Космический рейс - Voyage cosmique - Cosmic JourneyCopyright C.Mettavant © 2006

Le Film (origine,
                        création) Les auteurs du
                        film (cinéaste, artistes, techniciens,
                        conseillers) Les acteurs du
                        film La fusée du
                        Film (décors, animation) La Ville de Moscou
                        et l'Institut (ville, rampe de lancement) La Lune (décors, animation) Les films avant
                        1935 Les films après
                        1935 Les oeuvres
                        anticipatrices (Verne, Tsiolkovski)

Cette page concerne la création et le scénario du film. On y trouvera donc successivement :
- l'idée originelle du film et les rencontres entre le réalisateur Vassili Zhuravlev (Василий Журавлев) et le scientifique Constantin Tsiolkovski (Константин Циолковский).
- la sortie du film et les premières réactions qui permettent de comprendre sa rapide disparition.
- les consignes de Tsiolkovski permettant de garantir l'exactitude scientifique du film. Pour la première fois vous pourrez lire la traduction des courriers échangés entre le scientifique et le cinéaste (un grand merci renouvelé à Patrice Cazal)
- les autres projets qui auraient pu suivre ce premier film si son succès avait été confirmé.
- enfin pour terminer cette partie quelques informations sur la redécouverte du film.

Une deuxième partie plus ludique aborde le scénario et la réalisation du film :
- les erreurs de réalisation ou de montage.
- les autres scénarios de films qui se sont inspirés du film de Zhuravlev.
- la polémique : Le Voyage Cosmique est-il une copie du film Frau im Mond ?

La correspondance entre Tsiolkovski et Zhuravlev avait été mise en ligne par l'Académie des sciences russe (en 2020 je n'y avais plus accès). Une partie avait été précédemment publiée dans la revue Искусство Кино [L'art du cinéma] de novembre 1957, pages 98 à 104.
 
Quelques anecdotes :
• il est amusant, intriguant et surprenant que le premier vol vers la lune et alunissage soit réalisé par un trio regroupant un homme âgé, une femme et un enfant ! Quel message voulait-on faire passer ?
• dans le film le chef de l'expédition s'appelle Komarov, le fiancé se nomme Feoktistov, noms de deux vrais cosmonautes des années 1960...
• lorsqu'à la vingtième minute du film Komarov remet au jeune Andriocha un billet donnant accès au hangar, Komarov a écrit "astronaute" et non pas le traditionnel "cosmonaute" russe. On revoit le même billet à la vingt-troisième minute du film.




Le film


L'histoire de la création du film commence dans la toute jeunesse de son créateur, le cinéaste Vassili Zhuravlev (Василий Журавлев) . Interrogé en 1954 dans la revue "La connaissance- La force" (Знание - сила, N°11 de 1954), il en racontait la genèse qui commençait dans sa toute jeunesse.

En 1924 alors qu'il avait tout juste 20 ans et qu'il faisait ses études au VGIK, l'Institut Cinématographique d'Etat, il écrivit un premier scénario de film "L'espace" (ou "La Conquête de la Lune par Monsieur Foksom et Monsieur Trottom", Завоевание Луны мистером Фоксом и мистером Троттом) acheté par Goskino, qu'il décrivit lui-même comme très naïf et techniquement irréalisable. Zhuravlev indiqua que le scénario avait toutefois servi lors de l'écriture du scénario du dessin animé "La Révolution Interplanétaire" de 1924 (Межпланетная революция). Le film ne se fit donc pas mais dans la tête de son auteur l'idée de la création d'un tel film était née.
 
À cette époque le cinéaste Yakov Protazanov (Яков Александрович Протазанов) entamait la réalisation de son film Aelita, le premier film de science-fiction soviétique. Pour l'agrémenter il fit appel à Nikolaï Khodataev (Николай Ходатаев) afin d'ajouter quelques séquences animées. Ce dernier enrôla Zenon Komissarenko (Зенон Комиссаренко), qui travaillait déjà sur le film pour les trucages, et Youri Merkulov (Юрий Меркулов) . Finalement l'affaire ne se fit pas, Protazanov estimant que les scènes ajoutées risquaient d'alourdir le film et d'en faire perdre la compréhension.
Cependant les trois dessinateurs enthousiastes décidèrent de produire leur propre film d'animation et, pour écrire leur scénario, s'inspirèrent de celui de Zhuravlev.


Un film créé sur commande du gouvernement soviétique.
En 1932 le Komsomol (Jeunesses Communistes du Parti communiste d'Union soviétique) demanda aux créateurs de cinéma de mettre en chantier, pour les jeunes spectateurs, le plus possible de films sur les sujets les plus divers, y compris de science-fiction : en 1934 un article d'une revue sur le cinéma annonça ainsi que "Nous en URSS devons créer le film de science-fiction sur la vie dans notre pays dans 6 à 10 périodes quinquennales".
À cette époque la plupart des scénarios de science-fiction essayaient de décrire un futur assez lointain, la période de référence communément utilisée étant le siècle : que sera notre vie, notre environnement, nos techniques dans 100 ans ? Ce n'est qu'après la deuxième guerre mondiale et l'approche de l'échéance du vingtième siècle que la nouvelle référence devint l'an 2000. Concernant les souhaits exprimés par le Komsomol, la vision future attendue était celle de 30 à 50 années. Mais si ce délai pouvait paraître relativement court, le scénario le réduisit très fortement à deux quinquenats, 10 ans, tant il semblait trop lointain de décrire ce premier vol spatial alors que la technique progressait à grand pas et que le gouvernement soviétique annonçait des plans et des objectifs ambitieux à la réalisation de son programme de développement. Ce film annonçait donc un avenir assez proche, accessible, à la portée d'une nation volontariste.

Zhuravlev, qui s'était déjà orienté vers la réalisation de films destinés à la jeunesse, prit alors contact avec le scénariste Alexander Filimonov (Алекса́ндр Филимо́нов, qui avait déjà été son scénariste pour Bombist en 1931) afin de lui demander d'écrire le sujet d'un film racontant le premier vol pour la Lune. En 1933, après une nouvelle conversation avec Sergueï Eisenstein (le fameux cinéaste, à l'époque responsable de l'un des deux regroupements à l'origine de Mosfilm, le GUKF Gosudarstvennoe upravlenie kinematografii i fotografii, lui avait recommandé de lire le livre de l'astronome anglais James Hopwood Jeans) et afin de répondre au souhait d'exactitude scientifique il prit contact avec le réputé théoricien, Constantin Tsiolkovski, pour lui demander des conseils sur la création d'un film scientifique et son accord pour devenir le consultant scientifique du futur projet.
Le 20 juin 1933 Tsiolkovski écrivait à Zhuravlev : " Très cher Vassili Nikolaïevitch, avant [tout], je pense composer le schéma et l'album des dessins de la fusée des "Voyages", je vous répondrai après. Il me faut d'abord me plonger dans cette affaire et évaluer sa difficulté. Je ne voudrais pas faire un mauvais film (et ils sont tous si mauvais). Dans dix jours ou plus, j'aurai composé l'album des dessins. Alors, je vous informerai.". Et il ajoutait : "Je ne dessine pas. Il faudra recourir à un artiste. Avez-vous lu mon « En dehors de la Terre » ? Si vous ne pouvez pas le trouver, faites-le moi savoir. Je vous l’enverrai pour un mois, après quoi, je vous demande de me le retourner, car j’en ai peu. La mise en scène des tableaux est difficile, car les actions ne sont pas habituelles et sont difficilement reproductibles sur la Terre. Un rendez-vous est nécessaire et je le fixerai après l’album et après réflexion.".

Il reçut certainement une réponse de Zhuravlev puisque le 30 juin 1933 il envoyait la lettre suivante : "Très cher Nikolaï Vassiliévitch. Votre lettre express a été reçue. Mon travail de préparation sera celui-ci :
1 Description pour l'album.
2 L'album (schématiquement).
3 Les indications sur l'album pour l'artiste [le peintre].
4 Des explications pour vous, personnelles, à voir lors d'un rendez-vous, comment reproduire les mouvements des gens et des objets inhabituels pour la Terre. Il me faudra plus de 10 jours de temps. Je tiendrai au courant de la progression du travail. Je vous envoie "Hors de la Terre". A me renvoyer à ma demande. Vous en tirerez quelque chose. Prévenez-moi de la réception avec une carte postale (sans faire de manières) : le courrier a été reçu.
". Il précise enfin en post-scriptum : "Quand notre rendez-vous sera utile, je vous le dirai. J’ai beaucoup d’autres travaux (bénévoles d’ailleurs).".
On le voit, si Tsiolkovski pensait rapidement travailler sur l'Album, il prévenait déjà d'un possible délai plus long du fait d'autres activités. Cet avertissement était judicieux puisque, on le verra par la suite, l'écriture des instructions dura plusieurs mois.

Nota : cette lettre comportait en introduction des précisions sur la localisation de sa maison : "Kalouga. C'est l'ancienne rue Korovinskaïa, qui commence derrière le square du théâtre, normalement rue du Théatre, il faut aller toujours vers le bas, jusqu’au dernier numéro le 79, près du fleuve Oka.".

Comme promis le vieux scientifique donna régulièrement des informations au cinéaste. Malgré son âge avancé et sa santé chancelante il s'était totalement engagé dans le travail préparatoire et décrivait l'avancement de ses travaux le 10 juillet 1933 : "Lettre à SOVKINO. Très chers camarades !
Il n'y a pas beaucoup de dessins dans mes livres, et ceux qui y figurent sont insuffisants. Votre venue est indispensable. L'illustrateur (plus rapidement), le scénariste, l'auteur et le camarade Zhuravlev sont indispensables. Ne prenez pas moins de 100 grandes feuilles de papier pour les dessins et des crayons. J'ai des fusains. Mon papier ne va pas suffire.
Prenez toutes les personnes que vous estimez utiles. Bien sûr, vous choisirez les dessins réalisables et convenables. Je me dois de vous en proposer un grand choix.
Il vous faudra rester à Kalouga une dizaine de jours. Annoncez-moi votre venue une semaine à l'avance.
Je donnerai mes schémas à l'illustrateur lui-même. Ils sont suffisants mais ont besoin d'explications. SOVKINO ne peut-il pas éditer mon livre (pas encore terminé) "Voyages cosmiques".
J'ai pensé écrire la nouvelle "Aventures cosmiques" (en parler lors de notre rencontre).
Pour travailler attendez notre rencontre et l'examen des dessins, je travaille intensément.
Pour le moment, je vous envoie les légendes des dessins. Avant notre conversation je vous prie de ne pas composer le scénario.
Dans un mois je vous demanderai de venir chez moi, alors vous pourrez le composer."
.


Dès le 21 juin 1933 Tsiolkovski avait travaillé à la préparation du film en rédigeant un petit cahier de consignes, l'album des voyages spatiaux, contenant une trentaine de pages de schémas, dessins, explications et même une table des matières, il n'en finit toutefois la rédaction que le 26 octobre 1933. En effet, le 6 août 1933 il informait de son retard : "Le travail monotone me fatigue, c’est pourquoi je n’ai pas pu beaucoup travailler sur le film « les Fusées ». L’album est fait très grossièrement, les commentaires ont pris 22 jours d’écriture à la machine et ne sont pas encore terminés. Ces travaux m’ont fait beaucoup réfléchir, mais ne vous sont pas utiles. Les enfants et le public ne peuvent pas faire la différence entre vérité scientifique et fantaisie brute. Il leur faut quelque chose d’intéressant, et j’ai du mal à comprendre en quoi cela consiste. Vous êtes plus apte à comprendre.".
Il confirme alors qu'il invitera bientôt le cinéaste : "Je vous retiens, mais vous pouvez toujours venir chez moi (en prévenant par lettre une semaine à l’avance). Je suis prêt à donner une réponse à toutes vos questions : je m’y suis un peu préparé. Seulement je vous préviens que je n’ai rien pour des prises de vue, il n’y a rien à filmer (Je préviens pour n’ennuyer personne et ne pas entraîner de dépenses inutiles). Les livres envoyés vous ont-ils été suffisants ? Retournez-moi « Hors de la Terre » à votre venue ou par la poste.".
On retrouve en cette fin de lettre l'esprit économe du scientifique qui usait ses crayons jusqu'au bout, qui cherchait à récupérer les livres prêtés et non donnés, et qui était également attentif aux dépenses des autres !

Zhuravlev ne devait pas être disponible, aussi dans une nouvelle lettre du 27 août 1933 Tsiolkovski indiquait : "j’attendrai". Il ajoutait enfin en prévision de leur rencontre : "Ne pouvez-vous pas trouver une poupée aux bras, jambes et tête mobiles. Prenez-en une, elle vous sera utile.".

Le 8 septembre 1933, c'est Lev Indenbom qui écrivait à Tsiolkovski pour lui confirmer la volonté de Sovkino de le solliciter comme consultant : " Cher camarade Tsiolkovski .
La ciné-fabrique de Moscou se prépare à mettre en scène en 1934 un film de science-fiction destiné essentiellement à de jeunes spectateurs. Pour réaliser ce film a été désigné le metteur en scène V.Zhuravlev qui a une grande expérience des films pour enfants.
Nous avons l’honneur de vous demander de prendre part, en qualité de co-auteur, à l’écriture du scénario de ce futur film. Nous estimons que vous pourriez y prendre part aussi bien comme consultant pour la mise au point de la partie scientifique du scénario de ce futur film, que comme consultant pendant la réalisation (ce travail ne sera en aucun cas lié à l’obligation de votre venue à Moscou).
Nous avons désigné un scénariste qualifié pour le travail sur le scénario..
Selon nos plans, le travail sur le scénario doit être terminé pour le 1er février 1934.
Nous vous prions de confirmer votre accord à la participation à ce travail, à la suite de quoi nous vous enverrons sans tarder le projet de contrat et les honoraires dus pour votre futur travail.
"
Cette lettre peut surprendre car on pourrait facilement la situer quelques mois avant, au moment de la prise de contact avec le scientifique. Envoyée en septembre elle peut être imaginée comme une confirmation formelle des premiers échanges entre Tsiolkovski et Zhuravlev, et notamment des conditions du contrat.
Indenbom veut rassurer dans cette lettre le scientifique sur les qualités de Zhuravlev qui, malgré son jeune âge, a déjà réalisé quatre grands films destinés aux enfants.

