas éditer mon livre (pas encore
terminé) "Voyages cosmiques".
J'ai pensé écrire la nouvelle "Aventures cosmiques"
(en parler lors de notre rencontre).
Pour travailler attendez notre rencontre et l'examen
des dessins, je travaille intensément.
Pour le moment, je vous envoie les légendes des
dessins. Avant notre conversation je vous prie de ne
pas composer le scénario.
Dans un mois je vous demanderai de venir chez moi,
alors vous pourrez le composer.".
Dès le 21 juin 1933 Tsiolkovski avait
travaillé à la préparation du film en rédigeant un petit cahier de consignes, l'album
des voyages spatiaux, contenant une trentaine de
pages de schémas, dessins, explications et même une
table des matières, il n'en finit toutefois la rédaction
que le 26 octobre 1933. En effet, le 6 août 1933 il
informait de son retard : " Le travail monotone me
fatigue, c’est pourquoi je n’ai pas pu beaucoup
travailler sur le film « les Fusées ». L’album est
fait très grossièrement, les commentaires ont pris 22
jours d’écriture à la machine et ne sont pas encore
terminés. Ces travaux m’ont fait beaucoup réfléchir,
mais ne vous sont pas utiles. Les enfants et le public
ne peuvent pas faire la différence entre vérité
scientifique et fantaisie brute. Il leur faut quelque
chose d’intéressant, et j’ai du mal à comprendre en
quoi cela consiste. Vous êtes plus apte à comprendre.".
Il confirme alors qu'il invitera bientôt le cinéaste : " Je
vous retiens, mais vous pouvez toujours venir chez moi
(en prévenant par lettre une semaine à l’avance). Je
suis prêt à donner une réponse à toutes vos questions
: je m’y suis un peu préparé. Seulement je vous
préviens que je n’ai rien pour des prises de vue, il
n’y a rien à filmer (Je préviens pour n’ennuyer
personne et ne pas entraîner de dépenses inutiles).
Les livres envoyés vous ont-ils été suffisants ?
Retournez-moi « Hors de la Terre » à votre venue ou
par la poste.".
On retrouve en cette fin de lettre l'esprit économe du
scientifique qui usait ses crayons jusqu'au bout, qui
cherchait à récupérer les livres prêtés et non donnés,
et qui était également attentif aux dépenses des autres
!
Zhuravlev ne devait pas être disponible, aussi
dans une nouvelle lettre du 27
août 1933 Tsiolkovski indiquait : " j’attendrai".
Il ajoutait enfin en prévision de leur rencontre : " Ne
pouvez-vous pas trouver une poupée aux bras, jambes et
tête mobiles. Prenez-en une, elle vous sera utile.".
Le 8 septembre 1933, c'est
Lev Indenbom qui écrivait à Tsiolkovski
pour lui confirmer la volonté de Sovkino de le
solliciter comme consultant : " Cher camarade
Tsiolkovski .
La ciné-fabrique de Moscou se prépare à mettre en
scène en 1934 un film de science-fiction destiné
essentiellement à de jeunes spectateurs. Pour réaliser
ce film a été désigné le metteur en scène V.Zhuravlev
qui a une grande expérience des films pour enfants.
Nous avons l’honneur de vous demander de prendre part,
en qualité de co-auteur, à l’écriture du scénario de
ce futur film. Nous estimons que vous pourriez y
prendre part aussi bien comme consultant pour la mise
au point de la partie scientifique du scénario de ce
futur film, que comme consultant pendant la
réalisation (ce travail ne sera en aucun cas lié à
l’obligation de votre venue à Moscou).
Nous avons désigné un scénariste qualifié pour le
travail sur le scénario..
Selon nos plans, le travail sur le scénario doit être
terminé pour le 1er février 1934.
Nous vous prions de confirmer votre accord à la
participation à ce travail, à la suite de quoi nous
vous enverrons sans tarder le projet de contrat et les
honoraires dus pour votre futur travail."
Cette lettre peut surprendre car on pourrait facilement
la situer quelques mois avant, au moment de la prise de
contact avec le scientifique. Envoyée en septembre elle
peut être imaginée comme une confirmation formelle des
premiers échanges entre Tsiolkovski et Zhuravlev,
et notamment des conditions du contrat.
Indenbom veut rassurer dans cette lettre le
scientifique sur les qualités de Zhuravlev
qui, malgré son jeune âge, a déjà réalisé quatre grands
films destinés aux enfants.
En septembre 1933 Tsiolkovski terminait une
partie des instructions pour les acteurs.
En novembre 1933 il envoyait une lettre express aux
studios pour inviter l'équipe à Kalouga. Il
précisait dans son courrier : " A SOVKINO. Très chers
Camarades !
Je vous envoie mon programme de dessins pas encore
tout à fait au point. Les dessins sont des brouillons
et ils n’y sont pas tous. Ne vous pressez pas pour
faire le scénario etc. Discutez avec moi avant. Pour
le moment, je travaille. Votre Tsiolkovski"
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Photographie de la première
rencontre de 1933.
On peut y voir de gauche à droite : Victor
Shklovsky, Vassili Zhuravlev,
Vera Kuznetsova (la sténotypiste que
Tsiolkovski appelait " la
respectable camarade Kouznetsova que je
salue avec chaleur"  ), Lev Indenbom,
Constantin Tsiolkovski.
Shklovsky indiqua en 1957 que cette
photographie est tout ce qu'il restait de cet
entretien, les notes prises lors de cette
rencontre ayant été détruites.
Il précisa également que 5000 roubles furent
versées à Tsiolkovski. C'est Indenbom
qui s'occupa de lui faire signer le contrat.
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La première rencontre avec
Tsiolkovski.
À la suite de cette dernière invitation à
venir le rejoindre, le jeune Vassili
Zhuravlev, qui n'avait pas encore 30
ans, accompagné par Victor
Shklovsky, scénariste et
écrivain, L A
Indenbom, directeur, et Vera Kuznetsova,
sténotypiste et assistante d' Indenbom,
se rendirent ainsi lors de l' automne 1933 chez Tsiolkovski
dans la maison qu'il occupait alors Kalouga
(Калуга) , au bout d'une rue où le
pavé disparaissait sous les herbes et les
flaques d'eau et où gambadaient des oies et un
canard ( Tsiolkovski passera les deux
dernières années de sa vie dans une autre
maison mise à sa disposition par les
dirigeants soviétiques de la ville). Tsiolkovski
qui attendait ses visiteurs les
accueillirent : " Ainsi vous vous êtes
réunis pour la Lune. Eh bien, faisons
connaissance.".
Shklovsky décrivit cette rencontre à Kalouga
dans ses mémoires : " La rencontre était en
vérité ordinaire. Dans le jardinet il y
avait une bicyclette. Sur un gros fil de fer
pendait une lampe à pétrole. Tsiolkovski
montrait fièrement aux visiteurs les
couteaux et les fourchettes du premier acier
inoxydable soviétique. "Enfin nos
métallurgistes ont appris à faire le métal
nécessaire à la construction du dirigeable
et la fusée !" Les visiteurs buvaient le thé
et étourdissaient le maître de mille
questions".
Ils y observaient et discutaient la forme des
fusées, les contraintes des cabines, toutes
les questions relatives au lancement des
fusées, au vol, à l'alunissage, aux
trajectoires, à l'apesanteur. Le scientifique
leur remit ainsi un petit recueil contenant
une trentaine
de feuillets (ces
documents, regroupés dans un " Album des
Voyages spatiaux", Альбома
космических путешествий, furent publiés
dans un livre en 1947,
ainsi que la brochure qu'il avait publiée en
1929, " Цели звездоплавания").
Tsiolkovski répondit à toutes les
questions et quand Zhuravlev
retourna à Moscou il disposait de
l'ensemble des éléments essentiels pour
commencer son film. Filimonov
écrivit le scénario, Shvets vput
bientôt commencer à travailler sur les décors.
Cette première étape fut difficile car tout
est à imaginer et à construire, il n'existait
pas de modèle ou de prototype : le vaisseau
spatial, la rampe de lancement, le bâtiment de
l' Institut étaient des concepts
nouveaux.
Tsiolkovski déjà âgé de 78 ans, ayant
compris ce qu'attendait de lui le cinéaste,
passa dès lors presque la moitié de son temps
à calculer, imaginer, dessiner pour fournir
les bases scientifiques du film. Il avait
retrouvé une certaine jeunesse à l'idée de
donner ainsi à ses principes théoriques une
forme visible et concrète, support de
vulgarisation et de diffusion auprès d'un
large public. Les années durant lesquelles il
avait été un enseignant lui permettaient de
comprendre la façon d'expliquer aux enfants.
Mais la production du film n'est pas chose
aisée, et dans un long
courrier du 29 décembre 1933 Zhuravlev
indiquait à son éminent consultant : " Avant
toute chose excusez-moi pour mon long
silence. Ces derniers temps, un travail de
production colossal, des ennuis personnels
et, surtout, le combat pour faire avancer
notre sujet, ont englouti tout mon temps.
Aujourd’hui, c’est bien parti – pas plus
tard qu’hier, notre travail a été approuvé
par les organisations cinématographiques
dirigeantes. Ma demande de monter un film
sur les liaisons interplanétaires a été
accueillie exceptionnellement bien. Votre
accord et votre participation active ont été
reçus avec un enthousiasme exceptionnel.
Toute cette atmosphère sert maintenant
d’appât pour tous les travailleurs de notre
organisation. Ses meilleurs forces
créatrices veulent nous apporter leur
participation, fut-elle minime.".
Ainsi en cette fin 1933 le cinéaste était en
train de constituer
son équipe : " Je fais
mon choix avec rigueur. Ce travail est
excessivement sérieux – il a besoin d’un
enthousiasme authentique associé à une
grande minutie.".
Le scénario, plus exactement sa première
version, était bien avancée : " Revenons au
travail lui-même. Pour l’instant, les
spécialistes et moi nous battons sur ce qui
s’appelle l’attrait du film. Nous cherchons
un sujet qui, le plus clairement possible,
avec une précision scientifique absolue et
une joie de vivre saine, révélerait au
spectateur le suprême envol de la fantaisie
des forces scientifiques.
Nous sommes maintenant presque à la fin de
nos recherches. Le sujet est presque défini.
Il sera, dans les prochains jours, terminé,
imprimé et vous le recevrez sans tarder.".
Pour éclairer le scientifique il décrit le
thème général : " Pour le moment, je peux
vous communiquer ce qui suit. L’action se
passe dans le Moscou du futur, le Moscou des
années 1945-50. Autour de la ville filent
déjà à toute allure des aéroplanes. La
construction du métro est déjà un souvenir
historique. Et voilà dans ce Moscou-là des
astroplanes et le premier vol.".
Si le scénario est effectivement bien avancé,
des préparatifs ont également déjà commencé et
suscitent quelques nouvelles questions : " Plusieurs
équipes travaillent déjà. L’une d’elles
travaille sur la mise au point de la
résolution technique du problème le plus
complexe : la danse (marche) de l’homme sur
la lune avec son comportement particulier.
C’est le secteur du « pas lunaire », comme
je l’appelle.
Le deuxième groupe travaille sur la
résolution technique de la scène de perte de
pesanteur dans l’appareil. Ce qui se produit
est clair. Maintenant nous cherchons à
trouver comment le faire, comment faire en
sorte que se passe avec des hommes réels ce
que vous nous avez montré.
J’ai des questions à vous poser.
1. Doit-il y avoir obligatoirement une
station stratosphérique entre la Terre et la
Lune ?
2. Le pilote de la fusée. Y en a-t-il un
seul ou plusieurs ? Peut-il avoir chez lui
une sorte d’appareil d’entraînement et si
oui, lequel ?
J’ai d’autres questions pour vous, mais je
vais les trier, les classer de façon
systématique et vous les envoyer après, en
même temps que le sujet.".
Il terminait son courrier tout en ferveur : " Comme
vous le voyez, notre travail est en pleine
effervescence. Je n’ai jamais travaillé avec
autant d’enthousiasme qu’aujourd’hui. Il y a
10 ans que je rêvais d’un tel film, et c’est
enfin arrivé.
Je crois absolument en son succès.
Pour conclure, permettez-moi de vous
souhaiter une future bonne année trente
quatre et les meilleures choses possibles.
L’un de mes souhaits est de voir en automne
34 notre remarquable projet réalisé, de voir
notre film de qualité sur les écrans.".
Il lui faudra plus d'une année supplémentaire
!
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Dans ses travaux
préalables, Tsiolkovski
décrivait ainsi le départ d'une
fusée : "Le signal du départ est
donné ; les explosions commencent,
accompagnées d'un bruit
étourdissant. La fusée a
tressailli et s'est mise en route.
Nous sentons que nous sommes
devenus terriblement lourds".
Enfin il rappelle les circonstances
de la découverte de l'apesanteur : "Nous
contonuerons d'éprouver une
lourdeur infernale ... tant que
les explosions et leur bruit
n'auront pas cessé. Puis, quand un
silence de mort règnera, la
lourdeur disparaîtra aussi
instantanément qu'elle a surgi.
Maintenant nous sommes montés
au-delà des limites de
l'atmosphère, à l'altitude de 575
km. Non seulement la lourdeur
s'est affaiblie, mais elle a
disparu sans laisser de traces.
Nous n'éprouvons mêmepas l'action
de la pesanteur à laquelle nous
nous sommes habitués comme à l'air".
Constantin Tsiolkovski, sa
vie et son oeuvre. Par le professeur
A. Kosmodemianski. Editions
en langues étrangères, Moscou
1957
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Victor
Borisovitch
Shklovsky ( Виктор Борисович
Шкловский - 24 janvier 1893, Saint-Petersbourg
- 8 décembre 1984, Moscou), écrivain
connu, scénariste de nombreux films, critique
littéraire.
Il raconta sa visite chez Tsiolkovski
dans la revue " Étendard" ( Знамя)
de novembre 1959. Il est intéressant de
remarquer que Zhuravlev ne cita
jamais cette visite lorsqu'il fut interrogé
sur la création de son film.
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Lev
Aronovich
Indenbom ( Лев Аронович
Инденбом - 1903 - 1970), metteur en
scène de théâtre, directeur du groupement
cinématographique, collaborateur d'Eisenstein.
C'est lui qui assura la partie administrative
des relations avec Tsiolkovski
(contrats, transmission de photographies,...)
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Vera
Kuznetsova ( Вера Кузнецова
- 6 octobre 1907, Saratov- 1er
décembre 1994, Saint-Petersbourg),
assistante de Lev Indenbom. Lors de
la visite chez Tsiolkovski elle
était également correspondante du journal Kino.
Plus tard, après guerre, on la redécouvrit
comme actrice dans presque 70 films.
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La rencontre entre les auteurs du film et le
scientifique. De gauche à droite Zhuravlev,
Tsiolkovski et Shvets. La
première photo est parue dans le journal
"Вечерняя Москва" 1935, décrivant la deuxième
rencontre avec le cinéaste Zhuravlev
mais surtout la première avec l'équipe du
film. La troisième photo
provient des archives personnelles de Tsiolkovski.
La maison de Tsiolkovski était un
lieu de passage très fréquenté. De nombreuses
personnes venaient le rencontrer pour
recueillir son avis sur la technique, l'avenir
et la philosophie de la conquête du ciel et de
l'espace. On y a ainsi vu des hommes
politiques, mais aussi des techniciens , des
artistes : écrivains, philosophes, graphistes,
et bien sûr les cinéastes.
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En février 1934 Tsiolkovski
envoya un courrier à l' Administration
centrale de l'industrie cinématographique
et au journal " Le cinéma" pour
décrire la valeur prometteuse du scénario.
Le 5 mars 1934
Zhuravlev exprimait
lui aussi sa satisfaction auprès du pionnier :
" Cher Constantin Edouardovitch ! Hier
s’est produit l’événement le plus agréable
qui puisse arriver dans notre vie
cinématographique.
Hier notre scénario a été pris par notre
direction et mis en production (Je vous
félicite donc et vous remercie
chaleureusement à l’occasion du succès et de
la fin heureuse de la première étape de
notre travail). Le scénario a été lu par
Eisentein. Voici ce qu’il en dit :
« En rendant le scénario du ‘Voyage
cosmique’ je déclare qu’il m’a plu. Nous
avons besoin aujourd’hui de tels scénarii.
Je partage entièrement le point de vue du
camarade Tsiolkovski qui pense qu’ici tout
dépend de la façon dont la production pourra
techniquement réaliser la mise en forme de
ce scénario. »
Maintenant c’est parti à plein régime.".
Peu après Tsiolkovski lui répondait
: " Il vous faut venir, d’une manière ou
d’une autre, avec un peintre simple, mais
habile, qui puisse rapidement dessiner ce
que vous trouverez convenable dans mes
travaux. Il n’y a que vous et moi qui
puissions faire des copies de mes dessins.
Vous pouvez venir chez moi quand vous
voulez, prévenez seulement par lettre une
semaine avant.
La station et le nombre des pilotes etc.
tout sera laissé à votre fantaisie. Mon
travail consiste seulement à éliminer les
erreurs qui sont visiblement non
scientifiques et à laisser le matériau à
votre fantaisie. Nous parlerons de
l’entraînement lors du rendez-vous.".
Et il terminait son courrier par une
précision pratique : " J’habite maintenant
à 100 pas du théâtre Sadovaïa dans la même
rue. Tsiolk.). ".
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Le 14 mars
1934, c'est Indenbom
qui vint aussi rassurer son
interlocuteur, tant sur l'avancée du
scénario que sur un petit détail
pratique : "Très cher Constantin
Edouardovitch !
Je me hâte de vous communiquer une
agréable nouvelle : le scénario de
« Vol cosmique » est mis en
production, il a été chaudement
reçu et accepté par toutes nos
instances dirigeantes.
Vassili Nicolaïevitch est en train
de travailler le scénario de la
mise en scène et de chercher les
acteurs. Dès que le scénario de la
mise en scène sera prêt, nous vous
l’enverrons pour examen. Sur la
base de vos schémas et ébauches le
décorateur prépare les esquisses
des décors, des costumes etc..
Nous comptons bien que, quand
elles seront prêtes, vous
accepterez de les examiner et de
les vérifier.
Les mille roubles qui vous sont
dus d’après le contrat vous seront
envoyés ce jour par la poste.
Un salut cordial à vous et votre
famille."
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Le 9 mai 1934
le scientifique félicitait le cinéaste sur
la qualité de son scénario : " De
C.Tsiolkovski à propos du scénario du «
Voyage cosmique ». Le scénario précédent
était fin et captivant. Le second, en
plus, s’est enrichi de nombreux nouveaux
tableaux scientifiques. Les défauts sont
corrigés.
Recevez mon amical salut.
C.Tsiolkovski
Rue Tsiolk. N°1, Kalouga".
Il joint à ce bref courrier une longue
liste de points nouveaux à revoir
dont voici quelques citations :
"P.11 La face cachée de la lune a des
jours et des nuits, comme cela se voit.
Seulement on n’y voit pas la Terre.
(pp.5-6)
P.12 On ne voit pas des milliards
d’étoiles à l’oeil nu, mais seulement des
milliers (3ème page)
...
253 (les courroies ne sont pas utiles) il
se tient aux poignées du fauteuil.
299 tous les objets tombent en recouvrant
la pesanteur
...
401 l’oxygène pur n’est pas toxique. C’est
un vieil égarement des temps de Jules
Verne.
453 il pouvait trouver de l’air solide
dans les coins éternellement à l’ombre,
mais pas dans une gorge. On peut saisir
l’air solide dans un gant tiède.".
La séquence 299 dans laquelle les objets
retombent lorsque la pesanteur réapparaît ne
fera pas partie du scénario définitif. On
peut donc constater que le scénario évoluera
encore.
En 1934, une équipe de tournage dirigée par
le réalisateur V. Zhuravlev travaille sur le
film de science-fiction "Space Flight". K.E.
Tsiolkovski participe activement à ce
travail en tant que conseiller scientifique.
Ses lettres à V. Zhuravlev ont été publiées
dans le numéro 11 de notre magazine de 1957.
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• en 1957 la revue L'art du cinéma
(Искусство Кино) publiait dans son numéro 11 un
article signé M. Oshurkov (М. ОШУРКОВ) consacré
à Tsiolkovski intitulé "Il l'a fait à Kaluga"
contenant une lettre du savant en réponse à une
version de scénario:
"Aujourd'hui, alors que la première planète
artificielle du monde s'élance dans l'espace,
nous nous souvenons avec de nouveaux détails de
notre rencontre avec le brillant scientifique
russe K. E. Tsiolkovski.
En 1932, nous sommes arrivés à Kaluga pour un
reportage pour un studio d'actualités.
Le scientifique vit modestement, dans une
dépendance en bois d'un étage, dans l'une des
rues vertes et tranquilles de la ville. Lorsque
Konstantin Edouardovitch a appris l'objet de
notre visite, il a catégoriquement refusé d'être
filmé, et ce n'est qu'après nous être "habitués"
l'un à l'autre et qu'il s'est intéressé à la
caméra que nous nous sommes mis d'accord sur un
plan de tournage.
En discutant avec Tsiolkovski, nous craignions
de ne pas pouvoir montrer le scientifique dans
son environnement de travail habituel, dans son
bureau, car nous disposions à l'époque d'un film
à faible sensibilité.
Voyant notre inquiétude, Konstantin Eduardovich
nous a proposé de prendre le petit déjeuner tous
ensemble dans le jardin et de le filmer ici, à
table, avec des livres, des maquettes de
dirigeables et d'avions. Nous soumettons ces
clichés à l'attention des lecteurs (photo
ci-dessus et au verso).
Une fois le tournage terminé, nous avons
chaleureusement fait nos adieux au grand
scientifique et avons reçu de sa part des livres
dédicacés.
Nous pouvons dire avec fierté que le brillant
scientifique qui a été le premier au monde à
prouver scientifiquement la possibilité de vols
interplanétaires a gagné la gratitude éternelle
de ses héritiers
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Sur
les pages du scénario littéraire écrit par A.
Filimonov et du scénario du réalisateur élaboré
par V. Zhuravlev avec l'équipe du film, de
nombreuses remarques et conseils du scientifique
ont été conservés.
Nous publions quelques commentaires de K. E.
Tsiolkovski sur l'une des versions du scénario
du réalisateur.
Plan 1. La nuit. Des milliards d'étoiles. La
lune. R : Des milliards d'étoiles ne sont
pas visibles à l'œil nu, mais seulement des
milliers.
Plan 236. Obscurité. Une seule lampe est
allumée. À gauche, trois cabines de bain pilotes
remplies de liquide, dans lesquelles flottent
nos héros. Dans l'une d'elles, on reconnaît
l'académicien Sedykh à ses cheveux gris, blanc
dans sa combinaison de plongée. R : Pas
besoin de combinaisons spatiales : nus ou en
culottes. [Finalement les passagers
seront bien en combinaison de plongée]
Plan 242. ...Maya et Vilen enlèvent
précipitamment leurs casques. R : sont
essuyés et enfilés (le port du casque n'est
pas obligatoire).
Plan 253. Sedykh se fixe sur la chaise à l'aide
de sangles avec des gestes bien calculés.... R
: (Pas de sangles nécessaires)..., en se
tenant aux bras de la chaise.
Plan 257. Vilen est rapidement descendu,
parvient à saisir un mécanisme et reste en bas
dans une position absurde.... R :
“strictement” - pas nécessaire.
Plan 265. L'espace dans le cadre d'une trappe,
la Terre sous la forme d'une fine vitre bleue
avec un immense arc déployé sur la surface noire
du ciel. Une fontaine de lumières multicolores
scintillantes désintègre un bouquet d'étoiles
filantes. R : “En forme de verre” -
inutile. “sous forme de verre” -
pas nécessaire.
Plan 273. Tous les trois rejoignent leur place.
Sedykh à la console centrale, Maya aux
instruments, Vilen, après avoir exécuté une
danse sans air basée sur les mouvements
physiques les plus inattendus et les plus
absurdes, s'en va. R : La danse est
difficile à exécuter : il s'agit de faire des
roues d'un mur à l'autre et d'effectuer
diverses rotations.
Plan 274. Vilen se rend aux réservoirs
d'oxygène.
Plan 277. Vilen, regardant prudemment
l'académicien Sedykh, plonge rapidement dans
l'écoutille. R : plonge dans l'espace entre
les deux trappes.
Plan. 299. Tous les objets tombent sur le sol. R
: Tous les objets tombent en subissant la
gravité.
Plan 303. Dans la console de l'astroplane, on
distingue clairement la petite silhouette de
Vilen, qui se débat désespérément dans l'espace.
Plan. 305. Une forte corde lancée par
l'académicien Sedykh s'envole vers Vilen. R
: “en approchant de la silhouette”.
Plan. 306. L'académicien Sedykh enclenche les
interrupteurs. Tout s'effondre sur le sol, les
personnes et les objets. R : Tout tombe dans
le sens contraire.
Plan 311, -Je vais chercher Vilen ! dit Sedykh.
R : “je vais voler”
Plan 312, - Le commandant du vaisseau vous
ordonne de prendre la barre - dit Sedykh à
Mae. R : Pas besoin de gouvernail
Plan 326. Tout s'effondre sur le sol, les
personnes et les objets. R : “sur un mur”
Plan 329. De l'obscurité. L'écoutille. Les mains
de quelqu'un enlèvent les verrous. Lentement, le
bouclier est retiré, révélant une vue de la
lune, des montagnes. Le ciel noir. Les lumières
chatoyantes des étoiles. Le froid. R : La
majorité des étoiles sont blanches.
Plan 334. Astroplane dans le cratère. Sedykh
saute de l'écoutille. Suivi par Maya.
Suivie par Vilen. R : Un saut d'une hauteur
de 6 à 10 mètres n'est pas dangereux.
Plan 336. Un panorama du monde lunaire, noir et
contrasté, défile. R : jaune-noir.
Plan 337. L'académicien Sedykh s'approche
jusqu'au bord de l'une des tuyères et y écrit à
la craie : “Je déclare la réunion ouverte”. R
: se lève ou saute.
Plan 338. Vilen, qui articule de toutes ses
forces, interroge Sedykh sur un sujet qui l'a
apparemment beaucoup intéressé. Sedykh ne
comprend pas vraiment pourquoi Vilen est si
enthousiaste. Maya s'approche. Tous les trois
parlent, gesticulent vigoureusement et ne
s'adressent pas l'un à l'autre. Vilen commence
alors à utiliser l'alphabet des sourds-muets :
“Où est la Terre ?” disent les doigts de Vilen.
R : Il est possible de parler en reliant les
casques avec des fils ou des fils tendus (la
gestuelle est plus efficace).
Plan 345. Sedykh, toujours aussi grave, explique
ce qui s'est passé : “L'atterrissage s'est
parfaitement déroulé, mais nous avons atterri
derrière le pôle Sud et nous n'avons pas vu la
balise d'atterrissage sur Terre.” R : “posés
sur la face cachée de la lune”.
Plan 346 : Vilen n'est pas très impressionné par
cette explication. Il hausse les épaules et
suggère immédiatement : "Alors, on devrait
démarrer la voiture et rouler sur le pôle ! R
: Vilen n'est pas très satisfait. Il hausse
les épaules et suggère immédiatement : “Alors,
nous devrions démarrer la machine et voler à
la rencontre du pôle !”
Plan 360. "Oxygène... Fuite...", crie
l'académicien Sedykh. R : L'oxygène pur
n'est pas nocif. Il s'agit d'une vieille idée
reçue datant de l'époque de Jules Verne.
Plan 364. L'oxygène gazeux s'écoule du cylindre
en un jet très puissant, ébouriffant le papier
posé par Sedykh. La main de Sedykh bouche le
trou. R : et l'excitation retombée, ils
reprennent leurs esprits...
Plan 400. Sedykh et Maya nagent jusqu'à
Vilen.... R : l'approchent ou marchent
Plan 401, et comme si elle traversait l'horizon
pour passer de la nuit au jour, la machine
flotte au-dessus du paysage lunaire. Très
lentement, derrière les crêtes lunaires,
apparaît le globe scintillant, gigantesque, que
nous connaissons bien grâce au globe terrestre.
R : les bords sont blancs et des taches
blanches de neige.
Plan 402. Au sommet de la crête lunaire,
chargés de lourdes et énormes balles, nos trois
voyageurs s'élancent. R : montent facilement
Plan 409. Ils volent sur fond de paysage
lunaire. R : courent ou sautent
Plan 420. Maya essaie tant bien que mal de se
contenir, mais il est évident que sa vivacité
d'antan commence à la quitter - elle est sur le
point d'éclater en sanglots. Vilen s'approche
d'elle... R : rebondissement.
Plan 424. Deux petits personnages solitaires se
tiennent au centre d'un cratère lunaire
grandiose, entouré de rochers noirs et blancs
aux pics étincelants. R : Noirs et jaunes,
pas noirs et blancs.
Plan 440. Les membres du personnel fuient
par toutes les portes... R : Ils
apparaissent.
Plan 453. L'académicien Sedykh sort de sa
poche une masse cristalline blanche qui fond
instantanément dans ses mains. R : Il a pu
trouver de l'air solide dans les parties
perpétuellement ombragées du cratère, mais pas
dans la crevasse. On peut retenir l'air solide
avec un gant thermique.
Plan 456. Maya et Vilen embrassent
l'académicien Sedykh, l'embrassent sur le nez,
dans la bouche, dans les oreilles, dans les yeux
- n'importe où. R : embrassent le casque, le
nez, les oreilles.
C TSIOLKOVSKI 9 mai 1934"
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Le 11 mai
1934 Tsiolkovski
envoyait ce petit mot : "Cher Vassili Nik.
Vous m’avez énormément réjoui par la nouvelle
du succès du scénario. Je salue vos camarades
et collaborateurs.
Tous les 2 mois j’ai une bronchite qui dure un
mois. Je ne sors pas. Les miens vous
remercient pour votre bon souvenir. Quand un
rendez-vous sera nécessaire, prévenez-moi une
dizaine de jours avant.".
La deuxième rencontre.
En ce printemps 1934, au mois de mai, Vassili
Zhuravlev le metteur en scène, Youri
Shvets le décorateur et Alexander
Galperin l'opérateur, accompagnés par Kouznetsova
la sténotypiste, se rendirent pour une deuxième
rencontre chez le célèbre précurseur de
l'astronautique.
Cette rencontre était la deuxième pour Zhuravlev
, mais c'était la première rencontre avec
l'équipe du film : c'est certainement pourquoi Zhuravlev
la décrivit ensuite comme étant la première
rencontre, entièrement centrée sur la
réalisation du film. Il indiqua également que Filimonov
le scénariste était du voyage, ce qui ne semble
pas confirmé par les autres témoignages, les
photographies et les courriers.
De même il précisera qu'il y avait apporté une
poupée demandée par Tsiolkovski pour