En septembre 1933 Tsiolkovski terminait une partie des instructions pour les acteurs.
En novembre 1933 il envoyait une lettre express aux studios pour inviter l'équipe à Kalouga. Il précisait dans son courrier : "A SOVKINO. Très chers Camarades !
Je vous envoie mon programme de dessins pas encore tout à fait au point. Les dessins sont des brouillons et ils n’y sont pas tous. Ne vous pressez pas pour faire le scénario etc. Discutez avec moi avant. Pour le moment, je travaille. Votre Tsiolkovski"


 


Photographie de la première rencontre de 1933.
On peut y voir de gauche à droite : Victor Shklovsky, Vassili Zhuravlev, Vera Kuznetsova (la sténotypiste que Tsiolkovski appelait "la respectable camarade Kouznetsova que je salue avec chaleur" ), Lev Indenbom, Constantin Tsiolkovski.

Shklovsky indiqua en 1957 que cette photographie est tout ce qu'il restait de cet entretien, les notes prises lors de cette rencontre ayant été détruites.
Il précisa également que 5000 roubles furent versées à Tsiolkovski. C'est Indenbom qui s'occupa de lui faire signer le contrat.


La première rencontre avec Tsiolkovski.
À la suite de cette dernière invitation à venir le rejoindre, le jeune Vassili Zhuravlev, qui n'avait pas encore 30 ans, accompagné par Victor Shklovsky, scénariste et écrivain, L A Indenbom, directeur, et Vera Kuznetsova, sténotypiste et assistante d'Indenbom, se rendirent ainsi lors de l'automne 1933 chez Tsiolkovski dans la maison qu'il occupait alors Kalouga (Калуга) , au bout d'une rue où le pavé disparaissait sous les herbes et les flaques d'eau et où gambadaient des oies et un canard (Tsiolkovski passera les deux dernières années de sa vie dans une autre maison mise à sa disposition par les dirigeants soviétiques de la ville). Tsiolkovski qui attendait ses visiteurs les accueillirent : " Ainsi vous vous êtes réunis pour la Lune. Eh bien, faisons connaissance.".
Shklovsky
décrivit cette rencontre à Kalouga dans ses mémoires : "La rencontre était en vérité ordinaire. Dans le jardinet il y avait une bicyclette. Sur un gros fil de fer pendait une lampe à pétrole. Tsiolkovski montrait fièrement aux visiteurs les couteaux et les fourchettes du premier acier inoxydable soviétique. "Enfin nos métallurgistes ont appris à faire le métal nécessaire à la construction du dirigeable et la fusée !" Les visiteurs buvaient le thé et étourdissaient le maître de mille questions".

Ils y observaient et discutaient la forme des fusées, les contraintes des cabines, toutes les questions relatives au lancement des fusées, au vol, à l'alunissage, aux trajectoires, à l'apesanteur. Le scientifique leur remit ainsi un petit recueil contenant une trentaine de feuillets (ces documents, regroupés dans un "Album des Voyages spatiaux", Альбома космических путешествий, furent publiés dans un livre en 1947, ainsi que la brochure qu'il avait publiée en 1929, "Цели звездоплавания").
Tsiolkovski répondit à toutes les questions et quand Zhuravlev retourna à Moscou il disposait de l'ensemble des éléments essentiels pour commencer son film. Filimonov écrivit le scénario, Shvets vput bientôt commencer à travailler sur les décors. Cette première étape fut difficile car tout est à imaginer et à construire, il n'existait pas de modèle ou de prototype : le vaisseau spatial, la rampe de lancement, le bâtiment de l'Institut étaient des concepts nouveaux.

Tsiolkovski déjà âgé de 78 ans, ayant compris ce qu'attendait de lui le cinéaste, passa dès lors presque la moitié de son temps à calculer, imaginer, dessiner pour fournir les bases scientifiques du film. Il avait retrouvé une certaine jeunesse à l'idée de donner ainsi à ses principes théoriques une forme visible et concrète, support de vulgarisation et de diffusion auprès d'un large public. Les années durant lesquelles il avait été un enseignant lui permettaient de comprendre la façon d'expliquer aux enfants.

Mais la production du film n'est pas chose aisée, et dans un long courrier du 29 décembre 1933 Zhuravlev indiquait à son éminent consultant : "Avant toute chose excusez-moi pour mon long silence. Ces derniers temps, un travail de production colossal, des ennuis personnels et, surtout, le combat pour faire avancer notre sujet, ont englouti tout mon temps.
Aujourd’hui, c’est bien parti – pas plus tard qu’hier, notre travail a été approuvé par les organisations cinématographiques dirigeantes. Ma demande de monter un film sur les liaisons interplanétaires a été accueillie exceptionnellement bien. Votre accord et votre participation active ont été reçus avec un enthousiasme exceptionnel. Toute cette atmosphère sert maintenant d’appât pour tous les travailleurs de notre organisation. Ses meilleurs forces créatrices veulent nous apporter leur participation, fut-elle minime.
".
Ainsi en cette fin 1933 le cinéaste était en train de constituer son équipe : "Je fais mon choix avec rigueur. Ce travail est excessivement sérieux – il a besoin d’un enthousiasme authentique associé à une grande minutie.".

Le scénario, plus exactement sa première version, était bien avancée : "Revenons au travail lui-même. Pour l’instant, les spécialistes et moi nous battons sur ce qui s’appelle l’attrait du film. Nous cherchons un sujet qui, le plus clairement possible, avec une précision scientifique absolue et une joie de vivre saine, révélerait au spectateur le suprême envol de la fantaisie des forces scientifiques.
Nous sommes maintenant presque à la fin de nos recherches. Le sujet est presque défini. Il sera, dans les prochains jours, terminé, imprimé et vous le recevrez sans tarder.
". Pour éclairer le scientifique il décrit le thème général : "Pour le moment, je peux vous communiquer ce qui suit. L’action se passe dans le Moscou du futur, le Moscou des années 1945-50. Autour de la ville filent déjà à toute allure des aéroplanes. La construction du métro est déjà un souvenir historique. Et voilà dans ce Moscou-là des astroplanes et le premier vol.".
Si le scénario est effectivement bien avancé, des préparatifs ont également déjà commencé et suscitent quelques nouvelles questions : "Plusieurs équipes travaillent déjà. L’une d’elles travaille sur la mise au point de la résolution technique du problème le plus complexe : la danse (marche) de l’homme sur la lune avec son comportement particulier. C’est le secteur du « pas lunaire », comme je l’appelle.
Le deuxième groupe travaille sur la résolution technique de la scène de perte de pesanteur dans l’appareil. Ce qui se produit est clair. Maintenant nous cherchons à trouver comment le faire, comment faire en sorte que se passe avec des hommes réels ce que vous nous avez montré.
J’ai des questions à vous poser.
1. Doit-il y avoir obligatoirement une station stratosphérique entre la Terre et la Lune ?
2. Le pilote de la fusée. Y en a-t-il un seul ou plusieurs ? Peut-il avoir chez lui une sorte d’appareil d’entraînement et si oui, lequel ?
J’ai d’autres questions pour vous, mais je vais les trier, les classer de façon systématique et vous les envoyer après, en même temps que le sujet.
".

Il terminait son courrier tout en ferveur : "Comme vous le voyez, notre travail est en pleine effervescence. Je n’ai jamais travaillé avec autant d’enthousiasme qu’aujourd’hui. Il y a 10 ans que je rêvais d’un tel film, et c’est enfin arrivé.
Je crois absolument en son succès.
Pour conclure, permettez-moi de vous souhaiter une future bonne année trente quatre et les meilleures choses possibles. L’un de mes souhaits est de voir en automne 34 notre remarquable projet réalisé, de voir notre film de qualité sur les écrans.
". Il lui faudra plus d'une année supplémentaire !

Dans ses travaux préalables, Tsiolkovski décrivait ainsi le départ d'une fusée : "Le signal du départ est donné ; les explosions commencent, accompagnées d'un bruit étourdissant. La fusée a tressailli et s'est mise en route. Nous sentons que nous sommes devenus terriblement lourds".
Enfin il rappelle les circonstances de la découverte de l'apesanteur : "Nous contonuerons d'éprouver une lourdeur infernale ... tant que les explosions et leur bruit n'auront pas cessé. Puis, quand un silence de mort règnera, la lourdeur disparaîtra aussi instantanément qu'elle a surgi. Maintenant nous sommes montés au-delà des limites de l'atmosphère, à l'altitude de 575 km. Non seulement la lourdeur s'est affaiblie, mais elle a disparu sans laisser de traces. Nous n'éprouvons mêmepas l'action de la pesanteur à laquelle nous nous sommes habitués comme à l'air".

Constantin Tsiolkovski, sa vie et son oeuvre. Par le professeur A. Kosmodemianski. Editions en langues étrangères, Moscou 1957


 
Victor Borisovitch Shklovsky (Виктор Борисович Шкловский - 24 janvier 1893, Saint-Petersbourg - 8 décembre 1984, Moscou), écrivain connu, scénariste de nombreux films, critique littéraire.

Il raconta sa visite chez Tsiolkovski dans la revue "Étendard" (Знамя) de novembre 1959. Il est intéressant de remarquer que Zhuravlev ne cita jamais cette visite lorsqu'il fut interrogé sur la création de son film.

 
Lev Aronovich Indenbom (Лев Аронович Инденбом - 1903 - 1970), metteur en scène de théâtre, directeur du groupement cinématographique, collaborateur d'Eisenstein.
C'est lui qui assura la partie administrative des relations avec Tsiolkovski (contrats, transmission de photographies,...)


Vera Kuznetsova (Вера Кузнецова - 6 octobre 1907, Saratov- 1er décembre 1994, Saint-Petersbourg), assistante de Lev Indenbom. Lors de la visite chez Tsiolkovski elle était également correspondante du journal Kino. Plus tard, après guerre, on la redécouvrit comme actrice dans presque 70 films.

 

 

   
Rencontre Tsiolkovski (photographie
                              parue dans le journal




La rencontre entre les auteurs du film et le scientifique. De gauche à droite Zhuravlev, Tsiolkovski et Shvets. La première photo est parue dans le journal "Вечерняя Москва" 1935, décrivant la deuxième rencontre avec le cinéaste Zhuravlev mais surtout la première avec l'équipe du film. La troisième photo provient des archives personnelles de Tsiolkovski.




La maison de Tsiolkovski était un lieu de passage très fréquenté. De nombreuses personnes venaient le rencontrer pour recueillir son avis sur la technique, l'avenir et la philosophie de la conquête du ciel et de l'espace. On y a ainsi vu des hommes politiques, mais aussi des techniciens , des artistes : écrivains, philosophes, graphistes, et bien sûr les cinéastes.
En février 1934 Tsiolkovski envoya un courrier à l'Administration centrale de l'industrie cinématographique et au journal "Le cinéma" pour décrire la valeur prometteuse du scénario.

Le 5 mars 1934 Zhuravlev exprimait lui aussi sa satisfaction auprès du pionnier : "Cher Constantin Edouardovitch ! Hier s’est produit l’événement le plus agréable qui puisse arriver dans notre vie cinématographique.
Hier notre scénario a été pris par notre direction et mis en production (Je vous félicite donc et vous remercie chaleureusement à l’occasion du succès et de la fin heureuse de la première étape de notre travail). Le scénario a été lu par Eisentein. Voici ce qu’il en dit :
« En rendant le scénario du ‘Voyage cosmique’ je déclare qu’il m’a plu. Nous avons besoin aujourd’hui de tels scénarii. Je partage entièrement le point de vue du camarade Tsiolkovski qui pense qu’ici tout dépend de la façon dont la production pourra techniquement réaliser la mise en forme de ce scénario. »
Maintenant c’est parti à plein régime.
".

Peu après Tsiolkovski lui répondait : "Il vous faut venir, d’une manière ou d’une autre, avec un peintre simple, mais habile, qui puisse rapidement dessiner ce que vous trouverez convenable dans mes travaux. Il n’y a que vous et moi qui puissions faire des copies de mes dessins. Vous pouvez venir chez moi quand vous voulez, prévenez seulement par lettre une semaine avant.
La station et le nombre des pilotes etc. tout sera laissé à votre fantaisie. Mon travail consiste seulement à éliminer les erreurs qui sont visiblement non scientifiques et à laisser le matériau à votre fantaisie. Nous parlerons de l’entraînement lors du rendez-vous.
". Et il terminait son courrier par une précision pratique : "J’habite maintenant à 100 pas du théâtre Sadovaïa dans la même rue. Tsiolk.). ".
Le 14 mars 1934, c'est Indenbom qui vint aussi rassurer son interlocuteur, tant sur l'avancée du scénario que sur un petit détail pratique : "Très cher Constantin Edouardovitch !
Je me hâte de vous communiquer une agréable nouvelle : le scénario de « Vol cosmique » est mis en production, il a été chaudement reçu et accepté par toutes nos instances dirigeantes.
Vassili Nicolaïevitch est en train de travailler le scénario de la mise en scène et de chercher les acteurs. Dès que le scénario de la mise en scène sera prêt, nous vous l’enverrons pour examen. Sur la base de vos schémas et ébauches le décorateur prépare les esquisses des décors, des costumes etc.. Nous comptons bien que, quand elles seront prêtes, vous accepterez de les examiner et de les vérifier.
Les mille roubles qui vous sont dus d’après le contrat vous seront envoyés ce jour par la poste.
Un salut cordial à vous et votre famille.
"



Le 9 mai 1934 le scientifique félicitait le cinéaste sur la qualité de son scénario : " De C.Tsiolkovski à propos du scénario du « Voyage cosmique ». Le scénario précédent était fin et captivant. Le second, en plus, s’est enrichi de nombreux nouveaux tableaux scientifiques. Les défauts sont corrigés.
Recevez mon amical salut.
C.Tsiolkovski
Rue Tsiolk. N°1, Kalouga"
.
Il joint à ce bref courrier une longue liste de points nouveaux à revoir dont voici quelques citations :
"P.11 La face cachée de la lune a des jours et des nuits, comme cela se voit. Seulement on n’y voit pas la Terre. (pp.5-6)
P.12 On ne voit pas des milliards d’étoiles à l’oeil nu, mais seulement des milliers (3ème page)
...
253 (les courroies ne sont pas utiles) il se tient aux poignées du fauteuil.
299 tous les objets tombent en recouvrant la pesanteur
...
401 l’oxygène pur n’est pas toxique. C’est un vieil égarement des temps de Jules Verne.
453 il pouvait trouver de l’air solide dans les coins éternellement à l’ombre, mais pas dans une gorge. On peut saisir l’air solide dans un gant tiède.
".
La séquence 299 dans laquelle les objets retombent lorsque la pesanteur réapparaît ne fera pas partie du scénario définitif. On peut donc constater que le scénario évoluera encore.


En 1934, une équipe de tournage dirigée par le réalisateur V. Zhuravlev travaille sur le film de science-fiction "Space Flight". K.E. Tsiolkovski participe activement à ce travail en tant que conseiller scientifique. Ses lettres à V. Zhuravlev ont été publiées dans le numéro 11 de notre magazine de 1957.








en 1957 la revue L'art du cinéma (Искусство Кино) publiait dans son numéro 11 un article signé M. Oshurkov (М. ОШУРКОВ) consacré à Tsiolkovski intitulé "Il l'a fait à Kaluga" contenant une lettre du savant en réponse à une version de scénario:
"Aujourd'hui, alors que la première planète artificielle du monde s'élance dans l'espace, nous nous souvenons avec de nouveaux détails de notre rencontre avec le brillant scientifique russe K. E. Tsiolkovski.
En 1932, nous sommes arrivés à Kaluga pour un reportage pour un studio d'actualités.
Le scientifique vit modestement, dans une dépendance en bois d'un étage, dans l'une des rues vertes et tranquilles de la ville. Lorsque Konstantin Edouardovitch a appris l'objet de notre visite, il a catégoriquement refusé d'être filmé, et ce n'est qu'après nous être "habitués" l'un à l'autre et qu'il s'est intéressé à la caméra que nous nous sommes mis d'accord sur un plan de tournage.
En discutant avec Tsiolkovski, nous craignions de ne pas pouvoir montrer le scientifique dans son environnement de travail habituel, dans son bureau, car nous disposions à l'époque d'un film à faible sensibilité.
Voyant notre inquiétude, Konstantin Eduardovich nous a proposé de prendre le petit déjeuner tous ensemble dans le jardin et de le filmer ici, à table, avec des livres, des maquettes de dirigeables et d'avions. Nous soumettons ces clichés à l'attention des lecteurs (photo ci-dessus et au verso).
Une fois le tournage terminé, nous avons chaleureusement fait nos adieux au grand scientifique et avons reçu de sa part des livres dédicacés.
Nous pouvons dire avec fierté que le brillant scientifique qui a été le premier au monde à prouver scientifiquement la possibilité de vols interplanétaires a gagné la gratitude éternelle de ses héritiers











Sur les pages du scénario littéraire écrit par A. Filimonov et du scénario du réalisateur élaboré par V. Zhuravlev avec l'équipe du film, de nombreuses remarques et conseils du scientifique ont été conservés.
Nous publions quelques commentaires de K. E. Tsiolkovski sur l'une des versions du scénario du réalisateur.
Plan 1. La nuit. Des milliards d'étoiles. La lune. R : Des milliards d'étoiles ne sont pas visibles à l'œil nu, mais seulement des milliers.
Plan 236. Obscurité. Une seule lampe est allumée. À gauche, trois cabines de bain pilotes remplies de liquide, dans lesquelles flottent nos héros. Dans l'une d'elles, on reconnaît l'académicien Sedykh à ses cheveux gris, blanc dans sa combinaison de plongée. R : Pas besoin de combinaisons spatiales : nus ou en culottes. [Finalement les passagers seront bien en combinaison de plongée]
Plan 242. ...Maya et Vilen enlèvent précipitamment leurs casques. R : sont essuyés et enfilés (le port du casque n'est pas obligatoire).
Plan 253. Sedykh se fixe sur la chaise à l'aide de sangles avec des gestes bien calculés.... R : (Pas de sangles nécessaires)..., en se tenant aux bras de la chaise.
Plan 257. Vilen est rapidement descendu, parvient à saisir un mécanisme et reste en bas dans une position absurde.... R : “strictement” - pas nécessaire.
Plan 265. L'espace dans le cadre d'une trappe, la Terre sous la forme d'une fine vitre bleue avec un immense arc déployé sur la surface noire du ciel. Une fontaine de lumières multicolores scintillantes désintègre un bouquet d'étoiles filantes. R : “En forme de verre” - inutile.   “sous forme de verre” - pas nécessaire.
Plan 273. Tous les trois rejoignent leur place. Sedykh à la console centrale, Maya aux instruments, Vilen, après avoir exécuté une danse sans air basée sur les mouvements physiques les plus inattendus et les plus absurdes, s'en va. R : La danse est difficile à exécuter : il s'agit de faire des roues d'un mur à l'autre et d'effectuer diverses rotations.
Plan 274. Vilen se rend aux réservoirs d'oxygène.
Plan 277. Vilen, regardant prudemment l'académicien Sedykh, plonge rapidement dans l'écoutille. R : plonge dans l'espace entre les deux trappes.
Plan. 299. Tous les objets tombent sur le sol. R : Tous les objets tombent en subissant la gravité.
Plan 303. Dans la console de l'astroplane, on distingue clairement la petite silhouette de Vilen, qui se débat désespérément dans l'espace.
Plan. 305. Une forte corde lancée par l'académicien Sedykh s'envole vers Vilen. R : “en approchant de la silhouette”.
Plan. 306. L'académicien Sedykh enclenche les interrupteurs. Tout s'effondre sur le sol, les personnes et les objets. R : Tout tombe dans le sens contraire.
Plan 311, -Je vais chercher Vilen ! dit Sedykh. R : “je vais voler”
Plan 312, - Le commandant du vaisseau vous ordonne de prendre la barre - dit Sedykh à  Mae. R : Pas besoin de gouvernail
Plan 326. Tout s'effondre sur le sol, les personnes et les objets. R : “sur un mur”
Plan 329. De l'obscurité. L'écoutille. Les mains de quelqu'un enlèvent les verrous. Lentement, le bouclier est retiré, révélant une vue de la lune, des montagnes. Le ciel noir. Les lumières chatoyantes des étoiles. Le froid. R : La majorité des étoiles sont blanches.
Plan 334. Astroplane dans le cratère. Sedykh saute de l'écoutille. Suivi par Maya.  Suivie par Vilen. R : Un saut d'une hauteur de 6 à 10 mètres n'est pas dangereux.
Plan 336. Un panorama du monde lunaire, noir et contrasté, défile. R : jaune-noir.
Plan 337. L'académicien Sedykh s'approche jusqu'au bord de l'une des tuyères et y écrit à la craie : “Je déclare la réunion ouverte”. R : se lève ou saute.
Plan 338. Vilen, qui articule de toutes ses forces, interroge Sedykh sur un sujet qui l'a apparemment beaucoup intéressé. Sedykh ne comprend pas vraiment pourquoi Vilen est si enthousiaste. Maya s'approche. Tous les trois parlent, gesticulent vigoureusement et ne s'adressent pas l'un à l'autre. Vilen commence alors à utiliser l'alphabet des sourds-muets : “Où est la Terre ?” disent les doigts de Vilen. R : Il est possible de parler en reliant les casques avec des fils ou des fils tendus (la gestuelle est plus efficace).
Plan 345. Sedykh, toujours aussi grave, explique ce qui s'est passé : “L'atterrissage s'est parfaitement déroulé, mais nous avons atterri derrière le pôle Sud et nous n'avons pas vu la balise d'atterrissage sur Terre.” R : “posés sur la face cachée de la lune”.
Plan 346 : Vilen n'est pas très impressionné par cette explication. Il hausse les épaules et suggère immédiatement : "Alors, on devrait démarrer la voiture et rouler sur le pôle ! R : Vilen n'est pas très satisfait. Il hausse les épaules et suggère immédiatement : “Alors, nous devrions démarrer la machine et voler à la rencontre du pôle !”
Plan 360. "Oxygène... Fuite...", crie l'académicien Sedykh. R : L'oxygène pur n'est pas nocif. Il s'agit d'une vieille idée reçue datant de l'époque de Jules Verne.
Plan 364. L'oxygène gazeux s'écoule du cylindre en un jet très puissant, ébouriffant le papier posé par Sedykh. La main de Sedykh bouche le trou. R : et l'excitation retombée, ils reprennent leurs esprits...
Plan 400.  Sedykh et Maya nagent jusqu'à Vilen.... R : l'approchent ou marchent
Plan 401, et comme si elle traversait l'horizon pour passer de la nuit au jour, la machine flotte au-dessus du paysage lunaire. Très lentement, derrière les crêtes lunaires, apparaît le globe scintillant, gigantesque, que nous connaissons bien grâce au globe terrestre. R : les bords sont blancs et des taches blanches de neige.
Plan 402.  Au sommet de la crête lunaire, chargés de lourdes et énormes balles, nos trois voyageurs s'élancent. R : montent facilement
Plan 409.  Ils volent sur fond de paysage lunaire. R : courent ou sautent
Plan 420. Maya essaie tant bien que mal de se contenir, mais il est évident que sa vivacité d'antan commence à la quitter - elle est sur le point d'éclater en sanglots. Vilen s'approche d'elle... R : rebondissement.
Plan 424. Deux petits personnages solitaires se tiennent au centre d'un cratère lunaire grandiose, entouré de rochers noirs et blancs aux pics étincelants. R : Noirs et jaunes, pas noirs et blancs.
Plan 440.  Les membres du personnel fuient par toutes les portes... R : Ils apparaissent.
Plan 453.  L'académicien Sedykh sort de sa poche une masse cristalline blanche qui fond instantanément dans ses mains. R : Il a pu trouver de l'air solide dans les parties perpétuellement ombragées du cratère, mais pas dans la crevasse. On peut retenir l'air solide avec un gant thermique.
Plan 456.  Maya et Vilen embrassent l'académicien Sedykh, l'embrassent sur le nez, dans la bouche, dans les oreilles, dans les yeux - n'importe où. R : embrassent le casque, le nez, les oreilles.
C TSIOLKOVSKI 9 mai 1934"






Le 11 mai 1934 Tsiolkovski envoyait ce petit mot : "Cher Vassili Nik. Vous m’avez énormément réjoui par la nouvelle du succès du scénario. Je salue vos camarades et collaborateurs.
Tous les 2 mois j’ai une bronchite qui dure un mois. Je ne sors pas. Les miens vous remercient pour votre bon souvenir. Quand un rendez-vous sera nécessaire, prévenez-moi une dizaine de jours avant.
".


La deuxième rencontre.
En ce printemps 1934, au mois de mai, Vassili Zhuravlev le metteur en scène, Youri Shvets le décorateur et Alexander Galperin l'opérateur, accompagnés par Kouznetsova la sténotypiste, se rendirent pour une deuxième rencontre chez le célèbre précurseur de l'astronautique.
Cette rencontre était la deuxième pour Zhuravlev , mais c'était la première rencontre avec l'équipe du film : c'est certainement pourquoi Zhuravlev la décrivit ensuite comme étant la première rencontre, entièrement centrée sur la réalisation du film. Il indiqua également que Filimonov le scénariste était du voyage, ce qui ne semble pas confirmé par les autres témoignages, les photographies et les courriers.
De même il précisera qu'il y avait apporté une poupée demandée par Tsiolkovski pour illustrer le vol en apesanteur et la marche sur la Lune, alors que cette scène s'est effectivement déroulée lors de la première rencontre (voir plus haut la lettre du 27 août 1933).
Cette rencontre permit un temps complet d'échanges et de travail, de comparaison des idées de Tsiolkovski et de l'équipe cinématographique. Lorsque finalement l'équipe du film le quitta, Constantin Tsiolkovski dit : "Bien, maintenant vous êtes prêts pour le film du voyage dans l'espace".

Ainsi le 24 mai 1934 le journal "La vérité du Komsomol", Комсомольская правда, pouvait décrire les éléments principaux du scénario du film et la collaboration du scientifique comme consultant sérieux et actif.