illustrer le vol en apesanteur et la marche sur
la Lune, alors que cette scène s'est
effectivement déroulée lors de la première
rencontre (voir plus haut la lettre du 27 août
1933).
Cette rencontre permit un temps complet
d'échanges et de travail, de comparaison des
idées de Tsiolkovski et de l'équipe
cinématographique. Lorsque finalement l'équipe
du film le quitta, Constantin Tsiolkovski
dit : "Bien, maintenant vous êtes prêts pour
le film du voyage dans l'espace".
Ainsi le 24 mai 1934 le journal "La
vérité du Komsomol", Комсомольская
правда, pouvait décrire les éléments principaux
du scénario du film et la collaboration du
scientifique comme consultant sérieux et actif.
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C'est
la revue Kino qui traça le difficile
avancement du film, passant d'un enthousiasme
initial à des critiques sur les délais, le coût,
la tournure que prenait le film : |
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• 22 janvier 1934, un avis très positif sur
le principe d'un film scientifique :
"Le premier succès du texte d'A. A. Filimonov
Kосмический рейс (ou "Vive la jeunesse !") est
que l'auteur a dépeint et montré de manière
vivante et intéressante le personnage
principal du texte, l'enthousiaste académicien
Popov. Le personnage du scientifique est
concret et substantiel, sans douceur et sans
échine. Cette image se développe sur des
actions inattendues, mais tout à fait
crédibles et typiques pour lui. Au cours
de l'action, Pavel Ivanovitch, jusqu'à la
dernière scène, révèle de plus en plus de
nouveaux traits de caractère, ce qui en fait
un personnage très vivant et attrayant. Un
académicien volant sur sa machine vers la lune
est l'image d'un scientifique soviétique d'un
futur pas si lointain. Il ne s'agit pas d'un
génie solitaire, d'un paria et d'un fugitif de
l'humanité, d'un homme au destin tragique et
sinistre, le capitaine Nemo, créé par Jules
Verne. Il ne s'agit pas non plus d'un
expérimentateur du type des héros de H.G.
Wells.
L'académicien Pavel Ivanovitch est un type de
nouveau scientifique. Nous donnons déjà un
nouveau sens à la notion
d'“académicien”. En URSS, un
scientifique enthousiaste et amateur est
entouré de l'aide et de l'amour de nombreux
étudiants et de l'ensemble de la population du
pays. En montrant une future mission lunaire
de l'Union soviétique, il est tout d'abord
nécessaire de montrer les personnes vivantes
qui s'envoleront vers la lune et le peuple de
notre pays, ainsi que le lien étroit entre les
deux. Cette tâche est peut-être la plus
difficile, car lorsqu'on donne des images et
des caractères des futurs habitants, il est
extrêmement facile de tomber dans la fausseté
et dans l'abstraction “bleue”. Il faut
beaucoup de tact, un sens aigu des proportions
artistiques, la capacité d'unir le réel et le
rêve, la capacité d'identifier et de prévoir
les tendances de développement et les
changements de caractère des personnes de
notre époque. L'action de Kосмический рейс se
déroule “provisoirement”, probablement dans
quelques décennies. Que de choses auront
changé d'ici là ! A. A. Filimonov a trouvé la
bonne mesure pour l'image de son académicien,
en combinant avec tact le véritable pathos
d'une attitude mystique optique à l'égard de
notre réalité avec une grande part de bonne
humeur et en ne séparant pas le caractère de
l'"académicien" du caractère des scientifiques
de notre époque. Il ne fait aucun doute que ce
film suscitera chez tout spectateur un immense
élan de curiosité et de fascination face aux
perspectives ouvertes par les nouvelles
réalisations de la science et de la
technologie. La conquête de l'espace par le
génie humain est un sujet fascinant. Ce
qui était hier un fantasme acquiert
aujourd'hui une base scientifique et sera
résolu techniquement à l'avenir. La
popularisation de ces thèmes dans les films de
science-fiction provoquera une nouvelle vague
d'intérêt pour la science, l'initiative
créative et la compétition scientifique et
technique parmi les plus larges masses de
spectateurs. Avec la stagnation et la
concentration délibérée de la pensée créative
de masse en Occident, l'industrie
cinématographique bourgeoise n'a aucune raison
de faire de tels films. (Sauf s'ils traitent
de la guerre et d'autres moyens de
destruction). Dans notre pays, de tels films
aideront tous les écoliers, les scientifiques
et tous les travailleurs qui produisent des
scientifiques et des inventeurs en leur sein à
avancer encore plus énergiquement et
rapidement sur les voies de notre plan
quinquennal. L'initiative de l'ouvrier du
Komsomol V. N. Zhuravlev, qui a suggéré aux
scénaristes de développer le thème des
communications interplanétaires pour leur
prochaine production, a fait ses preuves. Le
succès du premier scénario sérieux de
science-fiction confirme la certitude que nous
aurons un certain nombre de nouveaux scénarios
intéressants du même type dans un avenir
proche. Même si dans Kосмический рейс, tout
n'est pas axiomatiquement correct d'un point
de vue scientifique. Il ne peut en être
autrement lorsqu'il s'agit essentiellement
d'hypothèses. De tels films ne peuvent que
susciter la discussion. D'ailleurs, les
caractéristiques d'une telle discussion et
l'intérêt scientifique de la population de
toute l'URSS pour le vol sont encore
insuffisamment illustrés dans les dernières
scènes du scénario, lorsque les problèmes sont
discutés au sol : — Volera-t-il ou non
?— Est-ce que l'astronome reviendra sur
terre ou non ? — Les voyageurs resteront-ils
en vie ou reviendront-ils morts ? Il faut ici
montrer non pas tant la sensation qui a excité
les foules de curieux, que la large diffusion
des connaissances scientifiques et techniques
dans notre pays et le lien de sang entre les
courageux voyageurs de l'espace et tous les
travailleurs de leur pays, qui ont créé le
premier astronef."
• le 16 février 1934, une longue entrevue
avec Tsiolkovski (la première partie est la
reprise d'une lettre que le savant avait
envoyée aux journaux le 1er février 1934):
"Grandioses dessins.
J'ai lu le texte d'A. A. Filimonov
Kосмический рейс avec beaucoup d'intérêt et
de satisfaction. Mes conseils
scientifiques, mes travaux scientifiques et
mes conversations avec des auteurs sur les
voyages interplanétaires sont présentés par
l'auteur du texte sous la forme d'une fiction
vivante et fascinante.
Ce scénario n'est pas un travail strictement
scientifique. Il n'a pas besoin de l'être :
une surcharge de données scientifiques le
rendrait aride et inaccessible à un spectateur
qui ne connaîtrait pas ce sujet. Sous la même
forme, le scénario familiarise nos
téléspectateurs soviétiques, en particulier
les jeunes, avec les données scientifiques
actuelles sur l'observation des étoiles. Il
présente une prévision assez scientifique des
réalisations actuelles dans ce domaine et ne
manquera pas de susciter l'intérêt pour
l'étude de ce cas. Je corrigerai les erreurs
individuelles avec les auteurs dans les
travaux futurs.
Je considère que la production d'un tel film
est hautement souhaitable et moderne, et je
suis prêt à apporter un soutien
supplémentaire. Que la fabrique de cinéma
comprenne la complexité et l'importance de ce
film et crée les conditions réelles pour que
son réalisateur V. N. Zhuravlev puisse créer
une œuvre digne de cette idée grandiose."
Le journal poursuivait avec une suite plus
générale que je ne reprends pas ici, si ce
n'est :
"Les scientifiques rêvent de conquérir
l'espace, chiffres et calculs en main. Les
travailleurs en rêvent devant des vieux livres
de Wells et de Jules Verne.
Pendant dix ans, V. N. Zhuralev a rêvé du
voyage du pays dans l'espace.
Au lieu d'un sentimentalisme dépassé, obsolète
et bourgeois, il voulait offrir aux enfants
soviétiques un film de science-fiction sur
l'audace et l'essor de la science soviétique,
sur ses combattants et ses conquérants - les
scientifiques soviétiques.
La proposition présentée par Zhuravlev
l'année dernière n'a pas eu beaucoup de
succès au départ. Le sujet ne semblait
pas correspondre à l'éventail des tâches du
cinéma pour enfants. Il a fallu une résolution
du Comité central du Komsomol d'élargir les
thèmes et les genres des films pour enfants et
de donner une place importante à la
science-fiction pour que cette idée soit
reconnue par ceux qui craignaient de gâter les
écoliers soviétiques avec un spectacle trop
divertissant, trop fantastique et pas
directement pédagogique.
Ainsi, Kосмический рейс, un film sur la lune.
Il s'agit d'un problème scientifique non
résolu. Un film fascinant, passionnant.
Fantastique. Oui, fondé sur la science
d'aujourd'hui. Ce n'est pas un fantasme
abstrait, informe et vague, mais un fantasme -
une prévision scientifique. [...]"
Une photographie de la rencontre entre
Tsiolkovski et Zhuravlev illustrait l'article.
• le 28 février 1934, une entrevue avec
Zhuravlev, "réalisateur" :
"La production de films de science-fiction
au niveau artistique d'une véritable œuvre
d'art ne peut être réalisée que si la
qualité de la technologie cinématographique
est élevée. Aujourd'hui, l'état de
la base technique et l'abondance des moyens
techniques de la cinématographie (combinaison
du film et de l'animation) permettent de
refléter dans les films les énormes
réalisations de notre science.
Cela fait longtemps que je pense à réaliser un
film de science-fiction. Aujourd'hui, j'ai
enfin reçu cette opportunité. Je travaille sur
le futur film "Kосмический рейс avec beaucoup
d'intérêt et d'enthousiasme et, au fur et à
mesure que j'approfondis le matériel qui se
trouve devant moi, il s'ouvre à des horizons
de plus en plus vastes.
Kосмический рейс ne sera apparemment pas mon
seul film de science-fiction. Je réfléchis
déjà à un scénario de science-fiction qui sera
produit en 1935.
Qu'est-ce qui me fascine dans le travail sur
la science-fiction ? Tout d'abord, cela me
donne l'occasion de réaliser à l'écran ce sur
quoi travaillent les meilleurs esprits de
notre époque. Il nous donne l'occasion de
montrer notre futur socialiste proche, de
tracer la ligne de nos réalisations, de
montrer que l'avenir nous appartient. En
outre, un film de science-fiction permet au
réalisateur de faire un énorme travail
d'imagination et de faire preuve d'une
initiative et d'une imagination
exceptionnellement complètes.
Avant de commencer à travailler, j'ai la tâche
très importante de sélectionner des personnes
enthousiastes pour ce travail et de constituer
une équipe solide et permanente, qui grandira
et se développera ensemble."
Suivait une autre entrevue avec Galperine,
"opérateur":
"Un film de science-fiction est un film sur
les victoires futures de la science
soviétique. L'importance d'un tel film est
déterminée par l'importance des problèmes
qu'il apporte au spectateur sous une forme
artistique. C'est exactement ce qui est prévu
pour le film de Zhuravlev Kосмический рейс,
basé sur un scénario de Filimonov, que je vais
tourner.
Pour l'opérateur [cameraman], le
Kосмический рейс est d'un intérêt
exceptionnel. Il faut “maîtriser
l'espace”, trouver le moyen de le filmer de
manière à donner une idée de la vaste étendue,
de l'éloignement des étoiles, qui ne doivent
pas ressembler à des boutons, mais à des
étoiles. Il est nécessaire de trouver un moyen
de filmer un système complètement particulier
de mouvement humain dans l'espace, lorsque les
lois de la gravitation changent. En outre, le
film comprendra le tournage complexe le plus
intéressant du futur Moscou avec le Palais des
Soviets, l'Avenue Lénine, d'immenses nouveaux
bâtiments.
Cette liste, même la plus courte, suffit à
donner une idée de l'ampleur de la tâche que
représente la recherche d'un style et d'une
méthode de tournage pour les films de
science-fiction. L'expérience
disponible jusqu'à présent est extrêmement
limitée et presque impossible à utiliser. Il y
a beaucoup de travail de création et
d'imagination à faire."
• le 16 mars 1934 :
" Sont approuvés en entrent en production.
[...]
Film fantastique pour enfants Kосмический
рейс, scénariste Filimonov, réalisateur
Zhuravlev, production Combinat de Moscou."
• le 29 avril 1934, le constat était fait que
plusieurs films devaient revoir leurs
scénarios :
"Au moment de l'approbation du scénario par la
réunion thématique sur la production de
Zhuravlev, seul le livret était encore
disponible. [...] Les intérêts artistiques et
les intérêts de la discipline de planification
de l'État exigent catégoriquement que le
scénario s'inscrive dans l'espace
cinématographique normal. Les réalisateurs
remanient à nouveau leurs scénarios et, comme
le montre la pratique, ils s'acquittent avec
succès de la tâche difficile qui consiste à
réduire le métrage et à améliorer la qualité
idéologique et artistique. Les scénarios
Стяжа тели et Kосмический рейс ont tous deux
franchi une nouvelle étape dans leur
développement par rapport à leurs versions
littéraires. [...] Le réalisateur
Zhuravlev a écrit le scénario de
Sokoloy-Mikktoe. Il s'agit d'un film
scientifique et fantastique [...]".
• le 16 mai 1934 :
"Le 11 mai, une réunion inhabituelle des
militants du parti a eu lieu à
Notylikha. Elle était inhabituelle parce
que jamais auparavant une réunion du parti
n'avait discuté d'une question semblable à
celle d'aujourd'hui. À la table du
président, sur laquelle sont étalés des
dessins, des esquisses et des modèles, se
trouve l'équipe de tournage. L'orateur
principal, le directeur de Космический
рейс, V. Zhuravlev, lit le texte ; l'auditoire
l'écoute avec beaucoup d'attention et
d'intérêt. La lecture a été suivie d'un débat
animé.
Le script de Космический рейс est
riche et divertissant en ce qui concerne le
futur Moscou international des années
cinquante de notre siècle. Le scénario
démontre la puissance et la force de notre
construction, donne l'image d'un homme nouveau
et de sa lutte pour maîtriser les sommets de
la science et de la technologie.
La valeur particulière du scénario réside dans
sa combinaison de divertissement et de
véritable science-fiction. Il n'a rien
de farfelu ou de pompeux, il est d'une
simplicité surprenante. Космический рейс
est une œuvre artistiquement forte - c'est
l'avis général de tous ceux qui ont assisté à
la réunion.
Mais un excellent scénario de
Космический рейс peut donner lieu à un
film brillant ou à un film sans intérêt.
De par la nature même du scénario, l'un de ces
extrêmes est inévitable.
Dans ce film techniquement très complexe, une
importance particulière est accordée à la
technique et à l'équipement de production. La
meilleure façon d'assurer le service technique
de Космический рейс a été le sujet le
plus discuté lors de la réunion du groupe.
Le chef du service décoration Scherbakov
suggère que le groupe étudie soigneusement et
détaille toutes les prescriptions techniques
et qu'il utilise au maximum la période
préparatoire pour la confection des décors.
Le maître communiste Shcherbakov promet de
développer le travail de son atelier afin de
fournir des décors de Космический рейс
de haute qualité.
“Il faut comprendre, dit M. Shcherbakov,
qu'une image montrant la grandeur de la
reconstruction d'une ville socialiste doit
être d'une qualité de production
particulièrement élevée. Et si nos décors ne
sont pas bons, le spectateur ne croira pas au
film”.
Le chef de l'atelier mécanique, T. Kovalsky,
propose de convoquer une réunion spéciale du
personnel technique du combinat pour discuter
des dessins, croquis et plans du film "Space
Flight". Les interlocuteurs s'attardent sur la
finition littéraire de l'histoire. Certains
mots et expressions sont modifiés. Les actions
des personnages sont critiquées. Ils suggèrent
que le scénario soit revu dans le sens d'une
plus grande élévation de moral de ceux qui
rejoignent le stratoplane lors de son vol vers
la lune. La scène finale doit être l'apothéose
de la joie de la victoire de la construction
socialiste. Les remarques des orateurs
concernant la finition architecturale du décor
sont tout à fait justifiées. Certains
bâtiments sont trop monotones et technicisés.
Le Moscou du futur aura des bâtiments riches
en architecture et élégants. Et le film "Space
Flight" devrait être particulièrement
bon. Toutes leurs actions, leur
vie, leurs manières, leurs costumes (oui,
leurs costumes, ils seront tels que
Moskvoshvei voudra les porter) devraient être
dignes d'être imités. Le film devrait
être exactement comme cela.
Le Kосмический рейс sera un bon film si
l'ensemble du personnel du Combinat adhère à
cette cause.
L'organisation du parti est le début de
l'assistance collective au groupe. Il est
nécessaire que cette assistance soit
systématique. Il est symptomatique que
l'opinion de la direction du Combinat sur le
"vol spatial" aille à l'encontre de l'opinion
de la direction du parti. La direction
sous-estime encore la complexité technique du
film et, par des actions individuelles,
ralentit la production et aggrave les
difficultés du groupe. La discussion entamée
par le comité du parti sur le travail des
groupes individuels devrait être légitimée et
rendue systématique, avec une plus grande
participation des communistes créatifs."
• le 22 mai 1934:
"Le plan de 1935 sera approuvé dans environ
six mois. Mais c'est maintenant qu'il est
préparé et réalisé. La préparation du
programme ne se réduit pas à un simple
placement de commandes de scénarios et à une
répartition des avances entre scénaristes et
écrivains. Il est le résultat du croisement
des idées créatives des scénaristes et des
écrivains avec les aspirations créatives des
réalisateurs et une certaine politique
artistique menée par la Fabrique. Lors de la
préparation du rythme, nous partons tout
d'abord des possibilités réelles de production
de notre usine. La principale limite est
le régime de soufre. Nous procédons donc tout
d'abord au calcul du nombre et de la nature
des productions que nous pouvons réaliser avec
les forces disponibles de nos réalisateurs. Le
réalisateur Zhuravlev est l'un des principaux
réalisateurs de films pour enfants. Le cinéma
pour enfants est un secteur en plein essor de
la cinématographie. En 1935, Zhuravlev
travaillera sur des films pour enfants.
Cette année, il a réalisé le premier film de
science-fiction Космический рейс.
Nous voulons continuer l'année prochaine à
travailler sur des films de science-fiction.
Le scénariste Sokolov-Mikitov, dans le
scénario sur lequel il travaille actuellement,
nous fait passer des terres étoilées de
Космический рейс au royaume
sous-marin. Le film se déroule au fond
de la mer, dans le monde sous-marin.
Cependant, il est extrêmement nécessaire, en
termes de cinématographie pour enfants, de
créer des films qui reflètent les changements
caractéristiques qui ont eu lieu dans la vie
des enfants de notre pays.[...]"
• le 3 juin 1934 :
"Le 26 mai, le plénum élargi du comité du
parti de l'usine cinématographique de Moscou a
écouté le rapport du directeur de l'usine
technique, T. Nikolaïev, sur sa capacité à
réaliser le programme de production de
l'usine. Nikolaev sur sa capacité à réaliser
le programme de production du Combinat. La
question de l'équipement technique est l'une
des plus difficiles dans l'ensemble des
problèmes auxquels est confrontée
l'organisation du Parti. Ce domaine est le
plus étroit dans le système du Combinat
cinématographique de Moscou. Le travail
normal et planifié de l'unité principale du
Combinat, l'équipe de tournage, dépend du
travail précis de l'équipe technique. Si l'on
tient compte du fait que les films
Стяжатели, Даже не
однофамилец, Космический
рейс et Осадное положение seront
achevés au début du quatrième trimestre, les
réalisateurs de Preobrazhenskaya et Pravoje,
Dovzhenko, Yurtsv, Macheret, Raizman, Roshal,
Piryev, Romm, Litvinov, Dzigan et Alexandrov
devraient travailler presque simultanément
dans les pavillons de l'usine au cours du
quatrième trimestre, soit huit films sonores
et trois films muets. La surface de
production de l'usine et ses équipements
techniques disponibles aujourd'hui ne
peuvent produire au maximum que trois films
sonores et deux films muets en même temps.
Une décision spéciale du plénum du comité du
parti sur le travail de l'usine technique
mentionne la nécessité de mobiliser d'urgence
toutes les forces pour l'équipement technique
rapide de l'usine cinématographique de Moscou.
Le Comité du Parti avertit qu'à côté de
l'attention que doit porter la direction du
Combinat à l'équipement technique de l'usine,
les principales difficultés de la préparation
des prises de vue des bâtiments sont résolues
par les forces de l'usine technique elle-même,
et le Comité du Parti exige de la direction et
des ouvriers de l'usine technique une grande
affirmation socialiste dans la lutte pour le
programme de 1934."
• le 16 juin 1934 :
"Après avoir présenté dans le numéro 8 un mot
sur le travail sur le film Kосмический рейс au
réalisateur Zhuravlev et à la cellule du
Komsomol, le journal a ensuite aidé les
militants de l'usine à discuter du film et du
plan de production. Le journal aide ensuite
les militants de l'usine à discuter du
calendrier et du plan de production du film.
Il aide le groupe de post-nouvelles à
rencontrer un certain nombre de "nobles
patrons" de Komoppat pour résoudre la question
de la technique du film, puis résume toutes
les questions qui se sont posées et les
formule dans une nouvelle sélection spéciale
n° 19 - “Pour la haute qualité de
Kосмический рейс”."
• le 16 juillet 1934 :
"Kосмический рейс est une œuvre
artistiquement forte et compte parmi les
meilleurs travaux du combinat de Moscou,
mais même avec un bon scénario, Kосмический
рейс peut devenir un mauvais film. C'est
pourquoi il est nécessaire de prêter une
attention particulière à la situation dans
laquelle se trouve actuellement le groupe
Kосмический рейс. Malgré les demandes répétées
du public "de ne pas permettre au film de
continuer sans plan d'ensemble", la direction
du combinat de Moscou était prête à prendre en
compte l'opinion du public. En juin, ils ont
autorisé le lancement de Kосмический рейс sans
plan directeur, sans devis, sans limites de
film et même sans scénario du réalisateur. En
définitive, pour 36 jours calendaires de
travail, le groupe a été inactif pendant 26
jours, gaspillant environ 1 500 roubles par
jour. Le filmage de trois scènes, soit 73
mètres de pellicule, a coûté 77 500 roubles au
groupe. Le groupe s'est retrouvé dans cette
situation en raison de l'absence d'une
direction administrative forte au sein du
groupe et d'une approche peu sérieuse de la
part de la direction de l'usine, ce qui a
laissé le groupe complètement dépourvu face
aux tournages. La seule chose dont disposait
le groupe était un plan de calendrier qui,
"sous l'action" de l'usine technique, a été
systématiquement bafoué. La livraison du décor
"la chambre d'Andriocha" a été retardée de
deux jours, "la rue du garage" de 4 jours,
"wagon" (cabine?) de 10 jours et... et
enfin "le bureau de Sedykh" avec un retard de
15 jours. Ce n'est pas tant l'usine qui est
coupable d'avoir violé le plan technique du
calendrier, mais le groupe. Les esquisses,
maquettes et dessins d'exécution de l'artiste
Y. Shvets ont été remis à l'usine technique
avec retard et sous une forme extrêmement
brute. L'absence d'accord entre le
réalisateur, le caméraman et l'artiste a
conduit à des modifications incessantes.
Ainsi, le décor de "La chambre d'Andriocha" a
été refait deux fois, "Wagon" cinq. Tous ces
faits témoignent d'une période préparatoire
mal menée, alors qu'elle a eu une durée de
plus de 3 mois. La situation du groupe
Kосмический рейс est clairement défavorable.
Le groupe a été embarqué pour un voyage
dangereux. La direction de l'usine,
convaincue de l'impréparation du groupe
Kосмический рейс pour ce travail,
pendant longtemps, ils ont tous été prêts à
admettre que c'était leur erreur d'avoir
lancé le groupe sans plan directeur. Ils
ont essayé de corriger le travail du groupe.
Mais il n'a pas encore été possible de le
corriger. Aujourd'hui, le KF GU a pris la
décision d`abandonner la version sonore de
Kосмический рейс. C'est une bonne occasion
pour la direction de l'usine d'invoquer une
raison d'ordre organisationnel. Doit-on
arrêter le travail du groupe Kосмический рейс
? La complexité de la production des films
lancés à l'usine de Moscou requiert
l'attention non seulement des organisations de
l'usine, mais aussi des forces scientifiques
de l'industrie cinématographique et, en
premier lieu, du personnel de l'Institut de
recherche scientifique." Le journal continuait
sur le maque de direction de l'industrie
cinématographique et Mosfilm.
• le 22 juillet 1934 :
"En 1934, les premiers pas ont également été
faits dans le domaine de la science-fiction et
de l'aventure (Kосмический рейс, Памир).
Il est nécessaire de poursuivre un travail
systémique et approfondi dans ces directions.
En cas de succès, il est même nécessaire de
spécialiser des scénaristes et des
réalisateurs dans ce domaine et d'établir pour
l'approfondissement de ce travail la
communication constante nécessaire avec les
institutions, organisations et chercheurs
scientifiques correspondants."
• 28 août 1934 : "L'usine de cinéma de Moscou
a une grande dette envers le public des films
pour enfants. Depuis la fin de l'année 1932
jusqu'à aujourd'hui, elle n'a pas sorti un
seul film pour enfants. En 1933, plusieurs
tentatives pas trop persistantes ont été
faites pour fournir le scénario à l'unité d'un
autre à l'époque - le directeur des jeunes de
l'usine V. N. Zhuravlev. [...] Aujourd'hui, V.
N. Zhuravlev s'oriente vers une production
scientifique pour les adultes. N. Zhuravlev
met en scène un film de science-fiction pour
enfants intitulé Kосмический рейс (Vol
spatial). Le scénario de la prochaine
production de Zhuravlev est écrit par
Sokolov-Mikitov."
• le 4 octobre 1934, dans le compte-rendu
d'une réunion au Combinat du film de Moscou :
"Au troisième trimestre, le dépassement par
rapport aux prévisions s'élevait à 57 000
roubles (145 000 roubles au deuxième
trimestre).
Presque tous les camarades qui se sont
exprimés ont souligné que la raison principale
de l'échec du plan était le travail
insatisfaisant de l'usine technique. Les
ateliers de l'usine technique n'ont pas
restructuré leur travail en fonction des
exigences des équipes de tournage.
L'atelier de mise en scène est
particulièrement à la traîne. Le 25
septembre devait être tourné le sujet
“Hangar № 3” sur le film Kосмический рейс,
mais le 26 l'usine technique commençait à
peine à préparer le matériel pour sa
construction. [...]
Camarade. Zhuravlev parle de la nécessité de
créer un laboratoire scientifique au Combinat,
qui regrouperait tous les travaux
expérimentaux sur des films techniquement
complexes tels que Kосмический рейс et Новый
Гулливер [Le Nouveau Gulliver sorti en
1935])."
• le 10 octobre 1934 :
"Le film Kосмический рейс réalisé par V.
Zhuravlev (Moscow Film Factory) sera muet.
Toute l'équipe (à l'exception du
réalisateur et du caméraman) a été
renouvelée. La nouvelle équipe s'est
mise amicalement au travail, faisant preuve
d'efficacité. Tournage de 6 scènes : 1) “la
chambre d'Andriocha”, 2) “Garage”, 3) “Bureau
du professeur Sedykh”, 4) “Vestibule”, 5)
“Observatoire”", et 6) "Wagon". Viennent
ensuite "Hangard" et le plus grand ensemble
"Autour de l'Institut".
Pour participer à “Sur la lune”, des artistes
de cirque sont impliqués.
Le directeur technique du Planétarium de
Moscou, T. Shostoasky, s'est joint aux
travaux du groupe Kосмический рейс. Il
apporte au groupe une aide précieuse en
matière de conseil scientifique.
Le groupe de maintenance continue d'être un
“goulot d'étranglement” dans son
travail. La situation est
particulièrement grave dans l'atelier de mise
à disposition.
Aucune scène n'est jamais à l'heure.
Presque toutes les demandes du groupe se
heurtent à la direction de l'usine technique,
qui les ignore ou répond : “Nous ne pouvons
pas le faire”.
Il est nécessaire d'aider le groupe à se
débarrasser des “goulets d'étranglement” afin
qu'il puisse effectuer son travail
normalement. La direction de l'usine et
le public doivent intervenir et veiller à ce
que les besoins du groupe soient satisfaits."
• le 28 octobre 1934, est fait le point sur
quelques productions. On peut y lire :
"Oka a surtout besoin d'aide et souffre de
problèmes techniques. Le film Kосмический
рейс est en effet en difficulté à cause de
retards dans l'exécution des décors. Au
cours des deux derniers mois, au lieu des 23
jours prévus, le groupe a travaillé pendant 35
jours. Aujourd'hui, les conditions de travail de
ce groupe s'améliorent considérablement. La
composition précédente du groupe, qui n'avait
pas été couronnée de succès, a été remplacée. Un
nouvel artiste, Utkine, et un bon producteur
sont annoncés. Le trio commence à déployer un
travail actif. Mais il y a encore beaucoup de
travail. L'équipe pour le film Kосмический рейс
a encore souvent de longs et pénibles
dysfonctionnements avec les décors. Il faut
savoir qu'il n'y a pas encore d'expérience, car
il s'agit d'un nouveau genre, d'un nouveau
sujet. La réflexion collective et l'entraide
sont ici nécessaires. Il faut s'efforcer
ensemble de réaliser le plus rapidement et le
mieux possible ce qui a été conçu."

Tiré du film Kосмический рейс. Directeur
Zhuravlev, opérateur Galperine. Combinat de
Moscou.
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• 6 janvier 1936 :
"Les cinq premiers jours de la nouvelle année
économique se sont écoulés. Les directeurs des
usines et des établissements de notre Union
ont déjà entamé la lutte pour la réalisation
du plan du premier trimestre. Les journaux
relatent les nouvelles victoires du mouvement
stakhanoviste A l'usine de cinéma Mosfilm,
la vie s'écoule tranquillement. [...]
Kосмический рейс [...] aurait dû être
publiés dès décembre (le délai avait été
prolongé), mais ils ne sont toujours pas à
l'écran.
• 11 janvier 1936, un article dressait le
bilan des vances scolaires de fin 1935 :
"Trois cent mille jeunes spectateurs. [...]
Les employés des cinémas, en collaboration
avec les enseignants, ont travaillé
d'arrache-pied pour que les enfants
bénéficient de tous les divertissements
possibles. Des jeux de masse et des concerts
ont été organisés. Malheureusement, les
premiers jours, les cinémas ont projeté de
vieilles images que de nombreux écoliers
n'avaient jamais vues auparavant." avant de se
féliciter de la projection de films récent,
Kосмический рейс ou "des films
d'animation étrangers réalisés par Disney".
• 16 janvier 1936 :
"Le premier film de science-fiction
soviétique voit le jour : Kосмический
рейс du réalisateur Zhuravlev.
Le sujet est un vol “vers la lune’. Dans
quel but ce vol est-il entrepris ? Pas un mot à
ce sujet. Est-il vraiment possible que ses
meilleurs employés risquent leur vie pour un
simple vol ? C'est l'impression que laisse la
nouvelle. Ses auteurs n'ont pas jugé nécessaire
d'expliquer à leur jeune Erniel les problèmes
scientifiques au nom desquels un voyage
audacieux et dangereux est effectué.
Ils n'ont pas enrichi le spectateur de nouvelles
connaissances ; les quelques informations
contenues dans le film sont presque familières à
tous ceux qui en sont dépourvus : paysages
lunaires, apesanteur dans les vols
interplanétaires, faible gravité sur la lune.
L'absence de la séquence de vol réduit non
seulement la valeur cognitive mais aussi la
valeur artistique de l'image. Elle le
prive de son idée, l'idée qui soutiendrait
l'héroïsme des voyageurs interplanétaires,
autour de laquelle naîtraient la lutte des
peuples et le choc des caractères. Il n'y
a qu'un substitut faible et peu satisfaisant de
l'affrontement : le directeur de l'Institut des
communautés interplanétaires, Karin, ne permet
pas au professeur Sedykh de voler jusqu'à la
lune, mais il vole. Il s'agit bien sûr d'un
fait, en soi impensable dans les conditions
soviétiques. Le fait que le professeur Sedykh
ait été piégé sur la lune par un effondrement,
qu'il ait perdu son appareil radio et qu'il
n'ait pu donner aucune information sur lui-même,
puis qu'il ait été retrouvé (et tout s'est
déroulé de manière extrêmement fluide - il a
même été blessé). - Il ne s'agit pas du tout
d'une catastrophe. Il s'agit d'un incident
introduit arbitrairement et qui ne découle ni de
la situation ni des caractères des acteurs. De
tels incidents et d'autres moins significatifs
suffisent à animer le récit. Mais ils ne
suffisent pas à créer une véritable œuvre
cinématographique, dramaturgiquement forte.
En résumant la discussion sur le genre
cinématographique, la rédaction de Kino a
souligné à juste titre que le film doit mettre
en scène des personnes vivantes et pleines de
sang - les héros - et que l'auteur doit faire en
sorte que le spectateur les aime. Ce n'est qu'à
cette condition que le spectateur s'intéressera
à leur destin et à leurs aventures. Cette
position s'applique pleinement au film de
science-fiction, car il s'agit en même temps
d'un film à caractère scientifique.
Il n'y a pas de développements d'images dans
осмический рейс. Il n'y a pas de changements
psychologiques. Les gens ne changent pas du
début à la fin. Les acteurs n'ont qu'à poser, et
ils le font fidèlement : l'artiste honoré
Komarov dans le rôle du professeur Sedykh,
Kovrigin dans le rôle du directeur de l'institut
Karin, Feoktistov - l'étudiant diplômé
Victor, Moskalenko - la gentille fille Marina.
On a l'impression que les acteurs s'ennuient. Et
en effet, pourquoi gaspiller l'énergie des
acteurs alors qu'il y a suffisamment de
figurants ?
C'est un phénomène paradoxal : le garçon
Gaponenko, dans le rôle d'Andriusha, est plus
intéressant que tous les autres acteurs. Il ne
s'ennuie pas tout seul, il est manifestement
fasciné par le processus inhabituel du film, qui
plus est dans un décor aussi extraordinaire. Il
est dynamique, et sa dynamique sera transmise au
public.
Le film développe l'intrigue de manière si
insignifiante qu'il semble toujours que
l'essentiel est à venir. Et maintenant, c'est la
fin, l'expédition revient sur terre, saluée par
les applaudissements des jeunes spectateurs.
Ces applaudissements sont un remerciement pour
un sujet intéressant. En outre, ils
constituent un acompte pour ceux qui
travailleront à la création de nouveaux films de
science-fiction. Il est évident que
Zhuravlev en fera partie. Son mérite est
immense : il a été le premier à pénétrer sur ce
terrain inconnu, à l'instar de ses voyageurs
vers la lune. Tel est son mérite.
Les conseils de feu la légende de la navigation
K.E. Tsiolkovski ont permis d'éviter les erreurs
scientifiques. Cette méthode de travail
est définitivement obligatoire pour la création
de films de science-fiction.
Ceux qui travailleront dans le domaine de ce
genre doivent accorder une attention
particulière au sujet.
La pratique du cinéma est que la science-fiction
utilise une histoire de voyage interplanétaire.
C'est un vieux rêve de l'humanité, honoré par
Voltaire, C. de Bergerac, Edgar Poe et bien
d'autres. Il a également été inspiré
par Jules Verne, véritable écrivain de
science-fiction.
Mais les héros des romans les plus fascinants de
Verne ne se sont pas contentés de voler jusqu'à
la lune. Ils ont voyagé jusqu'au centre de
la terre et à mi-chemin à travers la mer, ils
ont construit une île flottante et créé de
merveilleux véhicules de locomotion - une maison
à vapeur et un vaisseau amphibie qui peut voler
librement dans les airs, se déplacer sur terre,
nager dans l'eau et sous l'eau.
Dans notre industrie cinématographique, pour une
raison ou une autre, la science-fiction
populaire est réservée aux enfants. Il ne
fait aucun doute qu'elle est nécessaire et utile
pour eux. Mais il ne faut pas oublier le
public adulte. H.G. Wells, Julian,
Lagowitz, Robida et bien d'autres auteurs de
romans de science-fiction ne comptaient que sur
les lecteurs adultes.
La qualité du film ne doit pas être diminuée ou
appauvrie par le fait de travailler pour les
enfants. La qualité d'un film de science-fiction
soviétique devrait être très élevée, déjà parce
que lorsque nous dépeignons les réalisations de
l'avenir, nous ne pouvons pas les imaginer
séparément des images des personnes qui ont créé
cet avenir radieux. Une centrale
électrique dans un hangar, des terres fertiles à
la place des déserts, la conquête de planètes -
tout cela est fait par des gens pour des gens,
et les gens devraient être les personnages
principaux d'un film décrivant de telles
réalisations.
L'être humain ne doit pas être oublié en tant
que composante de l'intrigue, mais doit être
intégré aux scènes. Cette position, qui est
devenue un axiome pour tous les travailleurs
acharnés, ne tolère aucune exception, quel que
soit le genre. Ce n'est qu'en respectant cette
exigence catégorique que l'on pourra créer des
films socio-fantastiques à part entière, à la
hauteur de l'art du réalisme socialiste."
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• 6 février 1936 :
"Imaginez une usine ou une manufacture où les
ingénieurs et les techniciens se promènent
paresseusement dans le couloir, les mains dans
les poches, regardant le travail de leurs
camarades qui n'ont rien à faire. Deux fois
par mois, ils passent à la caisse avec un
regard ennuyé et reçoivent leur salaire d'un
caissier acerbe. Le directeur de
l'usine soupire et dit avec sympathie : “Les
pauvres s'épuisent sans travail. Eh bien,
c'est bon, qu'ils continuent encore un an,
nous les utiliserons.” Imaginez... Nous sommes
sûrs qu'une personne dotée de la plus grande
fantaisie ne peut pas imaginer cela. Les
travailleurs des entreprises industrielles ne
peuvent même pas parler d'un jour d'oisiveté,
non seulement d'une année de travail aux frais
de l'État, mais aussi d'un jour d'oisiveté. Et
seules les usines cinématographiques
bénéficient d'une exception “enviable” pour
une raison quelconque. Il y a un an, deux ans
ou même un an, il était considéré comme normal
qu'un réalisateur passe de nombreuses années à
ne rien faire : “Il réfléchit ! Dans deux ans,
il aura une idée merveilleuse.” [...] En fait,
la direction et les administrateurs du studio
Mosfilm estiment que tout va bien. Ils
vous assureront qu'il n'y a pas une seule
personne dans tout le studio qui n'est pas
engagée dans les affaires et que le plan de
1936 est parfaitement assuré. Mais, hélas,
c'est loin d'être le cas. Notamment les
directeurs Nravov et Preobrazhenskaya. Au
cours de l'été 1935, alors qu'ils ont terminé
leur film Вражьи тропы [Les Sentiers de
l'ennemi] ils tentent de savoir auprès
de la direction de l'usine si le scénario de
leur prochaine production est prêt. Le
camarade Babitsky répondit qu'en octobre 1935,
à leur retour de vacances, ils pourraient
commencer la période de préparation du film
Степан Разин [Stepan Razin]. Lors
de l'élaboration du plan, la direction fait
une petite “correction”, une broutille : le
film sera mis en production en octobre, mais
seulement en... 1936. “Ajournement” sur le
plan de l'objectif. Les réalisateurs sont
calmes : “Que faire, disent-ils, le scénario
n'était pas adapté”. Et ils vont passer
une année entière à étudier les documents de
l'époque de Stepan Razin. Le réalisateur écrit
également son propre scénario sur le même
sujet avec l'écrivain Chaplygin. La
réalisatrice E. Shub est également “occupée” :
elle étudie les matériaux pour les scénarios
Пушкин [Pouchkine] et Клятва [Le
Serment]. Cette étude durera jusqu'en
octobre, date à laquelle, selon le plan, elle
devra commencer la production des films. En
fait, son temps d'arrêt se compte en longs
mois. Le réalisateur Zhuravlev a tourné un
film, Kосмический рейс. En mars, il
reviendra de vacances, et le scénario de
Bache-lnsa et Dolgopolov Сержант [Sergent],
selon le plan, n'est lancé en production qu'en
mai. Il faut s'attendre à un mois d'arrêt,
même si le scénario est produit à temps.
Pendant ce temps, dans les studios, ce simple
mois d'arrêt n'est pas un simple mois, au
contraire - ils s'écrivent au mérite d'une
fourniture de scénario surprenante de la part
du réalisateur. C'est le cas du réalisateur
Dzigan. Il doit terminer son film pendant le
festival, alors que la date limite pour la
livraison du scénario par le dramaturge Vs.
Vishnevsky, conformément à l'accord, est le
mois de juin. L'opérateur de Kосмический рейс
Galperin est manifestement promis à un temps
d'arrêt encore plus long, car il n'est pas
prévu qu'il continue à travailler avec le
directeur Zhuravlev, et on ne sait pas où il
travaillera. Darensky, lorsqu'on lui a demandé
ce que ferait l'opérateur Galperin, a répondu
avec indifférence qu'il n'y avait pas d'autre
endroit où il pourrait travailler, que ce
caméraman n'avait rien à faire dans son studio
et qu'il n'était pas intéressé par son
avenir." L'article se poursuit par une longue
description d'équipes en attente de travail.
Et О. Afanasyev de conclure : "Il faut lutter
résolument contre les humeurs encore "simples"
des réalisateurs qui préfèrent rester sans
rien faire et attendre qu'on leur donne le bon
scénario. Les opérateurs, bien sûr, ne
doivent pas être liés aux réalisateurs et ne
rien faire pendant que le "mètre" est à
l'arrêt. L'attention portée au
caméraman, à l'équilibre de sa charge de
travail, ne doit pas être moindre que
l'attention portée au réalisateur. Lors de la
septième réunion thématique intersyndicale, M.
Babitsky a beaucoup parlé de la nécessité
d'utiliser l'opérateur. Babitsky a beaucoup
parlé de la nécessité d'utiliser toutes les
réserves internes. Pendant ce temps,
dans les studios, les gens se promènent sans
rien faire. Il est temps d'arrêter de faire
des promesses en l'air. Le spectateur
soviétique demande légitimement aux cinéastes
d'intensifier la production de produits de
haute qualité - et ce ne sont pas les
promesses luxuriantes des soirées créatives de
la Maison du Cinéma qui pourront l'en
débarrasser. Et avant tout, il est nécessaire
de changer le système de travail, de faire
tourner tous les rouages de l'énorme mécanisme
du studio afin d'éviter les temps morts et de
solliciter les forces et les capacités des
travailleurs."
• 11 avril 1936 :
"En 1927, j'ai obtenu mon diplôme du
département des réalisateurs du GIK et j'ai
commencé à travailler à Mosfilm en tant
qu'assistant du réalisateur Yutkevich.
Excellent professeur et pédagogue, il a
enrichi mes connaissances grâce à la vaste
expérience de son travail. Mes premiers pas -
travailler sur le film Кружева sous la
direction de M. Yutkevich - m'ont donné
beaucoup de matière à travailler
Depuis 1929, j'ai été nommée par une
organisation communautaire pour travailler de
manière indépendante, d'abord sur le film "The
Unknown Person" (La personne inconnue).
Неизвестное лицо, puis Реванш,
Бомбист, Kосмический рейс. Il faut dire que la
direction de Mosfilm, en travaillant sur le
film "Space Flight", a créé pour moi
d'excellentes conditions et m'a aidé à
surmonter tous les obstacles,
À l'occasion du Xe Congrès du Komsomol,
j'aimerais faire le point sur mes dix ans de
carrière au sein du Komsomol.
Au cours de ces années, je suis devenu
réalisateur de films pour enfants, et mes
meilleurs films - Реванш, Бомбист, Kосмический
рейс - sont mes contributions créatives au
Congrès du Komsomol, c'est le paiement de la
dette de l'organisation qui m'a élevé.
Je travaille actuellement à la réalisation
d'un film sur les gardes-frontières du
Komsomol. Les scénaristes et collaborateurs de
"Komsomolskaya Pravda" sont Dolgopolov et
Bachelis. Ce film racontera la vie
quotidienne héroïque des fils courageux du
Komsomol, des combattants des
gardes-frontières aux frontières de notre
patrie.
Le Komsomol m'a ouvert la voie vers mon
travail créatif en tant que réalisateur, et
j'ai gagné le droit au titre d'artiste
soviétique.
Au cours de mon travail créatif, je suis
devenu fermement lié au studio MosFilm, où je
suis un artiste, un membre du Komsomol et un
personnage public."
• le 17 mai 1936 Zhuravlev regrettait les
critiques apportées à son film :
"[...] La dernière chose dont je voudrais parler
est la critique des films pour enfants, leur
analyse théorique. Alors que dans le cinéma
chrétien pour adultes, il y a des critiques,
même si elles ne sont pas parfaites, dans le
cinéma pour enfants, il n'y en a absolument pas.
J'ai réalisé un film intitulé Kосмический
рейс. Il a été apprécié par la presse.
Mais aucun critique n'a essayé de voir ce film
comme une œuvre cinématographique spécifique
pour les enfants, et cette spécificité m'a
obligé à aborder le film d'une manière
complètement différente de celle que j'aurais
eue pour un film pour adultes. La nécessité
d'une critique, d'une analyse théorique du film
n'est pas dans mon esprit. La rencontre aurait
gagné à discuter de la question de la critique
des films pour enfants et à esquisser des pistes
de solution." |
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•
22 décembre 1936 :
"Il reste encore quelques jours de
travail. Les chiffres exacts de la
réalisation du plan annuel n'ont pas encore
été calculés. Au 11 décembre, le plan
était réalisé à 94 %. Nous pouvons
d'ores et déjà affirmer que le plan annuel
sera réalisé. Mosfilm Studio termine
l'année avec la sortie de sept nouveaux
longs métrages. Six films sont
sortis au cours de l'année, parmi lesquels des
réussites de l'industrie cinématographique
soviétique comme Мы из Кронштадта [Les
Marins de Kronstadt] et Партбилет [La
Carte du Parti], des films qui ont eu un
succès mérité auprès du public comme Цирк [Le
Cirque] et Поколение победителей [Génération
des Vainqueurs]. La fameuse "étagère"
est vide, en 1936, le studio travaille sans
défaillance. Après plusieurs années de
profondes percées, le studio Mosfilm sort en
tête des entreprises de l'industrie
cinématographique soviétique. Ce n'est pas un
hasard si cette victoire d'une grande
importance n'a pas été remportée facilement.
Afin de réaliser cette performance, la
direction, le personnel créatif et les
ateliers du studio ont dû travailler dans une
grande tension. Après avoir terminé un film,
le réalisateur attendait pendant des mois,
voire des années, dans une oisiveté forcée, un
scénario pour la production suivante, et
souvent, dans la douleur, il écrivait son
propre scénario. [...] Le studio avait
travaillé de manière inorganisée. Il n'y
avait pas de cohérence dans le travail des
équipes et de la base technique ; la
planification était à la traîne et reposait
sur des principes erronés. Pour cette raison,
la mise en scène s'étire parfois sur des
années et absorbe des fonds
considérables. La production
du film Мы из Кронштадта [Les Marins de
Kronstadt] a duré plus d'un an et demi,
celle du film Kосмический рейс [Le
Voyage cosmique] deux ans,
celle de Цирк [Le Cirque] un an et
demi, etc. Productions à rallonge,
incohérences dans le travail des ateliers,
planification bureaucratique, révisions de
scénarios en cours de tournage, ont gonflé le
coût des films à des chiffres totalement
inédits. Un tel “système” ruinait le studio
jusqu'à ce que la direction entreprenne
résolument de renouveler et de réorganiser le
travail. Ils ont commencé par adopter
l'expérience de production des meilleures
entreprises cinématographiques
étrangères. L'objectif de la
reconstruction était d'éliminer les anciennes
formes de travail artisanal et d'introduire le
système américain de gestion centralisée du
processus de tournage. Ce n'est qu'au cours du
second semestre de cette année que nous avons
réussi à redresser la barre. Le studio a
commencé à mieux travailler : plus clair, plus
lisse, moins cher et plus rapide. [...] Le
studio qui se développe et se renforce est
littéralement limité par le super-centralisme
de la GUK. Une entreprise gigantesque n'a
souvent aucune possibilité de résoudre de
manière indépendante même une question
mineure. En ce qui concerne les scénarios, le
studio n'est en fait qu'une organisation
d'achat. Cela empêche l'établissement de
relations correctes avec les scénaristes, en
particulier les écrivains, qui sont fatigués
et désorientés par le grand nombre d'instances
passées par l'équipe. L'incompétence du studio
dans le domaine de la scénarisation mine
l'autorité de ses employés aux yeux des
scénaristes. Il y a eu de nombreux cas où des
scénarios, qui avaient déjà passé de
nombreuses instances (y compris la GUK), ont
été retravaillés et finalisés sur ordre de la
GUK alors que le tournage était déjà en cours.
Cela a provoqué une certaine confusion dans la
production, a entraîné des dépenses pour le
studio et a retardé les dates de sortie. Le
studio a grandi et mûri, il mérite d'avoir
plus de droits et donc plus de
responsabilités."
• le 22 juin 1937 :
"Dans certains cas, les spectateurs doivent
eux-mêmes deviner quel film est à
l'affiche. Il n'y a pas de publicité
pour le film, et le film lui-même est
tellement usé qu'il est impossible de lire le
titre sur l'écran. C'est ce qui s'est passé
lors d'un transfert de films à Amerev (région
de Moscou). Ce n'est qu'à partir du
contenu du film que les spectateurs ont
compris qu'il s'agissait de Полет на луну [Vol
vers la Lune], car le titre du film
apparaissait à l'écran à une vitesse cosmique
dans les premières lignes. Les spectateurs qui
ont deviné étaient proches de la vérité :
apparemment, le film s'appelait Kосмический
рейс."
• le 22 juillet 1937, une information
intéressante indiquant que mi 1937 le film
était encore envoyé dans les kolkhozes : "Les
organisations de distribution sont très gâtées
par les bons films des coopératives agricoles
du district d'Ilyinsky, dans l'oblast
d'Ivanovo. Tov. N. Gorshkov rapporte que
le bureau d'Ivanovo de Rossnab-film “envoie
les mêmes films aux fermes collectives depuis
deux mois. Mais même ces vieux films (Егит,
Совершеннолетие, Любовь Алены, Kосмический
рейс, etc.) arrivent dans un état de
délabrement inacceptable”."
• le 4 septembre 1937 :
"En 1927, l'Institut du film a diplômé ses
premiers réalisateurs. Il s'agit de
jeunes gens talentueux qui ont ensuite produit
de nombreux films qui ont eu du succès auprès
du public soviétique. Parmi eux, Vasily
Zhuravlev, un membre du komsomol. Il a
commencé à travailler à la production en tant
qu'assistant réalisateur de S. Yutkevich, qui
tournait le film du Komsomol Кружева [Dentelle].
Presque tous les membres de l'équipe -
l'assistant réalisateur, le caméraman Evgeny
Shneider, l'interprète du rôle principal K.
Gradopolov et d'autres - travaillaient pour la
première fois dans la production
cinématographique. C'est là que commence le
travail actif de V. Zhuravlev au sein du
Komsomol. L'organisation de l'usine considère
que c'est une question d'honneur pour le
groupe de jeunes de produire un bon
film. Peu après l'achèvement de Кружев [Dentelle],
V. Zhuravlev est promu réalisateur
indépendant. Il décide de se consacrer au
cinéma pour enfants. En 1930, Zhuravlev
organise une brigade du Komsomol et commence à
tourner un grand film pour enfants, Реванш [Revanche].
Jusqu'à aujourd'hui, les écrans de l'Union
n'ont pas encore révélé la première œuvre de
V. Zhuravlev et de ses camarades, jeunes
directeurs de la photographie, jeunes membres
du Komsomol - opérateur Strod, artiste
Vaisfeld, assistant caméraman Zakharov et
d'autres. [...] Il y a trois ans, l'industrie
du cinéma pour enfants a été chargée de créer
des films de science-fiction pour les enfants.
Le réalisateur Zhuralev a réalisé un film
sur les voyages interplanétaires -
Kосмический рейс - sous la direction de
Konstantin Eduardovich Tsiolkovski,
fondateur de l'aéronautique et scientifique
de renom. Actuellement, Zhuravlev
travaille sur un nouveau grand film pour
enfants, Сын родины [?], dans lequel il
veut montrer la confiance en soi des enfants
soviétiques, leur dévouement à notre grande
patrie. Toute l'équipe de tournage est
composée de jeunes travailleurs.
• 31 décembre 1937 :
"Au revoir, 1937. Dans ma vie, tu n'as apporté
qu'une seule joie : j'ai réalisé mon rêve, j'ai
rejoint l'Armée rouge, et presque rien d'autre.
Je m'attendais à de nombreux changements dans ma
vie. Mais l'année s'est écoulée rapidement, dans
une sorte de brûlure, dans une vie d'instabilité
et de rêve. À la fin de la réunion, les
bolcheviks ont beaucoup critiqué les nombreuses
lacunes qui m'avaient tant frappé.De nombreux
combattants sont ennuyés que leurs mères
accueillent la nouvelle année alors qu'ils ne le
font pas, ils sont même en colère. J'ai été
frappée par leur lâcheté et leur impatience. Ils
ont perdu leur famille et leurs amis pendant un
mois et demi et ils pleurent. J'ai perdu mes
parents depuis l'enfance, j'ai l'habitude de
vivre avec des inconnus. Ils ne me manquent pas,
je me reproche seulement que ma vie s'écoule si
peu colorée. J'ai reçu une lettre de “Смены” qui
m'invitait à une réunion. Nous avons regardé
le film Kосмический рейс et Колыбельная [Berceuse,
fim de propagande sorti à l'automme 1937]. Tout
cela s'est passé sans que nous nous en
apercevions, nous nous sommes couchés avant
minuit, nous avons plaisanté, nous nous sommes
souvenus de la façon dont nos camarades
abordaient la nouvelle année. Mais nous nous
sommes endormis, nous avons tout oublié." |
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En 1981 Zhuravlev présentait son film à quelques
cosmonautes (publié sur le site
du musée de Kaluga :
"Tsiolkovski. Kaluga. Espace. Partie 52.
Kосмический рейс. Au début des années 30, la
construction d'une nouvelle grande usine
cinématographique, Mosfilm, a été achevée à
Moscou. Tout le monde s'intéresse au genre de
films qui y seront tournés. Le jeune réalisateur
Vasily Zhuravlev, qui rêvait depuis longtemps de
créer un film d'aventure sur les vols spatiaux,
propose de réaliser un long métrage sur le vol
vers la lune. Il prend le risque d'inviter
Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski comme
consultant. Au printemps 1933, Zhuravleva envoie
à Kaluga, sans adresse précise - simplement
"Kaluga, Tsiolkovski" - une première lettre dans
laquelle il demande au scientifique d'assumer
les fonctions de conseiller scientifique. Le
scientifique a répondu rapidement à la lettre de
Moscou. Il donne son accord et invite l'équipe
de tournage à lui rendre visite.
Pourquoi ce scientifique incroyablement occupé
était-il fasciné par l'idée de créer un tel film
? Plus tard, Nikolay Salamanov, journaliste au
journal "Leningradskaya Pravda", racontera :
"Comme on le sait, Tsiolkovski ne se rendait
pratiquement jamais au cinéma. Lorsqu'en 1931,
j'ai eu la chance de rencontrer cet homme
remarquable, je lui ai posé la question suivante
: allait-il ou non au cinéma ? Konstantin
Eduardovich a fait un signe de la main et a
répondu : “Je n'ai absolument pas le temps pour
cela. Il est vrai que je me souviens d'un film.
Il y a de nombreuses années, quelqu'un que je
connaissais m'a persuadé d'aller au cinéma et de
regarder le film “Vol vers la Lune”. C'était
n'importe quoi. Mais j'y ai repensé plus d'une
fois, car, malgré l'abondance de bêtises, il
s'est avéré que le cinéma peut montrer ce qu'il
y a de plus fantastique et de plus inhabituel.
Je ne sais pas comment ils font. Mais certaines
choses sont intelligemment faites. Et j'ai pensé
que l'avenir, même lointain, non seulement de
l'aviation, mais aussi de l'astronautique, avant
même que les gens ne commencent (au début) à
voler dans l'espace proche de la Terre, peut
déjà être montré sur la toile du cinéma”.
L'équipe du film était impatiente de rencontrer
Konstantin Edouardovitch. Zhuravlev se souvient
: “Le train est arrivé à Kaluga tôt le matin...
Un sentiment de grande excitation nous a alors
envahis... Nous nous demandions comment ce
célèbre scientifique, qui, ici, dans une ville
provinciale tranquille, effectue des calculs
mathématiques sur les futurs véhicules de voyage
interplanétaire, allait nous rencontrer... Pour
le reste de ma vie, je me suis souvenu de la
première phrase du propriétaire de la maison :
“Allez-vous sur la Lune ?”.
Une conversation sérieuse au bureau a duré
plusieurs heures. Konstantin Eduardovich estime
que le film, même fantastique, doit avoir une
base scientifique sérieuse. Il est nécessaire de
décrire réellement la fusée et le monde sans
gravité, la cabine du vaisseau spatial et les
vêtements des astronautes, l'espace noir avec
des étoiles qui ne s'effacent pas,
l'atterrissage en douceur sur la lune et, enfin,
le retour sur Terre... Tsiolkovski parle d'abord
calmement et profondément, puis se laisse
emporter et parle avec passion, avec éclat et
avec une imagination extraordinaire ... Nous
avons tout de suite eu l'impression d'être
plongés dans une existence atmosphérique
extraordinaire !
“Vous souvenez-vous que la gravité sur la Lune
est six fois inférieure à la nôtre ? Ici, vous
pouvez avancer à pas de géant, ou mieux, à pas
de moineau”, et c'est aussitôt un grand rire
joyeux et une démonstration visuelle du
mouvement humain sur la Lune à l'aide d'une
petite poupée sur charnières que nous avions
apportée. Le scientifique a parlé de l'espace,
de la Lune et des étoiles comme s'il était allé
lui-même dans l'espace et avait éprouvé toutes
les sensations inhabituelles qui attendent un
homme en vol spatial.
Après un voyage à Kaluga, un concours pour le
meilleur scénario a été annoncé. Yuri Pavlovich
Shved devient l'artiste du film. Il est
confronté à une tâche incroyablement difficile :
préparer des croquis de ce qu'il n'a jamais vu
de sa vie - un hangar pour un avion-fusée, un
tréteau ajouré pour le lancement d'une fusée,
des paysages de la surface lunaire et bien
d'autres choses encore. Dans ce travail, il est
grandement aidé par l'“Album des voyages
spatiaux”, créé par Tsiolkovski pour aider
l'équipe de création. L'"Album" est constitué de
dizaines de dessins, de diagrammes et
d'explications. Ils représentent des astronautes
en combinaison spatiale, le sas qui permet
d'entrer dans l'espace et la drisse de sécurité
qui permet à l'astronaute de ne pas s'envoler
dans l'abîme noir. Dessin après dessin, page
après page, Tsiolkovski montre comment doit se
dérouler le vol vers la Lune, ce qui attend les
héros sur ce corps céleste. Il est important
pour lui de montrer le retour de l'expédition
sur Terre, et il invente un moyen de faire
atterrir le vaisseau spatial à l'aide d'énormes
parachutes. C'est cette méthode d'atterrissage
qui est utilisée aujourd'hui.
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L'action du film est censée se dérouler à
Moscou en 1946 (le tournage du film a eu lieu en
1934-1935). L'Institut Tsiolkovski des
communications interplanétaires développe le
problème de la communication avec la Lune à
l'aide de fusées. L'avion-fusée géant "CCCP-1" [URSS-1]
est décidé à voler vers la Lune par son
concepteur, l'académicien Sedykh (ce rôle est
joué par l'artiste honoré de la République S.
Komarov), son assistante Marina et l'écolier
Andryusha, qui s'est faufilé illégalement à bord
du vaisseau spatial. Après avoir fait
l'expérience de la surcharge et de l'apesanteur,
les courageux voyageurs se sont posés en toute
sécurité sur la Lune, où ils ont vécu les
aventures les plus incroyables, puis, ayant
achevé le programme, ils sont revenus sur Terre.
La réalisation du film Kосмический рейс a pris
beaucoup de temps, près de deux ans, en raison
de la complexité de sa mise en scène. Dans le
scénario, tout semblait incroyablement excitant
et surtout simple. En réalité, nous avons dû
construire des structures techniques qui n'ont
pas d'équivalent. Des problèmes sont apparus,
plus compliqués les uns que les autres. Comment
créer un monde sans gravité ? Comment faire en
sorte que les héros du film “flottent librement
dans la cabine, se sentant en apesanteur” ?
Comment créer l'espace lui-même avec ses étoiles
aveuglantes ? Le plus difficile a été de créer
l'effet d'apesanteur. Les acteurs ont essayé de
se suspendre à des fils, mais rien n'y a fait.
Les semelles magnétiques spéciales avec
lesquelles ils devaient marcher sur les murs et
le plafond du vaisseau n'ont rien donné non
plus. Tout le monde a compris que si
l'apesanteur n'est pas montrée, l'image ne sera
pas. Après tout, le spectateur devait croire que
les héros vivaient dans le cockpit du vaisseau
une expérience d'apesanteur que personne n'a
encore connue sur Terre. Zhuravlev s'est alors
tourné vers les scientifiques, les plongeurs,
les ingénieurs en électricité et les ingénieurs
du cinéma. Créer un monde sans gravité dans les
conditions de la gravité terrestre était une
tâche d'une énorme complexité. Nous l'avons
résolue en attirant le célèbre concepteur
d'avions A.A. Mikulin. Nous lui avons expliqué
le problème et, après un certain temps, il nous
a proposé la solution suivante : laisser la
caméra et l'acteur se déplacer dans des
directions différentes par rapport à la cabine
immobile du vaisseau spatial. Cela a permis de
résoudre le problème. Pour la première fois les
héros, peu à peu, comme s'ils perdaient du
poids, ont commencé à voler autour du vaisseau,
à se retourner dans les airs et même à se tenir
sur la tête.
Le 19 septembre 1935, le pays apprend la mort de
Tsiolkovski. Quelques mois plus tard, en janvier
1936, le film Kосмический рейс sort sur les
écrans. Comme l'avait prévu le scientifique,
l'image frappe l'imagination du public. Des
milliers de lettres enthousiastes parviennent à
“Mosfilm”. Sergei Pavlovich Korolev se souvient
qu'il est allé voir le film plusieurs fois et
qu'il y a trouvé beaucoup d'éléments utiles pour
son travail. Et bien des années plus tard, le
film a reçu une évaluation professionnelle de
haut niveau de la part des cosmonautes. Le
cosmonaute G.T. Beregovoy a déclaré : “Avec un
groupe de cosmonautes, j'ai regardé ce film pour
la première fois il y a de nombreuses années, et
nous avons été impressionnés par la “natation”
de l'équipage en état d'apesanteur. On pourrait
le confondre avec un documentaire tourné à
l'intérieur du Salyut”. Bien sûr, certaines
inexactitudes ont été relevées, mais comme l'a
déclaré le cosmonaute V. Sevastyanov : “Si on
m'avait demandé en 1961 de décrire la
technologie spatiale de 1980, j'aurais fait
beaucoup plus d'erreurs que les auteurs du film
qui ont développé les idées de Konstantin
Eduardovich Tsiolkovski”."
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Une autre entrevue
fut publiée en avril 1981 dans la revue
mensuelle LES AILES DE LA PATRIE (КРЫЛЬЯ
РОДИНЫ) :
"Pages d'histoire.
LE PREMIER FILM SUR L'ESPACE