C'est la revue Kino qui traça le difficile avancement du film, passant d'un enthousiasme initial à des critiques sur les délais, le coût, la tournure que prenait le film :

• 22 janvier 1934, un avis très positif sur le principe d'un film scientifique :
"Le premier succès du texte d'A. A. Filimonov Kосмический рейс (ou "Vive la jeunesse !") est que l'auteur a dépeint et montré de manière vivante et intéressante le personnage principal du texte, l'enthousiaste académicien Popov. Le personnage du scientifique est concret et substantiel, sans douceur et sans échine.  Cette image se développe sur des actions inattendues, mais tout à fait crédibles et typiques pour lui.  Au cours de l'action, Pavel Ivanovitch, jusqu'à la dernière scène, révèle de plus en plus de nouveaux traits de caractère, ce qui en fait un personnage très vivant et attrayant. Un académicien volant sur sa machine vers la lune est l'image d'un scientifique soviétique d'un futur pas si lointain. Il ne s'agit pas d'un génie solitaire, d'un paria et d'un fugitif de l'humanité, d'un homme au destin tragique et sinistre, le capitaine Nemo, créé par Jules Verne. Il ne s'agit pas non plus d'un expérimentateur du type des héros de H.G. Wells.
L'académicien Pavel Ivanovitch est un type de nouveau scientifique. Nous donnons déjà un nouveau sens à la notion d'“académicien”.  En URSS, un scientifique enthousiaste et amateur est entouré de l'aide et de l'amour de nombreux étudiants et de l'ensemble de la population du pays. En montrant une future mission lunaire de l'Union soviétique, il est tout d'abord nécessaire de montrer les personnes vivantes qui s'envoleront vers la lune et le peuple de notre pays, ainsi que le lien étroit entre les deux. Cette tâche est peut-être la plus difficile, car lorsqu'on donne des images et des caractères des futurs habitants, il est extrêmement facile de tomber dans la fausseté et dans l'abstraction “bleue”. Il faut beaucoup de tact, un sens aigu des proportions artistiques, la capacité d'unir le réel et le rêve, la capacité d'identifier et de prévoir les tendances de développement et les changements de caractère des personnes de notre époque. L'action de Kосмический рейс se déroule “provisoirement”, probablement dans quelques décennies. Que de choses auront changé d'ici là ! A. A. Filimonov a trouvé la bonne mesure pour l'image de son académicien, en combinant avec tact le véritable pathos d'une attitude mystique optique à l'égard de notre réalité avec une grande part de bonne humeur et en ne séparant pas le caractère de l'"académicien" du caractère des scientifiques de notre époque. Il ne fait aucun doute que ce film suscitera chez tout spectateur un immense élan de curiosité et de fascination face aux perspectives ouvertes par les nouvelles réalisations de la science et de la technologie. La conquête de l'espace par le génie humain est un sujet fascinant.  Ce qui était hier un fantasme acquiert aujourd'hui une base scientifique et sera résolu techniquement à l'avenir. La popularisation de ces thèmes dans les films de science-fiction provoquera une nouvelle vague d'intérêt pour la science, l'initiative créative et la compétition scientifique et technique parmi les plus larges masses de spectateurs. Avec la stagnation et la concentration délibérée de la pensée créative de masse en Occident, l'industrie cinématographique bourgeoise n'a aucune raison de faire de tels films. (Sauf s'ils traitent de la guerre et d'autres moyens de destruction). Dans notre pays, de tels films aideront tous les écoliers, les scientifiques et tous les travailleurs qui produisent des scientifiques et des inventeurs en leur sein à avancer encore plus énergiquement et rapidement sur les voies de notre plan quinquennal. L'initiative de l'ouvrier du Komsomol V. N. Zhuravlev, qui a suggéré aux scénaristes de développer le thème des communications interplanétaires pour leur prochaine production, a fait ses preuves. Le succès du premier scénario sérieux de science-fiction confirme la certitude que nous aurons un certain nombre de nouveaux scénarios intéressants du même type dans un avenir proche. Même si dans Kосмический рейс, tout n'est pas axiomatiquement correct d'un point de vue scientifique. Il ne peut en être autrement lorsqu'il s'agit essentiellement d'hypothèses. De tels films ne peuvent que susciter la discussion. D'ailleurs, les caractéristiques d'une telle discussion et l'intérêt scientifique de la population de toute l'URSS pour le vol sont encore insuffisamment illustrés dans les dernières scènes du scénario, lorsque les problèmes sont discutés au sol : — Volera-t-il ou non ?—  Est-ce que l'astronome reviendra sur terre ou non ? — Les voyageurs resteront-ils en vie ou reviendront-ils morts ? Il faut ici montrer non pas tant la sensation qui a excité les foules de curieux, que la large diffusion des connaissances scientifiques et techniques dans notre pays et le lien de sang entre les courageux voyageurs de l'espace et tous les travailleurs de leur pays, qui ont créé le premier astronef."

• le 16 février 1934, une longue entrevue avec Tsiolkovski (la première partie est la reprise d'une lettre que le savant avait envoyée aux journaux le 1er février 1934):
"Grandioses dessins.
J'ai lu le texte d'A. A. Filimonov Kосмический рейс avec beaucoup d'intérêt et de satisfaction. Mes conseils scientifiques, mes travaux scientifiques et mes conversations avec des auteurs sur les voyages interplanétaires sont présentés par l'auteur du texte sous la forme d'une fiction vivante et fascinante.
Ce scénario n'est pas un travail strictement scientifique. Il n'a pas besoin de l'être : une surcharge de données scientifiques le rendrait aride et inaccessible à un spectateur qui ne connaîtrait pas ce sujet. Sous la même forme, le scénario familiarise nos téléspectateurs soviétiques, en particulier les jeunes, avec les données scientifiques actuelles sur l'observation des étoiles. Il présente une prévision assez scientifique des réalisations actuelles dans ce domaine et ne manquera pas de susciter l'intérêt pour l'étude de ce cas. Je corrigerai les erreurs individuelles avec les auteurs dans les travaux futurs.
Je considère que la production d'un tel film est hautement souhaitable et moderne, et je suis prêt à apporter un soutien supplémentaire. Que la fabrique de cinéma comprenne la complexité et l'importance de ce film et crée les conditions réelles pour que son réalisateur V. N. Zhuravlev puisse créer une œuvre digne de cette idée grandiose."
Le journal poursuivait avec une suite plus générale que je ne reprends pas ici, si ce n'est :
"Les scientifiques rêvent de conquérir l'espace, chiffres et calculs en main. Les travailleurs en rêvent devant des vieux livres de Wells et de Jules Verne.
Pendant dix ans, V. N. Zhuralev a rêvé du voyage du pays dans l'espace.
Au lieu d'un sentimentalisme dépassé, obsolète et bourgeois, il voulait offrir aux enfants soviétiques un film de science-fiction sur l'audace et l'essor de la science soviétique, sur ses combattants et ses conquérants - les scientifiques soviétiques.
La proposition présentée par Zhuravlev l'année dernière n'a pas eu beaucoup de succès au départ. Le sujet ne semblait pas correspondre à l'éventail des tâches du cinéma pour enfants. Il a fallu une résolution du Comité central du Komsomol d'élargir les thèmes et les genres des films pour enfants et de donner une place importante à la science-fiction pour que cette idée soit reconnue par ceux qui craignaient de gâter les écoliers soviétiques avec un spectacle trop divertissant, trop fantastique et pas directement pédagogique.
Ainsi, Kосмический рейс, un film sur la lune. Il s'agit d'un problème scientifique non résolu. Un film fascinant, passionnant. Fantastique. Oui, fondé sur la science d'aujourd'hui. Ce n'est pas un fantasme abstrait, informe et vague, mais un fantasme - une prévision scientifique. [...]"
Une photographie de la rencontre entre Tsiolkovski et Zhuravlev illustrait l'article.

• le 28 février 1934, une entrevue avec Zhuravlev, "réalisateur" :
"La production de films de science-fiction au niveau artistique d'une véritable œuvre d'art ne peut être réalisée que si la qualité de la technologie cinématographique est élevée.  Aujourd'hui, l'état de la base technique et l'abondance des moyens techniques de la cinématographie (combinaison du film et de l'animation) permettent de refléter dans les films les énormes réalisations de notre science.
Cela fait longtemps que je pense à réaliser un film de science-fiction. Aujourd'hui, j'ai enfin reçu cette opportunité. Je travaille sur le futur film "Kосмический рейс avec beaucoup d'intérêt et d'enthousiasme et, au fur et à mesure que j'approfondis le matériel qui se trouve devant moi, il s'ouvre à des horizons de plus en plus vastes.
Kосмический рейс ne sera apparemment pas mon seul film de science-fiction. Je réfléchis déjà à un scénario de science-fiction qui sera produit en 1935.
Qu'est-ce qui me fascine dans le travail sur la science-fiction ? Tout d'abord, cela me donne l'occasion de réaliser à l'écran ce sur quoi travaillent les meilleurs esprits de notre époque. Il nous donne l'occasion de montrer notre futur socialiste proche, de tracer la ligne de nos réalisations, de montrer que l'avenir nous appartient. En outre, un film de science-fiction permet au réalisateur de faire un énorme travail d'imagination et de faire preuve d'une initiative et d'une imagination exceptionnellement complètes.
Avant de commencer à travailler, j'ai la tâche très importante de sélectionner des personnes enthousiastes pour ce travail et de constituer une équipe solide et permanente, qui grandira et se développera ensemble."
Suivait une autre entrevue avec Galperine, "opérateur":
"Un film de science-fiction est un film sur les victoires futures de la science soviétique. L'importance d'un tel film est déterminée par l'importance des problèmes qu'il apporte au spectateur sous une forme artistique. C'est exactement ce qui est prévu pour le film de Zhuravlev Kосмический рейс, basé sur un scénario de Filimonov, que je vais tourner.
Pour l'opérateur [cameraman], le Kосмический рейс est d'un intérêt exceptionnel.  Il faut “maîtriser l'espace”, trouver le moyen de le filmer de manière à donner une idée de la vaste étendue, de l'éloignement des étoiles, qui ne doivent pas ressembler à des boutons, mais à des étoiles. Il est nécessaire de trouver un moyen de filmer un système complètement particulier de mouvement humain dans l'espace, lorsque les lois de la gravitation changent. En outre, le film comprendra le tournage complexe le plus intéressant du futur Moscou avec le Palais des Soviets, l'Avenue Lénine, d'immenses nouveaux bâtiments.
Cette liste, même la plus courte, suffit à donner une idée de l'ampleur de la tâche que représente la recherche d'un style et d'une méthode de tournage pour les films de science-fiction.   L'expérience disponible jusqu'à présent est extrêmement limitée et presque impossible à utiliser. Il y a beaucoup de travail de création et d'imagination à faire."

• le 16 mars 1934 :
" Sont approuvés en entrent en production. [...]
Film fantastique pour enfants Kосмический рейс, scénariste Filimonov, réalisateur Zhuravlev, production Combinat de Moscou."

• le 29 avril 1934, le constat était fait que plusieurs films devaient revoir leurs scénarios :
"Au moment de l'approbation du scénario par la réunion thématique sur la production de Zhuravlev, seul le livret était encore disponible. [...] Les intérêts artistiques et les intérêts de la discipline de planification de l'État exigent catégoriquement que le scénario s'inscrive dans l'espace cinématographique normal. Les réalisateurs remanient à nouveau leurs scénarios et, comme le montre la pratique, ils s'acquittent avec succès de la tâche difficile qui consiste à réduire le métrage et à améliorer la qualité idéologique et artistique. Les scénarios Стяжа тели et Kосмический рейс ont tous deux franchi une nouvelle étape dans leur développement par rapport à leurs versions littéraires. [...] Le réalisateur Zhuravlev a écrit le scénario de Sokoloy-Mikktoe. Il s'agit d'un film scientifique et fantastique [...]".

• le 16 mai 1934 :
"Le 11 mai, une réunion inhabituelle des militants du parti a eu lieu à Notylikha.  Elle était inhabituelle parce que jamais auparavant une réunion du parti n'avait discuté d'une question semblable à celle d'aujourd'hui.  À la table du président, sur laquelle sont étalés des dessins, des esquisses et des modèles, se trouve l'équipe de tournage. L'orateur principal, le directeur de Космический  рейс, V. Zhuravlev, lit le texte ; l'auditoire l'écoute avec beaucoup d'attention et d'intérêt. La lecture a été suivie d'un débat animé.
Le script de Космический  рейс est riche et divertissant en ce qui concerne le futur Moscou international des années cinquante de notre siècle. Le scénario démontre la puissance et la force de notre construction, donne l'image d'un homme nouveau et de sa lutte pour maîtriser les sommets de la science et de la technologie.
La valeur particulière du scénario réside dans sa combinaison de divertissement et de véritable science-fiction.  Il n'a rien de farfelu ou de pompeux, il est d'une simplicité surprenante. Космический  рейс est une œuvre artistiquement forte - c'est l'avis général de tous ceux qui ont assisté à la réunion.
Mais un excellent scénario de Космический  рейс peut donner lieu à un film brillant ou à un film sans intérêt.  De par la nature même du scénario, l'un de ces extrêmes est inévitable.
Dans ce film techniquement très complexe, une importance particulière est accordée à la technique et à l'équipement de production. La meilleure façon d'assurer le service technique de Космический  рейс a été le sujet le plus discuté lors de la réunion du groupe.
Le chef du service décoration Scherbakov suggère que le groupe étudie soigneusement et détaille toutes les prescriptions techniques et qu'il utilise au maximum la période préparatoire pour la confection des décors.
Le maître communiste Shcherbakov promet de développer le travail de son atelier afin de fournir des décors de Космический  рейс de haute qualité.
“Il faut comprendre, dit M. Shcherbakov, qu'une image montrant la grandeur de la reconstruction d'une ville socialiste doit être d'une qualité de production particulièrement élevée. Et si nos décors ne sont pas bons, le spectateur ne croira pas au film”.
Le chef de l'atelier mécanique, T. Kovalsky, propose de convoquer une réunion spéciale du personnel technique du combinat pour discuter des dessins, croquis et plans du film "Space Flight". Les interlocuteurs s'attardent sur la finition littéraire de l'histoire. Certains mots et expressions sont modifiés. Les actions des personnages sont critiquées. Ils suggèrent que le scénario soit revu dans le sens d'une plus grande élévation de moral de ceux qui rejoignent le stratoplane lors de son vol vers la lune. La scène finale doit être l'apothéose de la joie de la victoire de la construction socialiste. Les remarques des orateurs concernant la finition architecturale du décor sont tout à fait justifiées. Certains bâtiments sont trop monotones et technicisés. Le Moscou du futur aura des bâtiments riches en architecture et élégants. Et le film "Space Flight" devrait être particulièrement bon.   Toutes leurs actions, leur vie, leurs manières, leurs costumes (oui, leurs costumes, ils seront tels que Moskvoshvei voudra les porter) devraient être dignes d'être imités.  Le film devrait être exactement comme cela.
Le Kосмический рейс sera un bon film si l'ensemble du personnel du Combinat adhère à cette cause.
L'organisation du parti est le début de l'assistance collective au groupe. Il est nécessaire que cette assistance soit systématique. Il est symptomatique que l'opinion de la direction du Combinat sur le "vol spatial" aille à l'encontre de l'opinion de la direction du parti. La direction sous-estime encore la complexité technique du film et, par des actions individuelles, ralentit la production et aggrave les difficultés du groupe. La discussion entamée par le comité du parti sur le travail des groupes individuels devrait être légitimée et rendue systématique, avec une plus grande participation des communistes créatifs."

• le 22 mai 1934:
"Le plan de 1935 sera approuvé dans environ six mois. Mais c'est maintenant qu'il est préparé et réalisé. La préparation du programme ne se réduit pas à un simple placement de commandes de scénarios et à une répartition des avances entre scénaristes et écrivains. Il est le résultat du croisement des idées créatives des scénaristes et des écrivains avec les aspirations créatives des réalisateurs et une certaine politique artistique menée par la Fabrique. Lors de la préparation du rythme, nous partons tout d'abord des possibilités réelles de production de notre usine.  La principale limite est le régime de soufre. Nous procédons donc tout d'abord au calcul du nombre et de la nature des productions que nous pouvons réaliser avec les forces disponibles de nos réalisateurs. Le réalisateur Zhuravlev est l'un des principaux réalisateurs de films pour enfants. Le cinéma pour enfants est un secteur en plein essor de la cinématographie. En 1935, Zhuravlev travaillera sur des films pour enfants. Cette année, il a réalisé le premier film de science-fiction Космический  рейс. Nous voulons continuer l'année prochaine à travailler sur des films de science-fiction. Le scénariste Sokolov-Mikitov, dans le scénario sur lequel il travaille actuellement, nous fait passer des terres étoilées de Космический  рейс au royaume sous-marin.  Le film se déroule au fond de la mer, dans le monde sous-marin. Cependant, il est extrêmement nécessaire, en termes de cinématographie pour enfants, de créer des films qui reflètent les changements caractéristiques qui ont eu lieu dans la vie des enfants de notre pays.[...]"

• le 3 juin 1934 :
"Le 26 mai, le plénum élargi du comité du parti de l'usine cinématographique de Moscou a écouté le rapport du directeur de l'usine technique, T. Nikolaïev, sur sa capacité à réaliser le programme de production de l'usine. Nikolaev sur sa capacité à réaliser le programme de production du Combinat. La question de l'équipement technique est l'une des plus difficiles dans l'ensemble des problèmes auxquels est confrontée l'organisation du Parti. Ce domaine est le plus étroit dans le système du Combinat cinématographique de Moscou.  Le travail normal et planifié de l'unité principale du Combinat, l'équipe de tournage, dépend du travail précis de l'équipe technique. Si l'on tient compte du fait que les films Стяжатели,  Даже  не однофамилец,  Космический  рейс  et Осадное  положение seront achevés au début du quatrième trimestre, les réalisateurs de Preobrazhenskaya et Pravoje, Dovzhenko, Yurtsv, Macheret, Raizman, Roshal, Piryev, Romm, Litvinov, Dzigan et Alexandrov devraient travailler presque simultanément dans les pavillons de l'usine au cours du quatrième trimestre, soit huit films sonores et trois films muets.  La surface de production de l'usine et ses équipements techniques disponibles aujourd'hui ne peuvent produire au maximum que trois films sonores et deux films muets en même temps. Une décision spéciale du plénum du comité du parti sur le travail de l'usine technique mentionne la nécessité de mobiliser d'urgence toutes les forces pour l'équipement technique rapide de l'usine cinématographique de Moscou. Le Comité du Parti avertit qu'à côté de l'attention que doit porter la direction du Combinat à l'équipement technique de l'usine, les principales difficultés de la préparation des prises de vue des bâtiments sont résolues par les forces de l'usine technique elle-même, et le Comité du Parti exige de la direction et des ouvriers de l'usine technique une grande affirmation socialiste dans la lutte pour le programme de 1934."

• le 16 juin 1934 :
"Après avoir présenté dans le numéro 8 un mot sur le travail sur le film Kосмический рейс au réalisateur Zhuravlev et à la cellule du Komsomol, le journal a ensuite aidé les militants de l'usine à discuter du film et du plan de production. Le journal aide ensuite les militants de l'usine à discuter du calendrier et du plan de production du film. Il aide le groupe de post-nouvelles à rencontrer un certain nombre de "nobles patrons" de Komoppat pour résoudre la question de la technique du film, puis résume toutes les questions qui se sont posées et les formule dans une nouvelle sélection spéciale n° 19 - “Pour la haute qualité de Kосмический рейс”."

• le 16 juillet 1934 :
"Kосмический рейс est une œuvre artistiquement forte et compte parmi les meilleurs travaux du combinat de Moscou, mais même avec un bon scénario, Kосмический рейс peut devenir un mauvais film. C'est pourquoi il est nécessaire de prêter une attention particulière à la situation dans laquelle se trouve actuellement le groupe Kосмический рейс. Malgré les demandes répétées du public "de ne pas permettre au film de continuer sans plan d'ensemble", la direction du combinat de Moscou était prête à prendre en compte l'opinion du public. En juin, ils ont autorisé le lancement de Kосмический рейс sans plan directeur, sans devis, sans limites de film et même sans scénario du réalisateur. En définitive, pour 36 jours calendaires de travail, le groupe a été inactif pendant 26 jours, gaspillant environ 1 500 roubles par jour. Le filmage de trois scènes, soit 73 mètres de pellicule, a coûté 77 500 roubles au groupe. Le groupe s'est retrouvé dans cette situation en raison de l'absence d'une direction administrative forte au sein du groupe et d'une approche peu sérieuse de la part de la direction de l'usine, ce qui a laissé le groupe complètement dépourvu face aux tournages. La seule chose dont disposait le groupe était un plan de calendrier qui, "sous l'action" de l'usine technique, a été systématiquement bafoué. La livraison du décor "la chambre d'Andriocha" a été retardée de deux jours, "la rue du garage" de 4 jours, "wagon" (cabine?) de 10 jours et... et enfin "le bureau de Sedykh" avec un retard de 15 jours. Ce n'est pas tant l'usine qui est coupable d'avoir violé le plan technique du calendrier, mais le groupe. Les esquisses, maquettes et dessins d'exécution de l'artiste Y. Shvets ont été remis à l'usine technique avec retard et sous une forme extrêmement brute. L'absence d'accord entre le réalisateur, le caméraman et l'artiste a conduit à des modifications incessantes. Ainsi, le décor de "La chambre d'Andriocha" a été refait deux fois, "Wagon" cinq. Tous ces faits témoignent d'une période préparatoire mal menée, alors qu'elle a eu une durée de plus de 3 mois. La situation du groupe Kосмический рейс est clairement défavorable. Le groupe a été embarqué pour un voyage dangereux. La direction de l'usine, convaincue de l'impréparation du groupe Kосмический рейс pour ce travail,  pendant longtemps, ils ont tous été prêts à admettre que c'était leur erreur d'avoir lancé le groupe sans plan directeur. Ils ont essayé de corriger le travail du groupe. Mais il n'a pas encore été possible de le corriger. Aujourd'hui, le KF GU a pris la décision d`abandonner la version sonore de Kосмический рейс. C'est une bonne occasion pour la direction de l'usine d'invoquer une raison d'ordre organisationnel. Doit-on arrêter le travail du groupe Kосмический рейс ? La complexité de la production des films lancés à l'usine de Moscou requiert l'attention non seulement des organisations de l'usine, mais aussi des forces scientifiques de l'industrie cinématographique et, en premier lieu, du personnel de l'Institut de recherche scientifique." Le journal continuait sur le maque de direction de l'industrie cinématographique et Mosfilm.

• le 22 juillet 1934 :
"En 1934, les premiers pas ont également été faits dans le domaine de la science-fiction et de l'aventure (Kосмический рейс, Памир).  Il est nécessaire de poursuivre un travail systémique et approfondi dans ces directions. En cas de succès, il est même nécessaire de spécialiser des scénaristes et des réalisateurs dans ce domaine et d'établir pour l'approfondissement de ce travail la communication constante nécessaire avec les institutions, organisations et chercheurs scientifiques correspondants."

• 28 août 1934 : "L'usine de cinéma de Moscou a une grande dette envers le public des films pour enfants. Depuis la fin de l'année 1932 jusqu'à aujourd'hui, elle n'a pas sorti un seul film pour enfants. En 1933, plusieurs tentatives pas trop persistantes ont été faites pour fournir le scénario à l'unité d'un autre à l'époque - le directeur des jeunes de l'usine V. N. Zhuravlev. [...] Aujourd'hui, V. N. Zhuravlev s'oriente vers une production scientifique pour les adultes. N. Zhuravlev met en scène un film de science-fiction pour enfants intitulé Kосмический рейс (Vol spatial). Le scénario de la prochaine production de Zhuravlev est écrit par Sokolov-Mikitov."

• le 4 octobre 1934, dans le compte-rendu d'une réunion au Combinat du film de Moscou :
"Au troisième trimestre, le dépassement par rapport aux prévisions s'élevait à 57 000 roubles (145 000 roubles au deuxième trimestre).
Presque tous les camarades qui se sont exprimés ont souligné que la raison principale de l'échec du plan était le travail insatisfaisant de l'usine technique.  Les ateliers de l'usine technique n'ont pas restructuré leur travail en fonction des exigences des équipes de tournage.  L'atelier de mise en scène est particulièrement à la traîne. Le 25 septembre devait être tourné le sujet “Hangar № 3” sur le film Kосмический рейс, mais le 26 l'usine technique commençait à peine à préparer le matériel pour sa construction. [...]
Camarade. Zhuravlev parle de la nécessité de créer un laboratoire scientifique au Combinat, qui regrouperait tous les travaux expérimentaux sur des films techniquement complexes tels que Kосмический рейс et Новый Гулливер [Le Nouveau Gulliver sorti en 1935])."

• le 10 octobre 1934 :
"Le film Kосмический рейс réalisé par V. Zhuravlev (Moscow Film Factory) sera muet.
Toute l'équipe (à l'exception du réalisateur et du caméraman) a été renouvelée. La nouvelle équipe s'est mise amicalement au travail, faisant preuve d'efficacité. Tournage de 6 scènes : 1) “la chambre d'Andriocha”, 2) “Garage”, 3) “Bureau du professeur Sedykh”, 4) “Vestibule”, 5) “Observatoire”", et 6) "Wagon". Viennent ensuite "Hangard" et le plus grand ensemble "Autour de l'Institut".
Pour participer à “Sur la lune”, des artistes de cirque sont impliqués.
Le directeur technique du Planétarium de Moscou, T. Shostoasky, s'est joint aux travaux du groupe Kосмический рейс. Il apporte au groupe une aide précieuse en matière de conseil scientifique.
Le groupe de maintenance continue d'être un “goulot d'étranglement” dans son travail.  La situation est particulièrement grave dans l'atelier de mise à disposition.
Aucune scène n'est jamais à l'heure.
Presque toutes les demandes du groupe se heurtent à la direction de l'usine technique, qui les ignore ou répond : “Nous ne pouvons pas le faire”.
Il est nécessaire d'aider le groupe à se débarrasser des “goulets d'étranglement” afin qu'il puisse effectuer son travail normalement.  La direction de l'usine et le public doivent intervenir et veiller à ce que les besoins du groupe soient satisfaits."

• le 28 octobre 1934, est fait le point sur quelques productions. On peut y lire :
"Oka a surtout besoin d'aide et souffre de problèmes techniques. Le film Kосмический рейс est en effet en difficulté à cause de retards dans l'exécution des décors. Au cours des deux derniers mois, au lieu des 23 jours prévus, le groupe a travaillé pendant 35 jours. Aujourd'hui, les conditions de travail de ce groupe s'améliorent considérablement. La composition précédente du groupe, qui n'avait pas été couronnée de succès, a été remplacée. Un nouvel artiste, Utkine, et un bon producteur sont annoncés. Le trio commence à déployer un travail actif. Mais il y a encore beaucoup de travail. L'équipe pour le film Kосмический рейс a encore souvent de longs et pénibles dysfonctionnements avec les décors. Il faut savoir qu'il n'y a pas encore d'expérience, car il s'agit d'un nouveau genre, d'un nouveau sujet. La réflexion collective et l'entraide sont ici nécessaires. Il faut s'efforcer ensemble de réaliser le plus rapidement et le mieux possible ce qui a été conçu."


Tiré du film Kосмический рейс. Directeur Zhuravlev, opérateur Galperine. Combinat de Moscou.





• 6 janvier 1936 :
"Les cinq premiers jours de la nouvelle année économique se sont écoulés. Les directeurs des usines et des établissements de notre Union ont déjà entamé la lutte pour la réalisation du plan du premier trimestre. Les journaux relatent les nouvelles victoires du mouvement stakhanoviste A l'usine de cinéma Mosfilm, la vie s'écoule tranquillement. [...] Kосмический рейс [...] aurait dû être publiés dès décembre (le délai avait été prolongé), mais ils ne sont toujours pas à l'écran.

• 11 janvier 1936, un article dressait le bilan des vances scolaires de fin 1935 :
"Trois cent mille jeunes spectateurs. [...] Les employés des cinémas, en collaboration avec les enseignants, ont travaillé d'arrache-pied pour que les enfants bénéficient de tous les divertissements possibles. Des jeux de masse et des concerts ont été organisés. Malheureusement, les premiers jours, les cinémas ont projeté de vieilles images que de nombreux écoliers n'avaient jamais vues auparavant." avant de se féliciter de la projection de films récent, Kосмический рейс ou "des films d'animation étrangers réalisés par Disney".