C'est une discussion avec d'un réalisateur qui a
réussi à réaliser le premier film de
science-fiction soviétique il y a plus de
quarante ans. Il s'agit de Kосмический рейс, et
le nom de ce courageux réalisateur est Vassily
Nikolayevich Zhuravlev. Il est aujourd'hui
travailleur artistique honoré de la RSFSR et
artiste du peuple de l'ASSR de
Kabardino-Balkarie. Ses tfilms “Le capitaine de
quinze ans”, “Avalanche dans les montagnes”,
“Affaires noires”, “Homme en civil” sont bien
connus du public.
En 1933, Vassily Zhuravlev a eu l'idée de
réaliser un film sur les voyages dans l'espace.
L'idée est soutenue par le studio et le comité
central du Komsomol. Faire un tel film, c'est
essayer de regarder vers l'avenir, vers
l'inconnu, de voir dans le lointain brumeux les
traits du futur, et ce n'est pas facile...
Sur le bureau de Vasily Nikolaevich se trouve un
album contenant des documents inestimables :
neuf lettres de K.E. Tsiolkovsky au jeune
réalisateur, des coupures de presse, des
photographies de moments de travail et des plans
du film Kосмический рейс.
- En 1933 », se souvient Vasily Nikolaevich,
j'ai envoyé une lettre à K. E. Tsiolkovsky : “À
votre demande, le réalisateur Vasily Zhuravlev
fait appel à vous, fervent défenseur de la cause
interplanétaire, pour vous demander de devenir
conseiller scientifique et d'aider à la
production du film Kосмический рейс.
Quelques jours plus tard, j'ai reçu un colis de
Kaluga : un livre intitulé Цели
звездоплавания (Les buts du vol spatial)
et une lettre dans laquelle Tsiolkovsky
acceptait de participer à l'œuvre et m'invitait
à venir le voir.
Le scientifique expliquait : “Il est nécessaire
de se plonger dans cette affaire et d'en
apprécier les difficultés. Je ne voudrais pas
faire un film absurde (et jusqu'à présent, ils
sont tous absurdes). Dans une dizaine de jours,
je ferai un album. Je vous en informerai alors.
Je ne dessine pas. Je vais devoir faire appel à
un artiste. Cela risque de retarder les choses.
Avez-vous lu mon livre Вне земли (En dehors
de la terre) ? Si vous ne pouvez pas vous
le procurer, faites-le moi savoir. Je vous
l'enverrai pendant un mois, après quoi je vous
demanderai de me le renvoyer. La mise en scène
est difficile, car le phénomène est inhabituel
et difficilement reproductible sur Terre... K.
Tsiolkovsky”.
Après avoir lu le scénario d'A. Filimonov,
Konstantin Eduardovich écrit : “J'ai lu le
scénario avec beaucoup d'intérêt et de
satisfaction. Mes conseils scientifiques, mes
écrits scientifiques sur les voyages
interplanétaires sont présentés par l'auteur du
texte sous la forme vivante et fascinante d'une
œuvre de fiction.
Ce texte n'est pas à proprement parler un
ouvrage scientifique. Mais il n'a pas besoin de
l'être : une surcharge de données scientifiques
le rendrait aride et inaccessible au spectateur
peu familier de ce numéro spécial. Sous la même
forme, le scénario permettra à notre spectateur
soviétique de se familiariser avec les rudiments
des données scientifiques actuelles sur les vols
stellaires. Il constitue une prévision
scientifique des réalisations de demain et ne
manquera pas de susciter l'intérêt pour l'étude
de cette entreprise. Je corrigerai les erreurs
individuelles avec les auteurs dans les travaux
futurs.
Je considère que la production d'un tel film est
hautement souhaitable et opportune et je suis
prêt à fournir un soutien supplémentaire...”.