• 16 janvier 1936 :
"Le premier film de science-fiction soviétique voit le jour : Kосмический рейс  du réalisateur Zhuravlev.
Le sujet est un vol “vers la lune’.  Dans quel but ce vol est-il entrepris ? Pas un mot à ce sujet.  Est-il vraiment possible que ses meilleurs employés risquent leur vie pour un simple vol ? C'est l'impression que laisse la nouvelle. Ses auteurs n'ont pas jugé nécessaire d'expliquer à leur jeune Erniel les problèmes scientifiques au nom desquels un voyage audacieux et dangereux est effectué.   Ils n'ont pas enrichi le spectateur de nouvelles connaissances ; les quelques informations contenues dans le film sont presque familières à tous ceux qui en sont dépourvus : paysages lunaires, apesanteur dans les vols interplanétaires, faible gravité sur la lune.
L'absence de la séquence de vol réduit non seulement la valeur cognitive mais aussi la valeur artistique de l'image.  Elle le prive de son idée, l'idée qui soutiendrait l'héroïsme des voyageurs interplanétaires, autour de laquelle naîtraient la lutte des peuples et le choc des caractères.  Il n'y a qu'un substitut faible et peu satisfaisant de l'affrontement : le directeur de l'Institut des communautés interplanétaires, Karin, ne permet pas au professeur Sedykh de voler jusqu'à la lune, mais il vole. Il s'agit bien sûr d'un fait, en soi impensable dans les conditions soviétiques. Le fait que le professeur Sedykh ait été piégé sur la lune par un effondrement, qu'il ait perdu son appareil radio et qu'il n'ait pu donner aucune information sur lui-même, puis qu'il ait été retrouvé (et tout s'est déroulé de manière extrêmement fluide - il a même été blessé). - Il ne s'agit pas du tout d'une catastrophe.  Il s'agit d'un incident introduit arbitrairement et qui ne découle ni de la situation ni des caractères des acteurs. De tels incidents et d'autres moins significatifs suffisent à animer le récit.  Mais ils ne suffisent pas à créer une véritable œuvre cinématographique, dramaturgiquement forte.
En résumant la discussion sur le genre cinématographique, la rédaction de Kino a souligné à juste titre que le film doit mettre en scène des personnes vivantes et pleines de sang - les héros - et que l'auteur doit faire en sorte que le spectateur les aime. Ce n'est qu'à cette condition que le spectateur s'intéressera à leur destin et à leurs aventures. Cette position s'applique pleinement au film de science-fiction, car il s'agit en même temps d'un film à caractère scientifique.
Il n'y a pas de développements d'images dans осмический рейс. Il n'y a pas de changements psychologiques. Les gens ne changent pas du début à la fin. Les acteurs n'ont qu'à poser, et ils le font fidèlement : l'artiste honoré Komarov dans le rôle du professeur Sedykh, Kovrigin dans le rôle du directeur de l'institut Karin,  Feoktistov - l'étudiant diplômé Victor, Moskalenko - la gentille fille Marina. On a l'impression que les acteurs s'ennuient. Et en effet, pourquoi gaspiller l'énergie des acteurs alors qu'il y a suffisamment de figurants ?
C'est un phénomène paradoxal : le garçon Gaponenko, dans le rôle d'Andriusha, est plus intéressant que tous les autres acteurs. Il ne s'ennuie pas tout seul, il est manifestement fasciné par le processus inhabituel du film, qui plus est dans un décor aussi extraordinaire. Il est dynamique, et sa dynamique sera transmise au public.
Le film développe l'intrigue de manière si insignifiante qu'il semble toujours que l'essentiel est à venir. Et maintenant, c'est la fin, l'expédition revient sur terre, saluée par les applaudissements des jeunes spectateurs.
Ces applaudissements sont un remerciement pour un sujet intéressant.   En outre, ils constituent un acompte pour ceux qui travailleront à la création de nouveaux films de science-fiction.   Il est évident que Zhuravlev en fera partie.  Son mérite est immense : il a été le premier à pénétrer sur ce terrain inconnu, à l'instar de ses voyageurs vers la lune.  Tel est son mérite.
Les conseils de feu la légende de la navigation K.E. Tsiolkovski ont permis d'éviter les erreurs scientifiques.  Cette méthode de travail est définitivement obligatoire pour la création de films de science-fiction.
Ceux qui travailleront dans le domaine de ce genre doivent accorder une attention particulière au sujet.
La pratique du cinéma est que la science-fiction utilise une histoire de voyage interplanétaire.
C'est un vieux rêve de l'humanité, honoré par Voltaire, C. de Bergerac, Edgar Poe et bien d'autres.   Il a également été inspiré par Jules Verne, véritable écrivain de science-fiction.
Mais les héros des romans les plus fascinants de Verne ne se sont pas contentés de voler jusqu'à la lune.  Ils ont voyagé jusqu'au centre de la terre et à mi-chemin à travers la mer, ils ont construit une île flottante et créé de merveilleux véhicules de locomotion - une maison à vapeur et un vaisseau amphibie qui peut voler librement dans les airs, se déplacer sur terre, nager dans l'eau et sous l'eau.
Dans notre industrie cinématographique, pour une raison ou une autre, la science-fiction populaire est réservée aux enfants.  Il ne fait aucun doute qu'elle est nécessaire et utile pour eux.  Mais il ne faut pas oublier le public adulte.  H.G. Wells, Julian, Lagowitz, Robida et bien d'autres auteurs de romans de science-fiction ne comptaient que sur les lecteurs adultes.
La qualité du film ne doit pas être diminuée ou appauvrie par le fait de travailler pour les enfants. La qualité d'un film de science-fiction soviétique devrait être très élevée, déjà parce que lorsque nous dépeignons les réalisations de l'avenir, nous ne pouvons pas les imaginer séparément des images des personnes qui ont créé cet avenir radieux.  Une centrale électrique dans un hangar, des terres fertiles à la place des déserts, la conquête de planètes - tout cela est fait par des gens pour des gens, et les gens devraient être les personnages principaux d'un film décrivant de telles réalisations.
L'être humain ne doit pas être oublié en tant que composante de l'intrigue, mais doit être intégré aux scènes. Cette position, qui est devenue un axiome pour tous les travailleurs acharnés, ne tolère aucune exception, quel que soit le genre. Ce n'est qu'en respectant cette exigence catégorique que l'on pourra créer des films socio-fantastiques à part entière, à la hauteur de l'art du réalisme socialiste."



• 6 février 1936 :
"Imaginez une usine ou une manufacture où les ingénieurs et les techniciens se promènent paresseusement dans le couloir, les mains dans les poches, regardant le travail de leurs camarades qui n'ont rien à faire. Deux fois par mois, ils passent à la caisse avec un regard ennuyé et reçoivent leur salaire d'un caissier acerbe.   Le directeur de l'usine soupire et dit avec sympathie : “Les pauvres s'épuisent sans travail. Eh bien, c'est bon, qu'ils continuent encore un an, nous les utiliserons.” Imaginez... Nous sommes sûrs qu'une personne dotée de la plus grande fantaisie ne peut pas imaginer cela. Les travailleurs des entreprises industrielles ne peuvent même pas parler d'un jour d'oisiveté, non seulement d'une année de travail aux frais de l'État, mais aussi d'un jour d'oisiveté. Et seules les usines cinématographiques bénéficient d'une exception “enviable” pour une raison quelconque. Il y a un an, deux ans ou même un an, il était considéré comme normal qu'un réalisateur passe de nombreuses années à ne rien faire : “Il réfléchit ! Dans deux ans, il aura une idée merveilleuse.” [...] En fait, la direction et les administrateurs du studio Mosfilm estiment que tout va bien.  Ils vous assureront qu'il n'y a pas une seule personne dans tout le studio qui n'est pas engagée dans les affaires et que le plan de 1936 est parfaitement assuré. Mais, hélas, c'est loin d'être le cas. Notamment les directeurs Nravov et Preobrazhenskaya. Au cours de l'été 1935, alors qu'ils ont terminé leur film Вражьи тропы [Les Sentiers de l'ennemi] ils tentent de savoir auprès de la direction de l'usine si le scénario de leur prochaine production est prêt. Le camarade Babitsky répondit qu'en octobre 1935, à leur retour de vacances, ils pourraient commencer la période de préparation du film Степан  Разин [Stepan Razin]. Lors de l'élaboration du plan, la direction fait une petite “correction”, une broutille : le film sera mis en production en octobre, mais seulement en... 1936. “Ajournement” sur le plan de l'objectif. Les réalisateurs sont calmes : “Que faire, disent-ils, le scénario n'était pas adapté”.  Et ils vont passer une année entière à étudier les documents de l'époque de Stepan Razin. Le réalisateur écrit également son propre scénario sur le même sujet avec l'écrivain Chaplygin. La réalisatrice E. Shub est également “occupée” : elle étudie les matériaux pour les scénarios Пушкин [Pouchkine] et Клятва [Le Serment]. Cette étude durera jusqu'en octobre, date à laquelle, selon le plan, elle devra commencer la production des films. En fait, son temps d'arrêt se compte en longs mois. Le réalisateur Zhuravlev a tourné un film, Kосмический рейс. En mars, il reviendra de vacances, et le scénario de Bache-lnsa et Dolgopolov Сержант [Sergent], selon le plan, n'est lancé en production qu'en mai. Il faut s'attendre à un mois d'arrêt, même si le scénario est produit à temps. Pendant ce temps, dans les studios, ce simple mois d'arrêt n'est pas un simple mois, au contraire - ils s'écrivent au mérite d'une fourniture de scénario surprenante de la part du réalisateur. C'est le cas du réalisateur Dzigan. Il doit terminer son film pendant le festival, alors que la date limite pour la livraison du scénario par le dramaturge Vs. Vishnevsky, conformément à l'accord, est le mois de juin. L'opérateur de Kосмический рейс Galperin est manifestement promis à un temps d'arrêt encore plus long, car il n'est pas prévu qu'il continue à travailler avec le directeur Zhuravlev, et on ne sait pas où il travaillera. Darensky, lorsqu'on lui a demandé ce que ferait l'opérateur Galperin, a répondu avec indifférence qu'il n'y avait pas d'autre endroit où il pourrait travailler, que ce caméraman n'avait rien à faire dans son studio et qu'il n'était pas intéressé par son avenir." L'article se poursuit par une longue description d'équipes en attente de travail. Et О. Afanasyev de conclure : "Il faut lutter résolument contre les humeurs encore "simples" des réalisateurs qui préfèrent rester sans rien faire et attendre qu'on leur donne le bon scénario.  Les opérateurs, bien sûr, ne doivent pas être liés aux réalisateurs et ne rien faire pendant que le "mètre" est à l'arrêt.  L'attention portée au caméraman, à l'équilibre de sa charge de travail, ne doit pas être moindre que l'attention portée au réalisateur. Lors de la septième réunion thématique intersyndicale, M. Babitsky a beaucoup parlé de la nécessité d'utiliser l'opérateur. Babitsky a beaucoup parlé de la nécessité d'utiliser toutes les réserves internes.  Pendant ce temps, dans les studios, les gens se promènent sans rien faire. Il est temps d'arrêter de faire des promesses en l'air. Le spectateur soviétique demande légitimement aux cinéastes d'intensifier la production de produits de haute qualité - et ce ne sont pas les promesses luxuriantes des soirées créatives de la Maison du Cinéma qui pourront l'en débarrasser. Et avant tout, il est nécessaire de changer le système de travail, de faire tourner tous les rouages de l'énorme mécanisme du studio afin d'éviter les temps morts et de solliciter les forces et les capacités des travailleurs."

• 11 avril 1936 :
"En 1927, j'ai obtenu mon diplôme du département des réalisateurs du GIK et j'ai commencé à travailler à Mosfilm en tant qu'assistant du réalisateur Yutkevich. Excellent professeur et pédagogue, il a enrichi mes connaissances grâce à la vaste expérience de son travail. Mes premiers pas - travailler sur le film Кружева sous la direction de M. Yutkevich - m'ont donné beaucoup de matière à travailler
Depuis 1929, j'ai été nommée par une organisation communautaire pour travailler de manière indépendante, d'abord sur le film "The Unknown Person" (La personne inconnue).
Неизвестное   лицо, puis Реванш, Бомбист, Kосмический рейс. Il faut dire que la direction de Mosfilm, en travaillant sur le film "Space Flight", a créé pour moi d'excellentes conditions et m'a aidé à surmonter tous les obstacles,
À l'occasion du Xe Congrès du Komsomol, j'aimerais faire le point sur mes dix ans de carrière au sein du Komsomol.
Au cours de ces années, je suis devenu réalisateur de films pour enfants, et mes meilleurs films - Реванш, Бомбист, Kосмический рейс - sont mes contributions créatives au Congrès du Komsomol, c'est le paiement de la dette de l'organisation qui m'a élevé.  Je travaille actuellement à la réalisation d'un film sur les gardes-frontières du Komsomol. Les scénaristes et collaborateurs de "Komsomolskaya Pravda" sont Dolgopolov et Bachelis.   Ce film racontera la vie quotidienne héroïque des fils courageux du Komsomol, des combattants des gardes-frontières aux frontières de notre patrie.
Le Komsomol m'a ouvert la voie vers mon travail créatif en tant que réalisateur, et j'ai gagné le droit au titre d'artiste soviétique.
Au cours de mon travail créatif, je suis devenu fermement lié au studio MosFilm, où je suis un artiste, un membre du Komsomol et un personnage public."

• le 17 mai 1936 Zhuravlev regrettait les critiques apportées à son film :
"[...] La dernière chose dont je voudrais parler est la critique des films pour enfants, leur analyse théorique. Alors que dans le cinéma chrétien pour adultes, il y a des critiques, même si elles ne sont pas parfaites, dans le cinéma pour enfants, il n'y en a absolument pas. J'ai réalisé un film intitulé Kосмический рейс. Il a été apprécié par la presse. Mais aucun critique n'a essayé de voir ce film comme une œuvre cinématographique spécifique pour les enfants, et cette spécificité m'a obligé à aborder le film d'une manière complètement différente de celle que j'aurais eue pour un film pour adultes. La nécessité d'une critique, d'une analyse théorique du film n'est pas dans mon esprit. La rencontre aurait gagné à discuter de la question de la critique des films pour enfants et à esquisser des pistes de solution."


• 22 décembre 1936 :
"Il reste encore quelques jours de travail.  Les chiffres exacts de la réalisation du plan annuel n'ont pas encore été calculés.  Au 11 décembre, le plan était réalisé à 94 %.   Nous pouvons d'ores et déjà affirmer que le plan annuel sera réalisé. Mosfilm Studio termine l'année avec la sortie de sept nouveaux longs métrages.  Six films sont sortis au cours de l'année, parmi lesquels des réussites de l'industrie cinématographique soviétique comme Мы из Кронштадта [Les Marins de Kronstadt] et Партбилет [La Carte du Parti], des films qui ont eu un succès mérité auprès du public comme Цирк [Le Cirque] et Поколение  победителей [Génération des Vainqueurs]. La fameuse "étagère" est vide, en 1936, le studio travaille sans défaillance. Après plusieurs années de profondes percées, le studio Mosfilm sort en tête des entreprises de l'industrie cinématographique soviétique. Ce n'est pas un hasard si cette victoire d'une grande importance n'a pas été remportée facilement. Afin de réaliser cette performance, la direction, le personnel créatif et les ateliers du studio ont dû travailler dans une grande tension. Après avoir terminé un film, le réalisateur attendait pendant des mois, voire des années, dans une oisiveté forcée, un scénario pour la production suivante, et souvent, dans la douleur, il écrivait son propre scénario. [...] Le studio avait travaillé de manière inorganisée.  Il n'y avait pas de cohérence dans le travail des équipes et de la base technique ; la planification était à la traîne et reposait sur des principes erronés. Pour cette raison, la mise en scène s'étire parfois sur des années et absorbe des fonds considérables.   La production du film Мы из Кронштадта [Les Marins de Kronstadt] a duré plus d'un an et demi, celle du film Kосмический рейс [Le Voyage cosmique] deux ans, celle de Цирк [Le Cirque] un an et demi, etc. Productions à rallonge, incohérences dans le travail des ateliers, planification bureaucratique, révisions de scénarios en cours de tournage, ont gonflé le coût des films à des chiffres totalement inédits. Un tel “système” ruinait le studio jusqu'à ce que la direction entreprenne résolument de renouveler et de réorganiser le travail. Ils ont commencé par adopter l'expérience de production des meilleures entreprises cinématographiques étrangères.  L'objectif de la reconstruction était d'éliminer les anciennes formes de travail artisanal et d'introduire le système américain de gestion centralisée du processus de tournage. Ce n'est qu'au cours du second semestre de cette année que nous avons réussi à redresser la barre.  Le studio a commencé à mieux travailler : plus clair, plus lisse, moins cher et plus rapide. [...] Le studio qui se développe et se renforce est littéralement limité par le super-centralisme de la GUK. Une entreprise gigantesque n'a souvent aucune possibilité de résoudre de manière indépendante même une question mineure. En ce qui concerne les scénarios, le studio n'est en fait qu'une organisation d'achat. Cela empêche l'établissement de relations correctes avec les scénaristes, en particulier les écrivains, qui sont fatigués et désorientés par le grand nombre d'instances passées par l'équipe. L'incompétence du studio dans le domaine de la scénarisation mine l'autorité de ses employés aux yeux des scénaristes. Il y a eu de nombreux cas où des scénarios, qui avaient déjà passé de nombreuses instances (y compris la GUK), ont été retravaillés et finalisés sur ordre de la GUK alors que le tournage était déjà en cours. Cela a provoqué une certaine confusion dans la production, a entraîné des dépenses pour le studio et a retardé les dates de sortie. Le studio a grandi et mûri, il mérite d'avoir plus de droits et donc plus de responsabilités."

• le 22 juin 1937 :
"Dans certains cas, les spectateurs doivent eux-mêmes deviner quel film est à l'affiche.  Il n'y a pas de publicité pour le film, et le film lui-même est tellement usé qu'il est impossible de lire le titre sur l'écran. C'est ce qui s'est passé lors d'un transfert de films à Amerev (région de Moscou).  Ce n'est qu'à partir du contenu du film que les spectateurs ont compris qu'il s'agissait de Полет на луну [Vol vers la Lune], car le titre du film apparaissait à l'écran à une vitesse cosmique dans les premières lignes. Les spectateurs qui ont deviné étaient proches de la vérité : apparemment, le film s'appelait Kосмический рейс."

• le 22 juillet 1937, une information intéressante indiquant que mi 1937 le film était encore envoyé dans les kolkhozes : "Les organisations de distribution sont très gâtées par les bons films des coopératives agricoles du district d'Ilyinsky, dans l'oblast d'Ivanovo.  Tov. N. Gorshkov rapporte que le bureau d'Ivanovo de Rossnab-film “envoie les mêmes films aux fermes collectives depuis deux mois. Mais même ces vieux films (Егит, Совершеннолетие, Любовь Алены, Kосмический рейс, etc.) arrivent dans un état de délabrement inacceptable”."

• le 4 septembre 1937 :
"En 1927, l'Institut du film a diplômé ses premiers réalisateurs.  Il s'agit de jeunes gens talentueux qui ont ensuite produit de nombreux films qui ont eu du succès auprès du public soviétique. Parmi eux, Vasily Zhuravlev, un membre du komsomol.  Il a commencé à travailler à la production en tant qu'assistant réalisateur de S. Yutkevich, qui tournait le film du Komsomol Кружева [Dentelle].  Presque tous les membres de l'équipe - l'assistant réalisateur, le caméraman Evgeny Shneider, l'interprète du rôle principal K. Gradopolov et d'autres - travaillaient pour la première fois dans la production cinématographique. C'est là que commence le travail actif de V. Zhuravlev au sein du Komsomol. L'organisation de l'usine considère que c'est une question d'honneur pour le groupe de jeunes de produire un bon film.  Peu après l'achèvement de Кружев [Dentelle], V. Zhuravlev est promu réalisateur indépendant. Il décide de se consacrer au cinéma pour enfants. En 1930, Zhuravlev organise une brigade du Komsomol et commence à tourner un grand film pour enfants, Реванш [Revanche].  Jusqu'à aujourd'hui, les écrans de l'Union n'ont pas encore révélé la première œuvre de V. Zhuravlev et de ses camarades, jeunes directeurs de la photographie, jeunes membres du Komsomol - opérateur Strod, artiste Vaisfeld, assistant caméraman Zakharov et d'autres. [...] Il y a trois ans, l'industrie du cinéma pour enfants a été chargée de créer des films de science-fiction pour les enfants. Le réalisateur Zhuralev a réalisé un film sur les voyages interplanétaires - Kосмический рейс - sous la direction de Konstantin Eduardovich Tsiolkovski, fondateur de l'aéronautique et scientifique de renom. Actuellement, Zhuravlev travaille sur un nouveau grand film pour enfants, Сын родины [?], dans lequel il veut montrer la confiance en soi des enfants soviétiques, leur dévouement à notre grande patrie. Toute l'équipe de tournage est composée de jeunes travailleurs.

• 31 décembre 1937 :
"Au revoir, 1937. Dans ma vie, tu n'as apporté qu'une seule joie : j'ai réalisé mon rêve, j'ai rejoint l'Armée rouge, et presque rien d'autre. Je m'attendais à de nombreux changements dans ma vie. Mais l'année s'est écoulée rapidement, dans une sorte de brûlure, dans une vie d'instabilité et de rêve. À la fin de la réunion, les bolcheviks ont beaucoup critiqué les nombreuses lacunes qui m'avaient tant frappé.De nombreux combattants sont ennuyés que leurs mères accueillent la nouvelle année alors qu'ils ne le font pas, ils sont même en colère. J'ai été frappée par leur lâcheté et leur impatience. Ils ont perdu leur famille et leurs amis pendant un mois et demi et ils pleurent. J'ai perdu mes parents depuis l'enfance, j'ai l'habitude de vivre avec des inconnus. Ils ne me manquent pas, je me reproche seulement que ma vie s'écoule si peu colorée. J'ai reçu une lettre de “Смены” qui m'invitait à une réunion. Nous avons regardé le film Kосмический рейс et Колыбельная [Berceuse, fim de propagande sorti à l'automme 1937]. Tout cela s'est passé sans que nous nous en apercevions, nous nous sommes couchés avant minuit, nous avons plaisanté, nous nous sommes souvenus de la façon dont nos camarades abordaient la nouvelle année. Mais nous nous sommes endormis, nous avons tout oublié."



En 1981 Zhuravlev présentait son film à quelques cosmonautes (publié sur le site du musée de Kaluga :
"Tsiolkovski. Kaluga. Espace. Partie 52. Kосмический рейс. Au début des années 30, la construction d'une nouvelle grande usine cinématographique, Mosfilm, a été achevée à Moscou. Tout le monde s'intéresse au genre de films qui y seront tournés. Le jeune réalisateur Vasily Zhuravlev, qui rêvait depuis longtemps de créer un film d'aventure sur les vols spatiaux, propose de réaliser un long métrage sur le vol vers la lune. Il prend le risque d'inviter Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski comme consultant. Au printemps 1933, Zhuravleva envoie à Kaluga, sans adresse précise - simplement "Kaluga, Tsiolkovski" - une première lettre dans laquelle il demande au scientifique d'assumer les fonctions de conseiller scientifique. Le scientifique a répondu rapidement à la lettre de Moscou. Il donne son accord et invite l'équipe de tournage à lui rendre visite.
Pourquoi ce scientifique incroyablement occupé était-il fasciné par l'idée de créer un tel film ? Plus tard, Nikolay Salamanov, journaliste au journal "Leningradskaya Pravda", racontera : "Comme on le sait, Tsiolkovski ne se rendait pratiquement jamais au cinéma. Lorsqu'en 1931, j'ai eu la chance de rencontrer cet homme remarquable, je lui ai posé la question suivante : allait-il ou non au cinéma ? Konstantin Eduardovich a fait un signe de la main et a répondu : “Je n'ai absolument pas le temps pour cela. Il est vrai que je me souviens d'un film. Il y a de nombreuses années, quelqu'un que je connaissais m'a persuadé d'aller au cinéma et de regarder le film “Vol vers la Lune”. C'était n'importe quoi. Mais j'y ai repensé plus d'une fois, car, malgré l'abondance de bêtises, il s'est avéré que le cinéma peut montrer ce qu'il y a de plus fantastique et de plus inhabituel. Je ne sais pas comment ils font. Mais certaines choses sont intelligemment faites. Et j'ai pensé que l'avenir, même lointain, non seulement de l'aviation, mais aussi de l'astronautique, avant même que les gens ne commencent (au début) à voler dans l'espace proche de la Terre, peut déjà être montré sur la toile du cinéma”.
L'équipe du film était impatiente de rencontrer Konstantin Edouardovitch. Zhuravlev se souvient : “Le train est arrivé à Kaluga tôt le matin... Un sentiment de grande excitation nous a alors envahis... Nous nous demandions comment ce célèbre scientifique, qui, ici, dans une ville provinciale tranquille, effectue des calculs mathématiques sur les futurs véhicules de voyage interplanétaire, allait nous rencontrer... Pour le reste de ma vie, je me suis souvenu de la première phrase du propriétaire de la maison : “Allez-vous sur la Lune ?”.
Une conversation sérieuse au bureau a duré plusieurs heures. Konstantin Eduardovich estime que le film, même fantastique, doit avoir une base scientifique sérieuse. Il est nécessaire de décrire réellement la fusée et le monde sans gravité, la cabine du vaisseau spatial et les vêtements des astronautes, l'espace noir avec des étoiles qui ne s'effacent pas, l'atterrissage en douceur sur la lune et, enfin, le retour sur Terre... Tsiolkovski parle d'abord calmement et profondément, puis se laisse emporter et parle avec passion, avec éclat et avec une imagination extraordinaire ... Nous avons tout de suite eu l'impression d'être plongés dans une existence atmosphérique extraordinaire !
“Vous souvenez-vous que la gravité sur la Lune est six fois inférieure à la nôtre ? Ici, vous pouvez avancer à pas de géant, ou mieux, à pas de moineau”, et c'est aussitôt un grand rire joyeux et une démonstration visuelle du mouvement humain sur la Lune à l'aide d'une petite poupée sur charnières que nous avions apportée. Le scientifique a parlé de l'espace, de la Lune et des étoiles comme s'il était allé lui-même dans l'espace et avait éprouvé toutes les sensations inhabituelles qui attendent un homme en vol spatial.
Après un voyage à Kaluga, un concours pour le meilleur scénario a été annoncé. Yuri Pavlovich Shved devient l'artiste du film. Il est confronté à une tâche incroyablement difficile : préparer des croquis de ce qu'il n'a jamais vu de sa vie - un hangar pour un avion-fusée, un tréteau ajouré pour le lancement d'une fusée, des paysages de la surface lunaire et bien d'autres choses encore. Dans ce travail, il est grandement aidé par l'“Album des voyages spatiaux”, créé par Tsiolkovski pour aider l'équipe de création. L'"Album" est constitué de dizaines de dessins, de diagrammes et d'explications. Ils représentent des astronautes en combinaison spatiale, le sas qui permet d'entrer dans l'espace et la drisse de sécurité qui permet à l'astronaute de ne pas s'envoler dans l'abîme noir. Dessin après dessin, page après page, Tsiolkovski montre comment doit se dérouler le vol vers la Lune, ce qui attend les héros sur ce corps céleste. Il est important pour lui de montrer le retour de l'expédition sur Terre, et il invente un moyen de faire atterrir le vaisseau spatial à l'aide d'énormes parachutes. C'est cette méthode d'atterrissage qui est utilisée aujourd'hui.


L'action du film est censée se dérouler à Moscou en 1946 (le tournage du film a eu lieu en 1934-1935). L'Institut Tsiolkovski des communications interplanétaires développe le problème de la communication avec la Lune à l'aide de fusées. L'avion-fusée géant "CCCP-1" [URSS-1] est décidé à voler vers la Lune par son concepteur, l'académicien Sedykh (ce rôle est joué par l'artiste honoré de la République S. Komarov), son assistante Marina et l'écolier Andryusha, qui s'est faufilé illégalement à bord du vaisseau spatial. Après avoir fait l'expérience de la surcharge et de l'apesanteur, les courageux voyageurs se sont posés en toute sécurité sur la Lune, où ils ont vécu les aventures les plus incroyables, puis, ayant achevé le programme, ils sont revenus sur Terre.
La réalisation du film Kосмический рейс a pris beaucoup de temps, près de deux ans, en raison de la complexité de sa mise en scène. Dans le scénario, tout semblait incroyablement excitant et surtout simple. En réalité, nous avons dû construire des structures techniques qui n'ont pas d'équivalent. Des problèmes sont apparus, plus compliqués les uns que les autres. Comment créer un monde sans gravité ? Comment faire en sorte que les héros du film “flottent librement dans la cabine, se sentant en apesanteur” ? Comment créer l'espace lui-même avec ses étoiles aveuglantes ? Le plus difficile a été de créer l'effet d'apesanteur. Les acteurs ont essayé de se suspendre à des fils, mais rien n'y a fait. Les semelles magnétiques spéciales avec lesquelles ils devaient marcher sur les murs et le plafond du vaisseau n'ont rien donné non plus. Tout le monde a compris que si l'apesanteur n'est pas montrée, l'image ne sera pas. Après tout, le spectateur devait croire que les héros vivaient dans le cockpit du vaisseau une expérience d'apesanteur que personne n'a encore connue sur Terre. Zhuravlev s'est alors tourné vers les scientifiques, les plongeurs, les ingénieurs en électricité et les ingénieurs du cinéma. Créer un monde sans gravité dans les conditions de la gravité terrestre était une tâche d'une énorme complexité. Nous l'avons résolue en attirant le célèbre concepteur d'avions A.A. Mikulin. Nous lui avons expliqué le problème et, après un certain temps, il nous a proposé la solution suivante : laisser la caméra et l'acteur se déplacer dans des directions différentes par rapport à la cabine immobile du vaisseau spatial. Cela a permis de résoudre le problème. Pour la première fois les héros, peu à peu, comme s'ils perdaient du poids, ont commencé à voler autour du vaisseau, à se retourner dans les airs et même à se tenir sur la tête.
Le 19 septembre 1935, le pays apprend la mort de Tsiolkovski. Quelques mois plus tard, en janvier 1936, le film Kосмический рейс sort sur les écrans. Comme l'avait prévu le scientifique, l'image frappe l'imagination du public. Des milliers de lettres enthousiastes parviennent à “Mosfilm”. Sergei Pavlovich Korolev se souvient qu'il est allé voir le film plusieurs fois et qu'il y a trouvé beaucoup d'éléments utiles pour son travail. Et bien des années plus tard, le film a reçu une évaluation professionnelle de haut niveau de la part des cosmonautes. Le cosmonaute G.T. Beregovoy a déclaré : “Avec un groupe de cosmonautes, j'ai regardé ce film pour la première fois il y a de nombreuses années, et nous avons été impressionnés par la “natation” de l'équipage en état d'apesanteur. On pourrait le confondre avec un documentaire tourné à l'intérieur du Salyut”. Bien sûr, certaines inexactitudes ont été relevées, mais comme l'a déclaré le cosmonaute V. Sevastyanov : “Si on m'avait demandé en 1961 de décrire la technologie spatiale de 1980, j'aurais fait beaucoup plus d'erreurs que les auteurs du film qui ont développé les idées de Konstantin Eduardovich Tsiolkovski”."