К. E. Tsiolkovski et V. N. Zhuravlev.
1933
- La première rencontre avec Tsiolkovski, qui a
lieu en août 1933, fut exceptionnellement
chaleureuse - poursuit Zhuravlev. - L'écrivain
V. Shklovsky et l'employé de Mosfilm L. Indendom
étaientvenus voir Konstantin Eduardovich avec
moi. Tsiolkovski nous a accueillis comme des
invités proches et chers. Le grand scientifique
manifeste un vif intérêt pour le cinéma. Sur les
difficultés de tournage d'un film fantastique,
sur les problèmes des voyages interplanétaires,
il parlait comme s'il avait lui-même été sur la
lune à plusieurs reprises, expérimenté toutes
les difficultés du vol.
J'ai rendu visite à K.E. Tsiolkovski à deux
autres reprises. Au cours de mes conversations
et de mes lettres, je l'ai toujours interrogé
sur l'interaction entre la science et l'art, sur
la possibilité de populariser les réalisations
scientifiques par le biais du cinéma.
Tsiolkovski soulignait que toute vérité
scientifique pouvait devenir la propriété des
masses, à condition de trouver une forme
accessible de transmission de l'information.

Hangar à avions fusées (maquette).

Lancement d'un avion-fusée vers la Lune
(maquette).
Tsiolkovski a imposé à notre équipe un certain
nombre de consignes, sans lesquelles il n'y
aurait pas de film. Nous devions notamment
montrer le lancement de la fusée depuis le
tremplin, le monde sans gravité, l'atterrissage
sur la Lune grâce au freinage de la fusée,
l'espace et les étoiles qui ne clignotent pas,
le déplacement sur la Lune « à la manière d'un
moineau ». Nous avons réussi à faire tout cela.
Le film est sorti sur les écrans à l'occasion du
18ème anniversaire de la Révolution d'Octobre et
a été un succès. Nous pensions que ce film
éveillerait chez nos jeunes spectateurs un
intérêt pour les problèmes de la conquête
spatiale, et je pense que nous ne nous sommes
pas trompés. Aujourd'hui, lorsque le film
Kосмический рейс a été inclus dans le film vidéo
Год 1936-й (L'année 1936) du cycle Наша
биография (Notre biographie), il a
suscité de nombreuses réactions. Les spectateurs
qui étaient des pionniers dans ces années-là ont
appelé....
Il est intéressant de constater que les films
actuels sur l'espace ont utilisé des séquences
de Kосмический рейс. Notre film fonctionne donc,
vit et est encore utile aujourd'hui.”
 
Pages du manuscrit de K. E. Tsiolkovski avec
des commentaires sur le film : sortie de
l'appareil dans l'espace.
Pour conclure, voici une critique du film par V.
Sevastyanov, deux fois héros de l'Union
soviétique, pilote-cosmonaute de l'URSS :
“Je dois avouer que ce n'est pas sans émotion
que j'ai regardé le film Kосмический рейс, qui
raconte comment l'académicien soviétique Sedykh
et ses assistants ont effectué un vol spatial
vers la Lune. Après tout, il s'agit du premier
long métrage sur l'espace...
Beaucoup de choses sont naïves, surtout en ce
qui concerne la technologie spatiale et la
préparation du vol.
Et pourtant, on peut voir que le consultant du
film est Konstantin Eduardovich Tsiolkovski. Il
y a des plans brillants.
La chose la plus attirante dans le film - la
détente émotionnelle, l'émancipation complète de
ses personnages. Ce sont des gens dignes,
confiants en leurs capacités, de vrais
passionnés. Ce sont eux qui ont fait la patrie
soviétique.
Le film est sorti en 1936. Et quarante ans après
le premier film fantastique sur l'espace, le
monde entier a regardé un documentaire sur
l'espace interstellaire, tourné par des
cosmonautes soviétiques.
Y. SOYMENOV
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Le 18 janvier 1935, dans le
journal "La vérité du Komsomol", Tsiolkovski,
qui travaillait alors sur la mise en valeur des
déserts arides, rappelait qu'il avait dessiné 30
pages de dessins pour le film. |
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Trois des images envoyées par Zhuravlev
et Indenbom à Tsiolkovski
pour lui montrer les décors et les scènes de
tournage du film.
Archives Tsiolkovski.
Tsiolkovski était atteint de surdité,
séquelle d'une scarlatine attrapée à la
puberté, à l'âge de 9 ans au début de l'hiver
après avoir fait de la luge. Ceci l'obligea à
arrêter ses études jusqu'à l'âge de 14 ans,
période qu'il décrivit comme " la plus
triste et la plus terne période". Il
écrivait également : " La surdité rend ma
biographie peu intéressante car elle
m'empêche de communiquer avec les gens,
d'observer et de m'instruire. Ma biographie
est très pauvre en personnes et en
rencontres".
Lorsqu'il discutait avec ses auditeurs, il
était obligé d'utiliser un cornet acoustique.
Sur la deuxième image ci-dessus on le voit
ainsi, en entretien
avec Vassili Zhuravlev lors de
leur deuxième rencontre.
Très éclectique, Tsiolkovski avait
étudié les proportions les plus efficaces du
cornet acoustique (dessin du 20 janvier 1932).

Image extraite d'un article de 1935 non dédié
au film mais illustrant un texte de Techniques
Jeunes (Техника-молодежи, N°5) d'un vol
vers la Lune. C'est très similaire !
Nota : le début de l'article était écrit par
un certain Korolev...
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Suite à cet article, Zhuravlev
envoyait une lettre le 20 janvier 1935
: "Bonjour, cher Constantin
Edouardovitch !
Ne vous fâchez pas de mon silence si long
et tout à fait mal venu. Je me suis plongé
à un tel point dans mon travail et me suis
tant usé que mes camarades me disent qu’il
ne me reste plus que la peau et les yeux
sur les os.
Le travail avance terriblement lentement.
Tout est incroyablement difficile,
complexe et inhabituel. Pourtant une
moitié du film, toute la partie
terrestre, a été tournée, et, à
partir de la mi-février, j’attaque le
cosmos et la lune. Les derniers travaux
préparatoires prévisionnels pour les
constructions pour les pas sur la lune
sont en cours. On prépare la cabine.
J’attends avec impatience le début de ce
qu’il y a de plus intéressant dans mon
travail.
Les prises de vue déjà faites ne semblent
pas mauvaises. Je vous envoie quelques
clichés de travail avec des explications
au verso. Avez-vous lu le dernier
feuilleton dans la «Komsomolskaïa Pravda
». Ecrivez-moi si ce n’est pas le cas, je
vous l’enverrai sans tarder.".
On le constate, la réalisation du film était
bien plus longue que ce qui était prévu
initialement. Mais ce film commençait à
éveiller les curiosités, et après la Komsomolskaïa
Prada c'est les Izvestia qui
s'y intéressaient : " Le film rencontre
un grand intérêt. On m’a demandé
aujourd’hui au journal «Izvestia» de vous
prier d’écrire pour eux un petit article
sur notre travail. Je pense que ce serait
bien si vous l’écriviez. Envoyez-le moi,
je l’apporterai à la rédaction. Écrivez
les circonstances de notre première
rencontre, l’accueil que vous avez réservé
aux esquisses, en quoi consiste votre
travail pour nous, le temps que vous
passez à travailler sur ce projet de
communications interplanétaires et ce que
vous attendez du film et de moi-même.
Selon moi, ce sera très intéressant.".
Ce qui préoccupait également Zhuravlev,
c'était la santé de Tsiolkovski
: "Comment va votre santé, Constantin
Edouardovitch, n’avez vous besoin de rien
à Moscou.
Je vous souhaite les meilleures choses
possibles.
Votre très respectueux Vassili Zhuravlev.
PS Transmettez mon salut à votre épouse.".
Et la lettre se terminait par : "Recevez
le salut de Indenbom, Kuznetsova,
Galpérine". Mme Kuznetsova
était la sténotypiste présente lors de
chaque rencontre pour en établir le
compte-rendu.
À cette lettre Tsiolkovski
répondit immédiatement, le 24 janvier 1935
: "Très cher Vassili Nikolaïevitch, j’ai
reçu aujourd’hui votre lettre.
Vous vous êtes chargé d’une affaire très
difficile et ce n’est pas compliqué de
comprendre qu’avec votre enthousiasme et
votre énergie naturelle, vous vous êtes
épuisé. Il faut faire attention à vous.".
Mais la santé du scientifique n'était pas
meilleure, et il ne put que décliner la
proposition d'écriture de l'article
journalistique : "Je ne me rappelle
rien, ni vos discours, ni les miens, de
sorte qu’il vous faudra vous-même composer
cette première partie de l’article. Bien
sûr, n’hésitez pas à dire à mon nom ce qui
peut être utile. Moi, je n’y arriverai
pas.".
Ce qui ne l'empêche cependant pas de
proposer de faire la relecture du texte : "Vous
pouvez m’envoyer ce qui a été écrit, je
vérifierai et corrigerai et je le donnerai
à recopier à la machine (à Kalouga),
alors, je vous l’enverrai sans tarder.
Vous pouvez aussi écrire vous même sur ma
participation au film, les discours à mon
sujet doivent être modérés, au vôtre –
c’est une autre affaire. Vous pouvez aussi
corriger et changer dans l’intérêt de la
chose, c’est le but principal.
Si vous le souhaitez, prenez encore
quelqu’un pour l’écriture, par ex. la
respectable camarade Kouznetsova (que je
salue avec chaleur).".
Et finalement il donna quelques éléments,
matière première pour l'article : " On
s’était déjà adressé à moi, il y a une
dizaine d’années, pour adapter à l’écran
mon récit “Вне Земли” [Hors
de la Terre], mais c’était si
compliqué que l’entreprise fut reportée et
c’est seulement maintenant que Sovkino, en
la personne du talentueux V.N.Zhuravlev, a
décidé de créer le film Kосмический рейс.
J’ai commencé à rêver de la possibilité de
voyages hors de notre planète dès l’âge de
17 ans. En 1895, j’ai écrit le livre
“Грезы о Земле и небе” (Rêves de Terre et
de Ciel), il fut édité par le neveu du
célèbre homme littéraire Gontcharov –
A.N.Gontcharov. Il fut ensuite réédité
deux fois par Gosizdat, seulement sous un
autre titre “Тяжесть исчезл а” [La
pesanteur a disparu].
Je me suis mis alors à m’intéresser
sérieusement à ce sujet. La nouvelle
fantastique “Вне Земли” [Hors de la Terre]
fut le reflet de ces travaux. Elle fut
éditée dans la revue “Природа
и люди” [La nature et les hommes]
de 1918 et dans une édition séparée en
1920. La théorie mathématique d’un
appareil à réaction est apparue en 1903
dans la revue philosophique à petit tirage
“Научное обозрение” [Tour d’horizon] revue
scientifique (N°5). Elle attira l’intérêt
sur elle quand elle parut dans la revue
éditée dans la capitale “Вестник
воздухоплавания” [Le Journal de la
navigation aérienne] (1911-13).
Ensuite quelques travaux ont paru dans des
éditions et des magazines connus.
A partir de 1914, mes travaux sont devenus
célèbres aussi à l’étranger.
Rien ne me préoccupe autant que les
problèmes de la libération de l’attraction
terrestre et les vols cosmiques. Il me
semble que la moitié de mon temps, la
moitié de mes forces sont consacrées à la
solution de cette question.
J’aurai bientôt 78 ans et je continue
toujours à calculer et à inventer une
machine à réaction. Combien j’ai pu
réfléchir, quelle pensées ont traversé mon
cerveau ! Mais ce n’était déjà plus de la
fantaisie, mais une connaissance précise,
fondée sur les lois de la nature : de
nouvelles découvertes et de nouvelles
oeuvres sont en train de se préparer. La
fantaisie aussi m’a attiré. De nombreuses
fois je me suis mis à écrire sur le sujet
des «Voyages cosmiques» mais cela se
terminait par ce que je me laissais
distraire par mes réflexions et déviais
vers un travail sérieux.
Les récits fantastiques sur les voyages
interplanétaires apportent une nouvelle
pensée aux masses. Celui qui s’occupe de
cela accomplit un oeuvre utile : il
suscite l’intérêt, fait travailler les
cerveaux, engendre de futurs travailleurs
avec de grands projets.
Quelle activité peut être plus élevée que
celle de prendre possession de toute
l’énergie du Soleil, qui est 2 milliards
de fois plus forte que celle qui tombe sur
la Terre ! Quelle activité peut être plus
belle que celle de trouver une issue à
l’étroitesse de notre planète ! que celle
de s’associer à l’espace de l’univers et
de permettre aux hommes de sortir de
l’étroitesse et de la pesanteur de la
Terre.
L’effet produit par un film est plus fort.
Le film est plus proche de la nature
qu’une simple description. C’est la plus
haute marche de l’Art, en particulier avec
le passage au cinéma sonore ou au monde du
théâtre. Mais dans ce dernier on ne peut
fabriquer des trucages qui rendent le
milieu sans pesanteur et les phénomènes
qui se passent hors de la Terre.
Il me semble que Sovkino et le camarade
Zhuravlev font preuve d’un grand héroïsme
en réalisant le film Космический рейс et
il ne faut pas être trop insatisfait s’il
n’est pas tout à fait parfait. Que celui
qui critique essaie de faire mieux, s’il
le peut. Le camarade Zhuravlev s’est brisé
en morceaux à force d’essais héroïques et
très fructueux.
Quel regard porté-je sur les voyages
cosmiques ? Y crois-je ? Seront-ils un
jour dans les possibilités humaines ? Plus
je travaillais, plus je rencontrais
d’obstacles divers et de difficultés.
Jusqu’à ces derniers temps, je supposais
qu’il faudrait des centaines d’années pour
réaliser des vols à la vitesse
astronomique (8-17 km à la seconde) et
cela était confirmé par les faibles
résultats obtenus chez nous et à
l’étranger. Mon travail incessant de ces
derniers temps a ébranlé mes vues
pessimistes : on a trouvé des procédés qui
vont donner des résultats étonnants dans
quelques dizaines d’années déjà. Les
efforts et les sacrifices consacrés par
notre Gouvernement Soviétique au
développement en URSS de l’industrie et à
toutes sortes de recherches justifieront,
je l’espère, mes espoirs.
K.Tsiolkovski".
Ce texte fut pratiquement intégralement publié le 23
juillet 1935.
Le 3 juin
1935 Zhuravlev
sollicitait à nouveau l'aide du scientifique
: "Cher Constantin Edouardovitch !
Excusez-moi pour ce long silence. Les
prises de vue tournent maintenant à un tel
régime qu’on n’a pas une minute de libre.
J’ai commencé à filmer la Lune. Je vous
envoie quelques photos avec des
explications au verso pour savoir à quoi
cela correspond. J’ai filmé une partie des
sauts sur la Lune. Le résultat semble bon.
Notre direction les a regardés, cela leur
a beaucoup plu. Si cela vous intéresse,
écrivez-le moi ; je vous décrirai comment
cette mécanique fonctionne.
Constantin Edouardovitch, donnez votre
avis sur les prises de vue lunaires.
Quelles impressions ont-elles produites
sur vous, en êtes-vous satisfait,
qu’est-ce qu’il manque d’après vous, que
faut-il encore améliorer. Constantin
Edouardovitch, si cela ne vous pèse pas,
prenez un petit moment pour écrire à mes
acteurs une lettre à votre nom sur la
façon de se conduire sur la lune et en
particulier dans la cabine. Au moment de
la sortie du vaisseau. Que doit ressentir
l’académicien Sedykh qui sort pour la
première fois dans un monde sans pesanteur
?".
Malicieux, le cinéaste fait à nouveau appel
à la verve et l'écriture passionnée de Tsiolkovski
: "Écrivez, Constantin Edouardovitch, je
vous en prie, vous racontez toujours cela
de façon si remarquable. Cela me serait
très utile à moi aussi. C’est très
difficile de se débarrasser de ses
représentations mentales habituelles.".
Le grand vulgarisateur lui répondit de
suite, le 5 juin : "Cher Vassili
Nikolaïevitch, il faudrait que je vous
écrive tout un livre, mais j’arrive à
peine à mettre un pied devant l’autre. Il
vaudrait mieux que vous veniez pour parler
un peu. J’essaierai de répondre à toutes
vos questions. Et il en faut beaucoup,
justement.". Il conclut : "Vos
questions, écrivez-les. S’il vous est
impossible de venir, lisez «Hors de la
Terre», «les Cibles» et «Sur la Lune» (ou
bien lisez-les aux acteurs).
Je transmets mon salut le plus cordial à
vous et à vos artistes. Ma famille vous
salue.".
Zhuravlev ne fit pas la lecture du
livre à ses acteurs et préféra une dernière
rencontre à Kalouga.
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La troisième rencontre.
Une troisième et dernière rencontre eut lieu en fin de printemps 1935.
Zhuravlev se rendit à Kaluga, dans la nouvelle
et dernière maison du grand vulgarisateur.
Dans son vaste bureau où jonchaient livres et
magazines, Tsiolkovski valida les
décors définitifs, fit corriger les dernières
imperfections du scénario. Il n'était pas
totalement satisfait de ce scénario, mais il
reconnut que s'il avait été trop technique il
n'aurait alors intéressé que les spécialistes
tandis que la version retenue était plus
vulgarisatrice et pédagogique, plus accessible
au jeune public à qui ce film était
principalement destiné.
C'est donc bien trois rencontres
que le cinéaste et le scientifique eurent. Si
Vassili Zhuravlev n'en décrivit que
deux dans son interview de 1954, son fils Nikolaï
en raconta bien trois dans l'entrevue qu'il
eut en 1987 pour le journal " La technique
pour la jeunesse" ( Техника молодежи).
Le texte de la lettre de Tsiolkovski
du 24 janvier 1935 servit finalement de base à
un article
publié le 23 juillet 1935 dans la Komsomolskaïa
Pravda.
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(Photographie officielle
et photographie originale - Cherchez la
différence)
Constantin Tsiolkovski à Kalouga,
fin 1934 ou début 1935. Non seulement le
théoricien de la technique des fusées
accueillait beaucoup de personnes dans sa
maison, mais il se déplaçait également pour
tenir des conférences, des réunions grand
public au cours desquelles il faisait toujours
l'admiration de ses auditeurs par ses récits
passionnants. Les dernières années de sa vie
il se déplacera moins. "Il faut que les
savants viennent plus souvent dans les
kolkhoz pour donner aux kolkhoziens les
connaissances sur les lois de la nature.
C'est le meilleur moyen de diffuser la
conception scientifique du monde.", Tsiolkovski
1934
"Notre planète est le berceau de
l'humanité, mais il est impossible de vivre
éternellement dans un berceau."
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Publicité dans les journaux pour annoncer la
sortie du film.

Autre publicité. Voir ci-après.

Affichette petit format de la sortie du film.
On peut imaginer qu'elle était utilisée pour
annoncer les projections dans les villages et
kolkhozes.

Image extraite du film " Premier
sur la Lune" ( Первые на луне)
sorti en 2005, amusant documentaire démontrant
d'une façon volontairement mystificatrice que
les soviétiques étaient allés sur la Lune
durant les années 30 et tout
particulièrement en mars 1938. Des extraits du
film " Le Voyage cosmique" ont alors
été utilisés pour démontrer que la technique
était maîtrisée à cette époque.
L'image ci-dessus reconstitue un cinema
portant à l'affiche le film de Zhuravlev.
Nota : si cette image provient bien de la
ville de Ekaterinbourg, le bâtiment
filmé est un sauna- bains publics et n'a
jamais été un cinéma.
71 rue Pervomayskoy à Ekaterinbourg.

Agrandissement de l' affiche
du film présentée sur
l'image ci-dessus.
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Le 9 décembre 1935 le journal
"La vérité du Komsomol", Комсомольская
правда, qui avait suivi les étapes de
la réalisation du film, signalait que le
montage était enfin terminé.
Trois projections privées
furent organisées avant la sortie pour le
grand public : une première dans la salle de
spectacle de la Maison des scientifiques
( Дом ученых) de la ville d'Obninsk, oblast de
Kalouga; la seconde dans l'Usine des Trois
montagnes (Трехгорная мануфактура),
usine textile à Moscou; et enfin dans le
cinéma pour enfants Uranus (Уран) à
Novovoronej dans l'oblast de Voronej.
La sortie du film.
La première projection
publique du film a eu lieu le 21 janvier
1936, soit près de quatre mois après
la disparition de Constantin Tsiolkovski,
celui qui en avait été l'inspirateur et le
conseiller. Il est à noter que la date du 21
janvier est la date "officielle" : or les
premiers comptes rendus de la diffusion du
film, dans lequel il est fait écho de
l'accueil par le public, sont publiés dans
deux journaux datés du 11 et du 16 janvier !
Cette sortie pour le grand public début 1936
expliquait la raison pour laquelle le film
dont le dépôt officiel date de 1935 est
parfois été indiqué comme datant de 1936. Mais
ce film est également parfois annoncé de 1924
en confusion avec le film Aelita, ou
de 1928, voire même de 1939.
Cet étonnant film rencontra un grand succès
populaire, mais finalement de courte durée :
malgré les efforts du réalisateur et des
techniciens, il apparut que les messages
exprimés par le film n'étaient pas à la
hauteur attendue par le gouvernement
soviétique. On put notamment cité le cas de
l'animateur Fiodor Krasne dont la
scène de déplacements des voyageurs sur la Lune
fut jugée très insuffisante car trop ludique,
et dont le nom fut définitivement retiré du
générique du film.
La première critique cinématographique du film
apparut ainsi le 11
janvier 1936 dans le
périodique "La vérité du Komsomol", Комсомольская
правда. Le journaliste s'y félicitait
de la sortie de ce film pendant les vacances
scolaires moscovites permettant ainsi à tous
les jeunes et notamment les jeunes pionniers
de le voir. Si l'auteur de l'article, R.
Kron (КРОН), recommandait ce
film que tout le monde attendait, il notait
aussi la faiblesse du scénario notamment sur
les caractères des personnages, leurs
relations qui n'étaient pas toujours claires.
Et derrière les éloges faites sur la technique
omniprésente qui avait permis la réussite du
film, on sentait apparaître les critiques plus
fortes qui conduirent à reléguer pour
longtemps ce film dans les archives.
«
Komsomolskaïa Pravda », 11/01/1936
« Le raid cosmique »
Le nouveau film du réal. V.N.ZHURAVLEV
Un jour viendra où une compagnie
touristique fera de quelques œuvres de
Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski des
guides attrayants pour les voyageurs du
cosmos.
On peut penser que les premiers à se
lancer dans un tel voyage seront les
sportifs. La lune deviendra le
territoire où montrer le haut de gamme
de la culture physique. Imaginez-vous
que l’haltérophile égyptien Nos-séir,
recordman du monde, a soulevé des
haltères de 167 kilos. Un tel exploit
historique (pour nous, Terriens) sur la
lune serait ridicule. Dans le beau monde
lunaire (où la pesanteur est six fois
moindre que sur la Terre) Nosséir
pourrait soulever 962 kg ! Et cela
serait considéré comme un petit record
assez moyen.
Le réalisateur Vassili Nikolaïévitch
Zhuravlev a vanté à l’avance et avec
succès ce futur si attirant pour les
touristes. Et le premier « Voyage
cosmique » fut accompli pendant les
vacances par les écoliers de notre
capitale. Les pionniers moscovites, qui
ont vu pour la première fois ce nouveau
film de science-fiction, ont approuvé de
leurs vifs applaudissements ce
passionnant itinéraire lunaire.
Il s’agit en effet d’un film très
intéressant et fort beau dont l’action
se déroule en 1946. On a déjà cons-truit
à Moscou une merveilleuse astroville et
le voyage sur la lune était le problème
du jour de l’institut de recherches.
L’académicien Sedykh, le père d’un
gigantesque astroplane supercosmique,
fixe le jour de ce départ tant attendu.
Il se décide à accomplir ce pas décisif
dans des circonstances difficiles. Son
assistant refuse de voler, car la fusée
N°128, envoyée sur la lune il y a peu,
et dans laquelle se trouvait un chat
vivant, est portée disparue. On
n’observe aucun signal lumineux venant
de la lune.
Avec l’académicien voyage
l’étudiante-chercheuse Marina et le
jeune inventeur Andriouchka qui s’est
introduit secrètement dans la cabine. Et
voici l’astroplane en plein vol. Le
spectateur fait connaissance d’une
multitude de détails intéressants de ce
fantastique voyage. Les héros du vol
sont vêtus de costumes inhabituels,
semblables à des combinaisons de
scaphandrier. Ils mangent dans de la
vaisselle en carton. Pendant de fortes
secousses, ils se cachent dans des
baignoires spéciales, remplies (ce qui
correspond à une loi de la physique bien
connue) d’un liquide d’une certaine
densité qui est capable de défendre
l’organisme humain contre les secousses.
Cette idée de baignoires a été émise par
Tsiolkovski dans son livre « Comment
protéger des chocs les objets les plus
fragiles ? ». Les héros du voyage
ressemblent à des bulles de savon dans
l'air. Le poids de leur corps a disparu.
Ils flottent comme des poissons dans la
cabine, leurs pieds touchent à peine le
sol, ils volent presque.
L'alunissage est proche ! Vite dans les
baignoires ! La lune est atteinte. Les
pieds sont chaussés de souliers de
plomb, les émetteurs radio sont fixés
aux poitrines, les dos portent des
ballons d'oxygène. Ainsi équipés ils
errent dans les déserts lunaires.
L'oxygène s'épuise, il faut se hâter.
Tous retournent triomphalement dans le
monde terrestre avec leur belle
trouvaille (le chat de la fusée N°128
était toujours vivant !) et les
pionniers accueillent avec des fleurs le
courageux Andriouchka.
Pour ce film Konstantin Edouardovitch
Tsiolkovski a réalisé 30 plans
d'astroplane. Les combinaisons des
astronautes ont été dessinées à Kalouga
sous surveillance scientifique. Le
pilote Gromov a indiqué l'équipement de
la cabine.
Ce film unique sur un sujet si attirant
a attiré l'intérêt non seulement des
enfants, mais aussi des adultes. Toutes
les prises de vue de maquettes, en
studio « sur la Lune » et dans le hangar
du stratoplane sont très bonnes. Les
auteurs ont bien réussi également les
saynettes humoristiques qui accompagnent
ce voyage légendaire. Pourtant, le
scénario très faible a laissé des traces
sur la qualité de la réalisation du
film. Beaucoup de scènes ne sont pas
assez travaillées. Les héros du film ne
sont pas assez typés, manquent de
détails biographiques, ce qui fait que
les rapports entre les personnages ne
sont pas toujours très clairs et leurs
actes et leur conduite sont souvent
injustifiés.
Le travail du réalisateur-komsomolets
Zhuravlev, en tant que pionnier des
films de science-fiction, mérite tous
les hommages. Il sera sans aucun doute
conforme aux désirs et aux besoins de
nos enfants qui rêvent depuis longtemps
de film de ce genre.
R.KRON
Traduction Patrice Cazal
|
Le 16 janvier
1935 c'est dans la revue Kino
(Кино) que paraissait un article de A.R.
Palev, encore plus critique que le
précédent. Les principaux reproches évoqués :
- le but du vol vers la Lune
n'est pas expliqué, ce qui pour le journaliste
est l'occasion manquée d'avoir fait de la
vulgarisation scientifique. C'est également un
manque dans la compréhension de l'action :
qu'est-ce qui motive ces personnes à s'envoler
vers la Lune, pourquoi cet héroïsme ?
- les incohérences du film :
l'académicien Sedykh qui fait lancer
la fusée malgré l'interdiction du Directeur le
Professeur Karine, ce qui semble
inconcevable dans les structures soviétiques.
D'autre part sur la Lune Sedykh
chute dans un éboulement du sol lunaire, les
autres voyageurs le retrouveront facilement,
trop facilement, et alors qu'il était bloqué
sous une roche Sedykh s'en sort
parfaitement indemne.
- l'absence d'approche psychologique
des acteurs : leurs caractères sont linéaires
tout au long du film. La conclusion du
journaliste sera tranchée : "On voit que
les acteurs s'ennuient, alors pourquoi avoir
fait jouer des acteurs quand des figurants
auraient suffit ? Seul le jeune acteur
Gaponenko démontre de la passion et de
l'animation qui se communiquent au
spectateur".
Mais, reconnaissait l'auteur de l'article, ce
film était d'un grand mérite : le cinéaste Zhuravlev
s'était lancé dans un film de science-fiction,
domaine insuffisamment exploré. Et il l'avait
bien fait en s'appuyant sur les connaissances
scientifiques de Tsiolkovski,
condition nécessaire pour un film de qualité.
Enfin le journaliste regrettait que
l'imaginaire scientifique ne soit perçu que
destiné aux enfants, ce qui conduisait à en
appauvrir le contenu. Il souhaitait donc que
le film scientifique se multiple et proposait
d'autres sujets possibles (dont quelques uns
absolument inspirés des autres travaux de Tsiolkovski)
: l'irrigation des déserts, la mise en valeur
de l'Antarctique, la Grande Volga,
la station électrique de l'Angara.
Journal
« Kino (cinéma) », 25/06/1929
A.R. PALEÏ
« Le raid cosmique »
Le premier film soviétique de
science-fiction « Le raid cosmique »
vient de sortir, réalisateur Zhuravlev.
Le sujet du film est un vol sur la lune.
Dans quel but entreprend-on un tel vol ?
On n’en sait rien. L’institut des
liaisons interplanétaires a mis en jeu
tellement de travail et de moyens que
l’on se demande si ses meilleurs
éléments risquent leur vie seulement
pour accomplir une promenade, un vol
cosmique. C’est l’impression que laisse
le film. Ses auteurs n’ont pas cru utile
de raconter à leurs jeunes spectateurs
les problèmes scientifiques qui ont
entraîné cet audacieux et dangereux
voyage. Ils n’ont pas enrichi les
connaissances de leurs spectateurs ; les
quelques informations que contient le
film sont déjà connues de tous : les
paysages lunaires, l’apesanteur pendant
un vol interplanétaire, la faible force
de gravité sur la lune.
L’absence de but pour ce vol diminue
aussi bien l’aspect pédagogique du film
que son aspect artistique. Elle prive le
film de son idée, une idée qui aurait pu
justifier l’héroïsme des voyageurs
interplanétaires, une idée autour de
laquelle auraient gravité la lutte des
gens, les affrontements de caractères.
Il n’y a qu’un succédané de
confrontation bien faible et non
satisfaisant : le directeur de
l’institut des liaisons interplanétaires
Karine n’autorise pas le professeur
Sedykh à voler sur la lune, mais
celui-ci y va quand même. C’est bien sûr
un fait impensable en période
soviétique. Que le professeur Sédykh
soit enseveli sur la lune par un
éboulement, qu’il perde son émetteur
radio et ne puisse pas donner de ses
nouvelles et que pourtant on le retrouve
quand même (et cela se fait très
tranquillement – il n’est même pas
blessé), n’est pas du tout une
confrontation. C’est un événement
introduit arbitrairement et qui ne
découle ni de la situation, ni des
caractères des personnages. De tels
événements et quelques autres, moins
significatifs, sont suffisants pour
animer l’histoire. Mais ils sont
insuffisants pour faire prendre
conscience d’une œuvre de cinéma
véritable, fortement dramatique.
En faisant le point sur les films
d'aventure, la rédaction de « Kino » a
montré avec justesse que dans un film
doivent agir des personnes vivantes, en
chair et en os – des héros ; l'auteur
doit forcer le spectateur à les aimer.
C'est seulement dans ce cas que leurs
destin et aventures émouvront le
spectateur. Cette situation est
totalement applicable au film de
science-fiction, car il est en même
temps un film d'aventure.
Dans le « Raid cosmique » il n'y a pas
de type de personnage bien travaillé. Il
n'y a pas l'ombre d'une transformation
psychologique. Les gens sont immuables
du début jusqu'à la fin. Les acteurs
n'ont plus qu'à prendre des poses, ce
qu'ils font avec beaucoup de sérieux
d'ailleurs : l'artiste émerite Komarov,
dans le rôle du professeur Sédykh,
Kovriguine dans le rôle du directeur de
l'institut Karine, Féoktistov, dans
celui du stagiaire Victor, Moskalenko,
dans celui de la douce jeune fille
Marina. On sent que les acteurs
s'ennuient. Et en effet, à quoi bon
dépenser son énergie d'acteur s'il
suffit d'être des figurants ?
Il en résulte paradoxalement que le
jeune Gaponenko dans le rôle
d'Andrioucha est plus intéressant que
tous les autres acteurs. Il est le seul
à ne pas s'ennuyer, le seul visiblement
à être passionné par le processus
inhabituel des prises de vue et les
décors si différents. Il est inspiré, et
son inspiration se transmet au
spectateur.
Le sujet du film se développe de façon
si insignifiante, qu'on a toujours
l'impression que l'essentiel est à
venir. Mais non, c'est déjà la fin,
l'expédition revient sur terre
accueillie par les applaudissements
tempétueux des jeunes spectateurs.
Ce sont des applaudissements de
remerciement pour un sujet intéressant.
Ils sont aussi une avance pour ceux qui
travailleront à la confection de
nouveaux films de science-fiction. Nous
espérons que Zhuravlev en fera partie.
Son mérite est très grand : il est le
premier à avoir mis le pied sur ce sol
vierge, tout comme ses voya-geurs sur la
lune. C'est son grand mérite.
Ses consultations avec le défunt père
des voyages dans les étoiles
K.E.Tsiolkovski l'ont aidé à éviter des
erreurs scientifiques. Cette façon de
travailler est incontestablement
obligatoire pour la confection de films
de science-fiction.
Ceux qui travailleront dans ce domaine
devront prêter une grande attention à ce
sujet.
La pratique est telle que que le cinéma
de science-fiction n'utilise que le
thème des voyages interplanétaires.
C'est le rêve séculaire de l'humanité,
Voltaire, Cyrano de Bergerac, Edgar Poe
et de nombreux autres y ont apporté leur
tribut. Ce thème a inspiré aussi
l'écrivain de science-fiction Jules
Verne. Pourtant les héros des romans les
plus passionnants de Jules Verne n'ont
pas fait que voler sur la lune. Ils ont
accompli des voyages au centre de la
terre et sous les mers, ils ont
construit une île flottante et inventé
d'étonnants appareils pour se déplacer :
une maison à vapeur et amphibie, qui
peut tout aussi librement voler dans les
airs, se mouvoir sur le sol, naviguer
sur et sous l'eau.
Chez Wells de nombreuses oeuvres sont
consacrées à la physiologie (« La
nourriture des dieux »), à la chirurgie
(« L'île du docteur Moreau »), à l'étude
des profondeurs de l'océan (« Au fond
des mers ») etc.
Nous ne sommes absolument pas contre la
représentation de voyages
interplanétaires. Nous sommes pour que
la thématique cosmique occupe [au
cinéma] à peu près la même place que
chez les classiques de la littérature de
science-fiction.
Il faut planifier cette thématique. On
peut trouver une quantité de sujets
différents et passionnants. Les
rencontres entre écrivains et inventeurs
ont montré que ces sujets sont
littéralement innombrables. Ne serait-ce
que notre planification socialiste ! Les
travaux sur l'Angara, les lignes à haute
tension, la Grande Volga, le changement
du cours de l'Amou-Daria, l'assèchement
des déserts, la conquête de l'Arctique –
quel vivier de sujets remarquables !
Notre cinéma de science-fiction
s'adresse pour l'instant, on ne sait
pourquoi, seulement aux enfants. Il leur
est incontestablement utile et
indispensable, mais il ne faut pas
oublier le spectateur adulte. En effet
Wells, Joulavski, Lasovits, Robida et
bien d'autres auteurs de romans de
science-fiction s'adressaient seulement
à un lecteur adulte.
Il ne faudrait pas pourtant, en
travaillant pour les enfants, baisser la
qualité d'un film et l'appauvrir. La
qualité artistique d'un film de
science-fiction soviétique doit être
élevée ne serait-ce que parce que, en
dessinant les réalisations du futur,
nous ne pouvons nous les représenter
séparément des gens dont les mains
construisent ce futur lumineux. La
station hydro-électrique de l'Angara,
les terres fertiles à la place des
déserts, la conquête des planètes – tout
cela est fait par les hommes et pour les
hommes, et l'être humain doit avoir le
rôle principal dans un film qui
représente de telles réalisations.
L'homme ne doit pas être un simple
composant de la fable, un complément aux
paysages. Cette position, devenue depuis
longtemps un axiome pour tous ceux qui
travaillent dans la création, ne tolère
aucune exception quel que soit le genre
de cette création. C'est seulement en
respectant cette exigence catégorique
que seront créés des films de
science-fiction à part entière au niveau
de l'art du réalisme socialiste.
Traduction Patrice Cazal
|
Annonce de l'arrivée
du film dans une salle de cinéma
(appartenant à la diaspora chinoise)
de Vladivostok en mai 1936
|
On peut comprendre qu'en cette année 1936, la
première année des grandes purges
staliniennes, il ne se soit trouvé personne
pour essayer de défendre la qualité de ce film
...
• Dans la revue Pionnier
(Пионер) de janvier 1936 :
"Récemment, nous avons
regardé le film de science-fiction Kосмический
рейс. K. E. Tsiolkovski a participé à la
production de ce film de son vivant.
Nous avons beaucoup aimé le scénario. On ne
peut pas s'en détacher, on continue à le
regarder, et puis c'est déjà fini, et c'est
dommage que ce soit si vite fini.
L'histoire se déroule en 1941 à Moscou.
L'académicien Sedykh s'apprête à se rendre sur
la Lune à bord d'une fusée qu'il a lui-même
inventée. Il veut emmener avec lui Victor, son
étudiant de troisième cycle. Un jour, Andreï,
le jeune frère de Victor, se rend à l'Institut
des voyages interplanétaires et rencontre
l'académicien Sedykh. Il montre à
l'académicien son invention : un lance-pierre
automatique à visée télescopique. Sedykh
emmène Andreï dans le hangar : il veut aussi
lui montrer son invention. Dans le hangar se
trouvent deux fusées colossales destinées à un
vol vers la lune. L'académicien Karin, un ami
de Sedykh, le dissuade de s'envoler et tente
de lui prouver que ce voyage se terminera
inévitablement par la mort. Il montre sa fusée
expérimentale, qui s'est élevée à 100 000
mètres du sol. Il y avait un lapin dans la
fusée et il est mort d'un cœur brisé.
Mais Sedykh lui répond : “Mon ami, nous ne
sommes pas des lapins”. Et il fixe le jour du
vol sur la Lune.
L'académicien Karin et Viktor conspirent pour
empêcher Sedykh d'aller sur la Lune. Andryusha
entend la conversation et décide de s'envoler
vers la Lune avec l'académicien. Il demande à
l'académicien de donner aux jeunes astronomes
un laissez-passer pour le hangar le jour du
vol. L'académicien, sans rien deviner, donne
le laissez-passer.
À la toute dernière minute avant le vol,
Andryusha se faufile dans la fusée, tandis que
ses amis pionniers retiennent l'académicien
Karin et ne lui laissent aucune chance
d'arrêter la fusée. Ce n'est que lorsque la
fusée est déjà en mouvement que Sedykh
remarque Andryusha. Ils volent à trois :
Sedykh, Andryusha et une autre fille - Marina.
Le film montre de manière très intéressante
leur vol vers la Lune dans un monde sans
gravité. Ils ne marchent pas, mais volent et
font de grands sauts.
La fusée a heurté la lune. La violente
secousse brise l'unité d'oxygène. Sans elle,
il est impossible de revenir sur Terre. Sedykh
et ses compagnons enfilent des combinaisons
spéciales et sortent de la fusée.
Ils donnent un signal à la Terre : ils mettent
le feu à de la poudre. Quelques instants plus
tard, ils constatent un clignotement de la
Terre. Cela signifie que leur signal a été
remarqué.
Les voyageurs vivent toutes sortes d'aventures
sur la Lune. Ils escaladent des montagnes
noires, semblables à du charbon, et marchent
sur un sol très plat, comme s'il s'agissait
d'un tapis d'asphalte. Un jour, ils font une
découverte précieuse : ils trouvent des
morceaux d'atmosphère gelée. Ces morceaux
peuvent remplacer l'oxygène perdu. Ils font
leurs bagages pour le voyage de retour.
À cette époque, une deuxième fusée était en
cours d'équipement sur Terre, à bord de
laquelle l'académicienne Karin devait voler
pour aider Sedykh. Le jour du vol de la
deuxième fusée vers la Lune, des astronomes
observant la Lune ont remarqué que la fusée de
Sedykh descendait en parachute.
Techniquement, la description est très bien
faite. Dans le livre de Jules Verne "D'un
canon à la lune", il n'y a pas de technique
comme dans cette image. Là, la fusée n'est
qu'un projectile, alors qu'ici tout est bien
pensé. La fusée a une très bonne forme et une
telle aérodynamique qu'elle peut voler
rapidement sans que l'air ne tourbillonne
derrière elle. La personne la plus remarquable
sur cette photo est l'académicien Sedykh. Il
ne se préoccupe pas du tout de lui-même.... La
chose la plus importante pour lui est de
vérifier si son invention scientifique est
bonne ou mauvaise. Et ce n'est plus un jeune
homme. Il est très courageux, il n'a pas peur
du désastre. Il y a un moment très drôle dans
le film lorsque sa femme, une vieille femme,
l'emballe pour la route. Elle lui donne des
chandails et des châles de laine, mais il met
des livres à la place.
En regardant ce film, on a parfois
l'impression de voler soi-même. Surtout
lorsque la fusée s'approche de la Lune et
qu'ils sont tous dans la fusée à flotter dans
les airs.
Moment très angoissant où l'académicien Sedykh
est écrasé par un rocher sur la Lune. Le
rocher arrive, il est sur le point de
l'écraser complètement. Et que vont faire
Andreï et Marina, qui ne savent pas comment
contrôler la fusée. Marina et Andreï sont très
loin. Ils ont perdu l'académicien. Et seul le
hasard sauve l'académicien d'une mort
imminente.
En général, le film est très intéressant, et
il est nécessaire pour tous les jeunes de le
regarder. Mais il y a beaucoup de moments
invraisemblables. Tout d'abord, comment se
fait-il qu'Andryusha et Marina puissent voir
le ciel depuis la Terre ? Après tout, ils
n'ont pas de télescope, et comment peut-on
voir le ciel sans télescope ?!
Il est alors incompréhensible qu'ils se
parlent entre eux.
Pourquoi le retour sur Terre n'est-il pas
montré ? D'où vient soudain le parachute ?
Il est également dommage que le film ne soit
pas sonore. Si elle l'avait été, cela aurait
été une très bonne, très belle production.
Lenya Chertok, Nadya Trublenkova, Galya
Ermolaeva, Grania Buglay, Vitya Terentyev,
Tolya Karulin, Lyova Kosmarsky"

Le réalisateur Zhuravlev discute avec K.E.
Tsiolkovski d'un scénario sur un vol vers la
Lune.

La fusée est prête pour le vol.

Un vêtement pour marcher sur la lune.
Suit alors une entrevue avec le cinéaste pour
répondre aux questions des enfants signataires
de l'article :
"Ingénieur lunaire
Réponse du directeur
Lorsque j'ai décidé de faire un film sur le vol
vers la Lune, j'ai écrit une lettre à Konstantin
Eduardovich Tsiolkovski. Il m'a répondu
immédiatement et je suis allé lui rendre visite
à Kaluga. J'y ai vécu quelques jours et le
souvenir de cet homme remarquable restera gravé
dans ma mémoire jusqu'à la fin de ma vie. Il m'a
expliqué en détail comment les gens voleraient
vers la Lune, quels appareils seraient
construits, comment ils se sentiraient sur la
Lune. Tsiolkovski parlait très fort, gesticulait
et plaisantait sans cesse. Nous lui avons
apporté une grande poupée qu'il a utilisée pour
montrer comment les gens se déplaceraient sur la
Lune.
Ensuite, j'ai commencé à faire le travail de
création. Konstantin Eduardovich a regardé
plusieurs fois les décors et les esquisses du
scénario que je lui ai envoyés. Il a fait
beaucoup de commentaires et de corrections.
Nous avons commencé à réaliser ce film
Kосмический рейс il y a un an et demi. Beaucoup
de gens se demanderont probablement pourquoi il
nous a fallu autant de temps pour réaliser ce
film. Le fait est qu'il n'est pas facile de
réaliser un film de science-fiction : j'ai dû
lire beaucoup de livres de Tsiolkovski sur les
vols vers la Lune, lire “D'un canon à la Lune”
de Jules Verne et beaucoup de livres de
spécialistes étrangers.
Nous avons dû travailler très dur pour trouver
un moyen de filmer les gens lorsqu'ils
arriveraient sur la Lune. Après tout, il était
évident que sur la Lune, ils marcheraient
différemment que sur la Terre. Les gens qui ont
vu le film Kосмический рейс m'ont dit qu'on
n'avait pas filmé des personnes, mais des
marionnettes. Ce n'est pas vrai. Les vols réels
ont été effectués par les acteurs du film. Nous
avons procédé de la manière suivante : en haut
du décor, nous avons installé un système de
poutres à travers lesquelles passaient des
cordes solides. À ces cordes étaient attachés
des amortisseurs en caoutchouc, utilisés lors du
lancement des planeurs. De là partaient des
câbles d'acier très résistants. Sous leurs
robes, les artistes portaient des corsets
métalliques spéciaux auxquels ces câbles étaient
attachés. Nous avons dissimulé tous les câbles
pour qu'ils ne soient pas visibles sur la photo.
À l'aide de poulies, nous avons lancé les
artistes d'un endroit à l'autre, ce qui donnait
l'impression qu'ils volaient dans les airs.
Vous pouvez imaginer, bien sûr, les enfants, à
quel point il est agréable d'être suspendu en
l'air à une corde ! Mais nos artistes ne sont
pas seulement courageux dans l'image, ils le
sont aussi dans la vie. Ils sont bien entraînés,
ils font beaucoup d'exercices physiques. Cela
s'est avéré très utile lors du tournage du film.
Andryusha s'est même imposé un régime d'exercice
particulier : le matin, il faisait des exercices
et de la gymnastique, après le déjeuner, il
s'accordait une heure creuse, courait beaucoup,
et se couchait toujours à la même heure.
Le camarade Komarov, qui joue le rôle de
l'académicien Sedykh, était professeur
d'éducation physique avant de devenir acteur de
cinéma. Et Marina (l'artiste Moskalenko) est une
très bonne joueuse de tennis.
Vous me demandez pourquoi nous n'avons pas
montré le retour de la fusée ? C'est vrai, les
enfants, nous n'avons pas montré beaucoup de
choses, mais si nous voulions tout montrer dans
les moindres détails, il faudrait regarder le
film pendant cinq heures, voire toute la
journée.
Je sais que beaucoup d'entre vous sont très
intéressés par l'idée d'aller sur la Lune. Et
lorsque je me suis familiarisé avec la
possibilité d'aller sur la Lune, je suis devenu
presque un ingénieur “lunaire”, et mon plus
grand rêve est maintenant d'aller sur la Lune.
В. Zhuravlev"
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• Dans L'Art du
Cinéma (Искусство кино) de février 1936 un
long article tente la réhabilitation du film,
notamment en réponse à l'article du journal Kino
du 16 janvier précédent :
"La poésie, en harmonie avec l'esprit général et
les réalisations scientifiques et technologiques
de notre époque, doit se lier plus étroitement
et plus profondément à la science, doit adopter
une vision du monde fondée sur les données
scientifiques les plus récentes. Elle doit
se débarrasser de tout ce qui est dépassé et
mythologique et qui, depuis tant de siècles,
obscurcit l'idéologie des poètes et la matière
même de leur œuvre - thèmes, images,
vocabulaire, etc.
La poésie doit-elle donc se contenter de
traduire en vers des données scientifiques
arides ? non, pas du tout. Le poète, dont la
pensée peut couvrir tout l'éventail des
connaissances scientifiques modernes, pourra à
son tour fertiliser la science avec la puissance
de l'intuition créatrice, la rafraîchir avec des
idées nouvelles.
Le concept de base de ce que l'on appelle la
“poésie scientifique”, qui est apparue en France
dans le dernier quart du siècle dernier, est
réduit à une position similaire. Le
théoricien et fondateur de ce courant est le
poète René Ghil (1862-1925), qui a formulé ses
principes dans son “Traité du Verbe”, publié en
1886.
On ne peut pas dire que cette insistance sur le
rapprochement entre l'art et la science soit la
première revendication de René Ghil. Il ne fait
que formuler plus catégoriquement et plus
clairement les idées qui ont été émises avant
lui, à un moment où la pensée créatrice des
principaux artistes de la bourgeoisie s'approche
de ses positions les plus hautes et les plus
stables. Les tentatives de création d'un
roman “scientifique” ou “expérimental”,
théorisées par Émile Zola dès les années 70,
sont bien connues.
Cependant, cela se faisait déjà avant les romans
du “père du naturalisme”, Zola. Toutes les
prétendues “utopies” - romans sur l'avenir -
étaient également basées sur l'état actuel des
connaissances scientifiques et sur le
développement possible de la science dans le
futur. La brillante
orientation sociale et socialiste de ces romans
a attiré des centaines de milliers de lecteurs,
en particulier des jeunes, vers des ouvrages
tels que « L'âge futur » de Bellamy, « News from
Nowhere » de V. Morris, etc.
Mais le véritable roman scientifique est associé
principalement à deux noms brillants : le
Français Jules Verne et l'Anglais Herbert Wells.
Malgré l'infinie variété des situations, des «
lieux d'action » géographiques, des profils
nationaux et sociaux des personnages, des
intrigues les plus diverses mais qui se
déroulent toujours rapidement, de l'introduction
des technologies nouvelles et les plus récentes
comme ressort principal de l'intrigue, une
caractéristique fondamentale contribue
invariablement au caractère fantastique du «
roman scientifique » : il s'agit d'un réalisme
particulier d'expériences factuelles, précises,
convaincantes et persuasives, basées sur des
données fiables de la science.
C'est pourquoi, par exemple, la fiction d'un
roman comme « Howling in the Air » de H.G. Wells
est si réelle ; c'est pourquoi, bien avant la
création des flottes aériennes et sous-marines,
Jules Verne a pu les décrire de manière si
fascinante et convaincante, justifiant leur
apparition imminente.
En outre, les principes mêmes de la créativité
scientifique, la méthodologie scientifique
elle-même, comme le remarque à juste titre
l'écrivain V. Kaverin (« Littérature et science
»), sont très instructifs et importants pour les
hommes de l'art - les écrivains et, à notre
avis, dans une mesure non moindre, les
directeurs de la photographie. L'œuvre de Balzac
et de Zola constitue l'exemple le plus
instructif pour la réflexion et les conclusions.
Toutes ces réminiscences et considérations
littéraires nous viennent à l'esprit en
regardant le « roman cinématographique
fantastique » de V. Zhuravlev, Kосмический рейс,
tout d'abord parce que.... le cinéma de
science-fiction soviétique n'avait pas de
généalogie propre lorsqu'il est apparu.

Kосмический рейс. Réalisé par V. Zhuravlev.
Cameraman A. Galperin. Mosfilm. Sur la photo :
le pionnier Vitya Gaponenko
Il serait vain de chercher un seul film achevé
dans le domaine qui nous intéresse parmi le
cinéma russe prérévolutionnaire, généralement
pauvre en genres. L'« héritage » de
la cinématographie capitaliste comprenait le
drame de salon avec les « favoris du public »,
le « drame psychologique » des expériences
philistines ou « surhumaines », le détective
primitif (« Sonia la plume d'or »), le « comique
» impuissant et inculte des Glupyshkins et les
succulentes pousses de la comédie de situation.
C'est tout ? - Oui, c'est tout. Mais c'était
suffisant pour satisfaire toutes ou presque
toutes les exigences de l'homme du peuple
russe. Il n'attendait pas plus, et
il n'exigeait pas plus. Quant au film de
science-fiction qui nous intéresse ici, cet
homme du peuple n'en ressentait pas le besoin,
soit parce qu'il était lui-même massivement
dépourvu d'imagination, soit parce que la «
science » des bancs du gymnase lui apparaissait
invariablement comme un bugaboo terrible ou
excessivement ennuyeux.
Il n'est pas inutile de rappeler ici
qu'aujourd'hui encore, là où le capitalisme et
la « loi et l'ordre » qu'il cultive sont au
pouvoir, le film de science-fiction n'a toujours
pas de « chance » dans l'Occident « civilisé ».
Même l'un de ses meilleurs représentants, le
créateur de L'homme invisible, Jams Wells, fait
clairement du genre du film de science-fiction
un véritable guignol (« Frankenstein », «
Frankenstein's No Vesta Frankenstein »). Le
thème des araignées devient invariablement le
thème de l'horreur dans le cinéma occidental.
La promotion des réalisations scientifiques est
remplacée par la lutte contre la science, dans
laquelle le public étranger voit le coupable de
tous ses malheurs.
Le cinéma soviétique, quant à lui, a commencé
par tenter de créer une sorte d'utopie héroïque.
Le fait que l'un des premiers films de jeunesse
de la cinématographie soviétique ait été
consacré au vol de Gusev, le sémillant soldat de
l'Armée rouge, vers Mars, était de bon augure.
Bien sûr, aujourd'hui, après 16 ans d'expérience
de la cinématographie soviétique, « Aelita »
(scénario d'A. Tolstoy) ne peut susciter qu'un
sourire condescendant. Dans ce film sur un
joyeux soldat de l'Armée rouge s'envolant pour
Mars afin de soviétiser une autre planète du
système solaire, il y avait bien plus de bonnes
intentions que les hypothèses scientifiques les
plus basiques et.... logique élémentaire.
Quoi qu'il en soit, « Aelita » peut être
considéré comme la première tentative de créer
un film utopique soviétique (mais pas
scientifique), tentative après laquelle, pour
une raison quelconque, il y a eu une longue
pause difficile à expliquer.
Et maintenant, « Vol spatial ». Nous
ne savons pas exactement si le réalisateur V.
Zhuravlev et le scénariste A. Filimoiov
connaissent les conseils de René Gil, cités au
début de cet article, sur la nécessité pour un
artiste de s'imprégner des idées scientifiques
les plus avancées de son époque, mais tous deux
ont construit leur travail pratique sur ce
principe même, et c'est pourquoi dès les
premières images de « Space Flight », le film
attire l'attention du jeune public, pour lequel
il a été principalement conçu.
Lorsque, dans les premiers plans du film,
l'inscription au-dessus de l'entrée apparaît : «
USSR. All-Union Institute of
Interplanetary Communications named after K.E.
Tsiolkovsky », le spectateur se souvient avec
intérêt et gratitude de l'apparition du
scientifique de génie récemment décédé, le père
du vol stellaire, avec les conseils duquel
“Space Flight” a été créé et à la mémoire duquel
il est dédié. D'ailleurs, le grand public ne
sait guère que le défunt scientifique s'est
également essayé à la science-fiction en
écrivant une histoire fantastique intitulée «
Hors de la Terre ».
... Le Moscou du futur proche -1946
Krasavetsinstitute of interplanetary
communications mène une vie scientifique et
expérimentale intense, résolvant le problème de
la communication avec la lune à l'aide d'obus de
fusée (jet).
Plusieurs dizaines de projectiles fusées envoyés
sur la lune, dont le dernier avec un chat
vivant, n'ont pas donné de résultats positifs :
aucun signal de réponse n'est émis par la
lune. C'est alors que le chef constructeur
de l'Institut, le vénérable académicien Sedych
(honoré Art. Art. Resp. S. Komarov), décide de
s'envoler vers la lune à bord d'un stratoplane
géant « USSR-1 ». Suite à toutes sortes
d'accidents, ses compagnons de voyage dans le
stratoplane sont la jeune assistante Marina
(art. K. Moskalenko) et le pionnier Andryusha
(Vitya Gaponenko).
La création d'un genre pour toutes les sections
de notre industrie cinématographique en plein
essor qui ont été vues jusqu'à présent
signifiait non seulement la création d'un
scénario, mais aussi la création d'un
réalisateur et d'un ensemble d'acteurs.
Pour le genre de la science-fiction, cela
signifiait également la création d'un artiste
spécial, d'un système spécial de conception
externe de l'image, un travail qui devient
extrêmement important dans ce film.
Le « Voyage dans l'espace » n'avait pas encore
eu le temps de sortir dans sa version sonore que
la première critique qui lui était consacrée en
dénonçait les défauts avec un acharnement
excessif.
Le camarade A. R. Paley, dans le journal Kino
(16 janvier), incrimine le nouveau film en
affirmant que « l'absence du but du vol réduit
non seulement la valeur cognitive mais aussi la
valeur artistique de l'image ».
Cette circonstance, selon le critique, prive le
film d'une idée qui justifierait l'héroïsme des
voyageurs interplanétaires, autour de laquelle
naîtraient la lutte des peuples et le choc des
caractères. Ce reproche, à notre
avis, n'est fondé ni en principe ni en fait.
En fait, c'est parce que, comme indiqué,
l'académicien Sedykh entreprend, selon le plan
du scénariste, son vol risqué afin de tester la
possibilité de voyager sur la lune, problème
auquel sont consacrées toutes les activités de
l'institut dont il est question dans le film.
Mais si cette circonstance locale n'existait
pas, l'objectif du vol en stratoplan dans
Kосмический рейс est-il si déraisonnable, comme
cela semble être le cas pour le critique du
journal Kino ? Quel objectif, outre
celui de servir la science, de s'efforcer de
repousser les limites de la connaissance
humaine, a été poursuivi, par exemple, par les
participants au premier vol stratosphérique à
bord du véritable « URSS-1 » ? Et le peuple
soviétique n'érige-t-il pas un monument aux
héros morts des stratèges de l'USSR-2 pour avoir
tenté d'atteindre ce noble objectif ?
Certes, la dramaturgie de « Vol spatial » est
loin d'être irréprochable. Mais il a déjà été
dit que, tout en satisfaisant l'une ou l'autre
demande thématique du public soviétique, notre
cinématographie résout toujours dans ses films
ses propres tâches idéologiques, artistiques,
créatives et, enfin, graphico-techniques, qui
s'appliquent pleinement aux films de
science-fiction. Et ces tâches artistiques et
techniques de l'image sont résolues avec succès
dans Kосмический рейс, et c'est pourquoi nous
pardonnons volontiers aux auteurs du film les
faiblesses dramaturgiques du scénario et le peu
de matériel actif que les interprètes des rôles
principaux ont reçu pour travailler.
La même critique accusait les auteurs du film
d'exploiter « toutes les informations connues ».
Kосмический рейс montre, en fait, sous une forme
figurative, le fonctionnement de seulement deux
lois du monde cosmique : la réduction de la
force gravitationnelle de la Terre lorsque nous
nous approchons de la Lune et l'atténuation du
son (en particulier de la voix humaine) sur
celle-ci en raison de la composition différente
de l'atmosphère. Mais ces deux lois, surtout la
première, sont montrées dans le nouveau film
d'une manière si imaginative, sensuelle et
convaincante que, en regardant les stratèges
s'approcher de la lune, dans leur cabine fermée,
ils commencent non pas à marcher, mais à
décoller, à prendre les positions les plus
inimaginables, etc. (à noter la réussite de la
partie animation de «Kосмический рейс de M.
Krasne). Le jeune spectateur ressent un «
appétit » évident pour approfondir les
disciplines scientifiques qui étudient et
expliquent ces phénomènes étonnants et
incompréhensibles.
La matière scientifique fascinante et fraîche
est bien entretenue dans Kосмический рейс par
quelques détails quotidiens très réussis. Les
épisodes où la femme de l'académicien Sedykh
apporte à son mari des valenki chauds (« pour
qu'il ne prenne pas froid sur la lune »), alors
que son stratoplane s'envole déjà dans l'espace
séduisant et mystérieux, sont par exemple très
réussis. Une place importante dans l'évaluation
de « Vol spatial » doit être accordée au travail
de ses trois artistes : A. Utkin, M. Tiunov et
IO. Shvets, qui après « New Gulliver » est
devenu un spécialiste des mondes
fantastiques. Les paysages du futur
Moscou, transformés par deux programmes
quinquennaux, et les paysages de la lune, et
surtout les plans du départ et du vol du
stratoplane sont réalisés et filmés par le
caméraman A. Galperiyim à un haut niveau
artistique et créatif. Les prises de vue
du moment du départ sont particulièrement
impressionnantes, lorsque les deux stratoplanes
à réaction, accélérant la cadence au cours du
survol, prennent de la vitesse et se précipitent
en gros plan sur le spectateur. Certaines scènes
décrivant la vie de l'Institut des communautés
interplanétaires sont moins réussies. Elles
portent la marque d'un certain manque de
finition. Il nous semble, par exemple, que tant
les bicyclettes du modèle moderne, sur les
pédales desquelles pédalent assidûment les
employés de l'Institut, que les vénérables
voitures de l'époque du premier plan quinquennal
de ce film, faisant un bond de dix ans en avant,
auraient dû être remplacées par d'autres moyens
de transport. Peut-être auraient-ils également
dû être rendus réactifs, dans l'esprit des
principales innovations techniques et
technologiques.
Parmi les interprètes des rôles principaux, les
meilleurs se sont révélés être deux images
polaires : l'académicien Sedykh, vieux, sage et
expérimenté, mais jeune et mobile - l'artiste
honoré Komarov - et le pionnier guilleret
Andryusha - Vitya Gaponenko.

Réalisateur V. Zhuravlev. Cameraman A.
Galperin. Mosfilm.
Après le premier « roman filmé fantastique »
devraient apparaître des films d'histoires
fantastiques soviétiques, peut-être des romans
cinématographiques. Il faut espérer que les
acteurs y trouveront un matériel dramaturgique
plus intense, compliqué par des collisions
psychologiques, révélant des traits déjà
nouveaux de la psychologie de l'homme de notre
époque - tout ce qui manque encore à Kосмический
рейс."
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Annonces
publicitaires dans le journal Moscou Soir
(Вечерняя Москва)
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16 janvier 1936
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17 janvier 1936
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19 janvier 1936
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20 janvier 1936
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21 janvier 1936
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25 janvier 1936
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29 janvier 1936
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31 janvier 1936
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Les principes de Tsiolkovski. |
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Le retour sur Terre de
la cabine , suspendu à un parachute, était
l'une des 6 conditions minimales imposées
par Tsiolkovski. Cette idée paraissait à
l'époque farfelue, mais Zhuravlev respecta
l'idée de Tsiolkovski. On raconte que 45 ans
après, le film fut montré aux cosmonautes
russes qui applaudirent à l'idée géniale du
savant. (Dimitry Karavaev. "À la croisée
des trois chemins" №10, 2004)
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Constantin Tsiolkovski
savait que toute sa créativité et sa science
ne permettait pas d'imaginer la totalité des
conditions exactes d'un vol vers la Lune, mais il fixait au minimum 6
conditions qui, si elles étaient
respectées, assurait la crédibilité du film :
Premièrement
il souhaitait que la fusée décolle à partir
d'une rampe
de lancement.

Deuxièmement les cabines à
eau (ou plus exactement à liquide, ce
liquide devant être de la même densité que le
corps humain).
 Puis
l'absence de scintillement des étoiles.
 Ensuite l' apesanteur
pendant la phase de vol libre sans poussée de
réacteur.

Cinquièmement les sauts sur la lune, à pieds
joints à la "manière de moineaux".
 Enfin
l'atterrissage en douceur à l'aide de
parachutes.
Ce sont ces conditions, minimales mais très
difficiles alors à mettre en œuvre, qui
entraînèrent plusieurs fois l'abandon de
projet de film ( Tsiolkovski a indiqué
qu'il avait été sollicité par d'autres
cinéastes, mais sans qu'aucun projet
n'aboutisse).
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Le scénario était donc écrit. Si tout ce qui y
était raconté était passionnant et invitait
les protagonistes du film à se mettre
rapidement à l'ouvrage, la réalisation
pratique était autrement plus difficile :
construire des maquettes géantes, imaginer les
solutions pour les personnages flottant en
apesanteur ou se déplaçant sur la lune.
C'est ainsi presque deux
années de travail que je
vais essayer de vous faire découvrir sur les
pages de ce site.
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Cette image de Mosfilm n'a été créée
qu'en 1947,
elle ne figure donc pas au générique du film.
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L'album des voyages spatiaux |
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Les travaux de Tsiolkovski
écrits pour le film en 1933 avaient été
rassemblés par lui dans un petit cahier
intitulé "L'Album
des voyages spatiaux" (Альбома
космических путешествий), écrit du 21
juin au 26 octobre 1933 et transmis aussitôt
au cinéaste. Ce cahier fut longtemps détenu
par le cinéaste du film et inconnu du grand
public. Ce n'est que beaucoup plus tard que Zhuravlev
redécouvrit ce cahier dans ses archives et le
remit aux autorités soviétiques.
Le contenu du cahier fut publié en 1947 dans
le livre "Труды по ракетной технике"
(Travaux sur la technique des fusées
; voir image de gauche)
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Voici les 30 pages du
document permettant de constater la teneur des
dessins et textes écrits par Tsiolkovski.
Certains auteurs affirment que 30 plans de
fusées avaient été dessinés, voire 30 schémas
détaillés. Il n'en est rien puisque Tsiolkovski
avait voulu écrire un document vulgarisateur
destiné à donner à l'équipe du film une culture
générale sur les conditions de
navigation dans l'espace. Cette culture
permettait ainsi d'éviter les principales
erreurs scientifiques et d'aider à la
rédaction du scénario.
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Chacun pourra relever dans
les dessins présentés ici quelques idées qui
ne furent finalement pas reprises dans le
film. Par exemple : la sortie dans l'espace
d'un homme en scaphandre en passant par un
sas, une serre dans le vaisseau permettant de
nourrir l'équipage, le système gyroscopique
d'orientation de la fusée, les différentes
façons de flotter et de s'orienter en
apesanteur. Les idées développées par Tsiolkovski
avaient ainsi dépassé les moyens techniques et
financiers du cinéaste.
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