Une autre entrevue fut publiée en avril 1981 dans la revue mensuelle LES AILES DE LA PATRIE (КРЫЛЬЯ РОДИНЫ) :
"Pages d'histoire.
LE PREMIER FILM SUR L'ESPACE

C'est une discussion avec d'un réalisateur qui a réussi à réaliser le premier film de science-fiction soviétique il y a plus de quarante ans. Il s'agit de Kосмический рейс, et le nom de ce courageux réalisateur est Vassily Nikolayevich Zhuravlev. Il est aujourd'hui travailleur artistique honoré de la RSFSR et artiste du peuple de l'ASSR de Kabardino-Balkarie. Ses tfilms “Le capitaine de quinze ans”, “Avalanche dans les montagnes”, “Affaires noires”, “Homme en civil” sont bien connus du public.
En 1933, Vassily Zhuravlev a eu l'idée de réaliser un film sur les voyages dans l'espace. L'idée est soutenue par le studio et le comité central du Komsomol. Faire un tel film, c'est essayer de regarder vers l'avenir, vers l'inconnu, de voir dans le lointain brumeux les traits du futur, et ce n'est pas facile...
Sur le bureau de Vasily Nikolaevich se trouve un album contenant des documents inestimables : neuf lettres de K.E. Tsiolkovsky au jeune réalisateur, des coupures de presse, des photographies de moments de travail et des plans du film Kосмический рейс.
- En 1933 », se souvient Vasily Nikolaevich, j'ai envoyé une lettre à K. E. Tsiolkovsky : “À votre demande, le réalisateur Vasily Zhuravlev fait appel à vous, fervent défenseur de la cause interplanétaire, pour vous demander de devenir conseiller scientifique et d'aider à la production du film Kосмический рейс.
Quelques jours plus tard, j'ai reçu un colis de Kaluga : un livre intitulé Цели звездоплавания  (Les buts du vol spatial) et une lettre dans laquelle Tsiolkovsky acceptait de participer à l'œuvre et m'invitait à venir le voir.
Le scientifique expliquait : “Il est nécessaire de se plonger dans cette affaire et d'en apprécier les difficultés. Je ne voudrais pas faire un film absurde (et jusqu'à présent, ils sont tous absurdes). Dans une dizaine de jours, je ferai un album. Je vous en informerai alors.
Je ne dessine pas. Je vais devoir faire appel à un artiste. Cela risque de retarder les choses. Avez-vous lu mon livre Вне земли (En dehors de la terre) ? Si vous ne pouvez pas vous le procurer, faites-le moi savoir. Je vous l'enverrai pendant un mois, après quoi je vous demanderai de me le renvoyer. La mise en scène est difficile, car le phénomène est inhabituel et difficilement reproductible sur Terre... K. Tsiolkovsky”.
Après avoir lu le scénario d'A. Filimonov, Konstantin Eduardovich écrit : “J'ai lu le scénario avec beaucoup d'intérêt et de satisfaction. Mes conseils scientifiques, mes écrits scientifiques sur les voyages interplanétaires sont présentés par l'auteur du texte sous la forme vivante et fascinante d'une œuvre de fiction.
Ce texte n'est pas à proprement parler un ouvrage scientifique. Mais il n'a pas besoin de l'être : une surcharge de données scientifiques le rendrait aride et inaccessible au spectateur peu familier de ce numéro spécial. Sous la même forme, le scénario permettra à notre spectateur soviétique de se familiariser avec les rudiments des données scientifiques actuelles sur les vols stellaires. Il constitue une prévision scientifique des réalisations de demain et ne manquera pas de susciter l'intérêt pour l'étude de cette entreprise. Je corrigerai les erreurs individuelles avec les auteurs dans les travaux futurs.
Je considère que la production d'un tel film est hautement souhaitable et opportune et je suis prêt à fournir un soutien supplémentaire...”.


К.  E. Tsiolkovski et V. N. Zhuravlev. 1933

- La première rencontre avec Tsiolkovski, qui a lieu en août 1933, fut exceptionnellement chaleureuse - poursuit Zhuravlev. - L'écrivain V. Shklovsky et l'employé de Mosfilm L. Indendom étaientvenus voir Konstantin Eduardovich avec moi. Tsiolkovski nous a accueillis comme des invités proches et chers. Le grand scientifique manifeste un vif intérêt pour le cinéma. Sur les difficultés de tournage d'un film fantastique, sur les problèmes des voyages interplanétaires, il parlait comme s'il avait lui-même été sur la lune à plusieurs reprises, expérimenté toutes les difficultés du vol.
J'ai rendu visite à K.E. Tsiolkovski à deux autres reprises. Au cours de mes conversations et de mes lettres, je l'ai toujours interrogé sur l'interaction entre la science et l'art, sur la possibilité de populariser les réalisations scientifiques par le biais du cinéma. Tsiolkovski soulignait que toute vérité scientifique pouvait devenir la propriété des masses, à condition de trouver une forme accessible de transmission de l'information.


Hangar à avions fusées (maquette).


Lancement d'un avion-fusée vers la Lune (maquette).

Tsiolkovski a imposé à notre équipe un certain nombre de consignes, sans lesquelles il n'y aurait pas de film. Nous devions notamment montrer le lancement de la fusée depuis le tremplin, le monde sans gravité, l'atterrissage sur la Lune grâce au freinage de la fusée, l'espace et les étoiles qui ne clignotent pas, le déplacement sur la Lune « à la manière d'un moineau ». Nous avons réussi à faire tout cela.
Le film est sorti sur les écrans à l'occasion du 18ème anniversaire de la Révolution d'Octobre et a été un succès. Nous pensions que ce film éveillerait chez nos jeunes spectateurs un intérêt pour les problèmes de la conquête spatiale, et je pense que nous ne nous sommes pas trompés. Aujourd'hui, lorsque le film Kосмический рейс a été inclus dans le film vidéo Год 1936-й (L'année 1936) du cycle Наша биография (Notre biographie), il a suscité de nombreuses réactions. Les spectateurs qui étaient des pionniers dans ces années-là ont appelé....
Il est intéressant de constater que les films actuels sur l'espace ont utilisé des séquences de Kосмический рейс. Notre film fonctionne donc, vit et est encore utile aujourd'hui.”


Pages du manuscrit de K. E. Tsiolkovski avec des commentaires sur le film : sortie de l'appareil dans l'espace.

Pour conclure, voici une critique du film par V. Sevastyanov, deux fois héros de l'Union soviétique, pilote-cosmonaute de l'URSS :
“Je dois avouer que ce n'est pas sans émotion que j'ai regardé le film Kосмический рейс, qui raconte comment l'académicien soviétique Sedykh et ses assistants ont effectué un vol spatial vers la Lune. Après tout, il s'agit du premier long métrage sur l'espace...
Beaucoup de choses sont naïves, surtout en ce qui concerne la technologie spatiale et la préparation du vol.
Et pourtant, on peut voir que le consultant du film est Konstantin Eduardovich Tsiolkovski. Il y a des plans brillants.
La chose la plus attirante dans le film - la détente émotionnelle, l'émancipation complète de ses personnages. Ce sont des gens dignes, confiants en leurs capacités, de vrais passionnés. Ce sont eux qui ont fait la patrie soviétique.
Le film est sorti en 1936. Et quarante ans après le premier film fantastique sur l'espace, le monde entier a regardé un documentaire sur l'espace interstellaire, tourné par des cosmonautes soviétiques.
Y. SOYMENOV


Le 18 janvier 1935, dans le journal "La vérité du Komsomol", Tsiolkovski, qui travaillait alors sur la mise en valeur des déserts arides, rappelait qu'il avait dessiné 30 pages de dessins pour le film.
 






Trois des images envoyées par Zhuravlev et Indenbom à Tsiolkovski pour lui montrer les décors et les scènes de tournage du film.
Archives Tsiolkovski.













Tsiolkovski était atteint de surdité, séquelle d'une scarlatine attrapée à la puberté, à l'âge de 9 ans au début de l'hiver après avoir fait de la luge. Ceci l'obligea à arrêter ses études jusqu'à l'âge de 14 ans, période qu'il décrivit comme "la plus triste et la plus terne période". Il écrivait également : "La surdité rend ma biographie peu intéressante car elle m'empêche de communiquer avec les gens, d'observer et de m'instruire. Ma biographie est très pauvre en personnes et en rencontres".
Lorsqu'il discutait avec ses auditeurs, il était obligé d'utiliser un cornet acoustique. Sur la deuxième image ci-dessus on le voit ainsi, en entretien avec Vassili Zhuravlev lors de leur deuxième rencontre.



Très éclectique, Tsiolkovski avait étudié les proportions les plus efficaces du cornet acoustique (dessin du 20 janvier 1932).









Image extraite d'un article de 1935 non dédié au film mais illustrant un texte de Techniques Jeunes (Техника-молодежи, N°5) d'un vol vers la Lune. C'est très similaire !
Nota : le début de l'article était écrit par un certain Korolev...

Suite à cet article, Zhuravlev envoyait une lettre le 20 janvier 1935 : "Bonjour, cher Constantin Edouardovitch !
Ne vous fâchez pas de mon silence si long et tout à fait mal venu. Je me suis plongé à un tel point dans mon travail et me suis tant usé que mes camarades me disent qu’il ne me reste plus que la peau et les yeux sur les os.
Le travail avance terriblement lentement. Tout est incroyablement difficile, complexe et inhabituel. Pourtant une moitié du film, toute la partie terrestre, a été tournée, et, à partir de la mi-février, j’attaque le cosmos et la lune. Les derniers travaux préparatoires prévisionnels pour les constructions pour les pas sur la lune sont en cours. On prépare la cabine. J’attends avec impatience le début de ce qu’il y a de plus intéressant dans mon travail.
Les prises de vue déjà faites ne semblent pas mauvaises. Je vous envoie quelques clichés de travail avec des explications au verso. Avez-vous lu le dernier feuilleton dans la «Komsomolskaïa Pravda ». Ecrivez-moi si ce n’est pas le cas, je vous l’enverrai sans tarder."
.

On le constate, la réalisation du film était bien plus longue que ce qui était prévu initialement. Mais ce film commençait à éveiller les curiosités, et après la Komsomolskaïa Prada c'est les Izvestia qui s'y intéressaient : " Le film rencontre un grand intérêt. On m’a demandé aujourd’hui au journal «Izvestia» de vous prier d’écrire pour eux un petit article sur notre travail. Je pense que ce serait bien si vous l’écriviez. Envoyez-le moi, je l’apporterai à la rédaction. Écrivez les circonstances de notre première rencontre, l’accueil que vous avez réservé aux esquisses, en quoi consiste votre travail pour nous, le temps que vous passez à travailler sur ce projet de communications interplanétaires et ce que vous attendez du film et de moi-même. Selon moi, ce sera très intéressant.".

Ce qui préoccupait également Zhuravlev, c'était la santé de Tsiolkovski : "Comment va votre santé, Constantin Edouardovitch, n’avez vous besoin de rien à Moscou.
Je vous souhaite les meilleures choses possibles.
Votre très respectueux Vassili Zhuravlev.
PS Transmettez mon salut à votre épouse.
".
Et la lettre se terminait par : "Recevez le salut de Indenbom, Kuznetsova, Galpérine". Mme Kuznetsova était la sténotypiste présente lors de chaque rencontre pour en établir le compte-rendu.

À cette lettre Tsiolkovski répondit immédiatement, le 24 janvier 1935 : "Très cher Vassili Nikolaïevitch, j’ai reçu aujourd’hui votre lettre.
Vous vous êtes chargé d’une affaire très difficile et ce n’est pas compliqué de comprendre qu’avec votre enthousiasme et votre énergie naturelle, vous vous êtes épuisé. Il faut faire attention à vous.
".
Mais la santé du scientifique n'était pas meilleure, et il ne put que décliner la proposition d'écriture de l'article journalistique : "Je ne me rappelle rien, ni vos discours, ni les miens, de sorte qu’il vous faudra vous-même composer cette première partie de l’article. Bien sûr, n’hésitez pas à dire à mon nom ce qui peut être utile. Moi, je n’y arriverai pas.".
Ce qui ne l'empêche cependant pas de proposer de faire la relecture du texte : "Vous pouvez m’envoyer ce qui a été écrit, je vérifierai et corrigerai et je le donnerai à recopier à la machine (à Kalouga), alors, je vous l’enverrai sans tarder.
Vous pouvez aussi écrire vous même sur ma participation au film, les discours à mon sujet doivent être modérés, au vôtre – c’est une autre affaire. Vous pouvez aussi corriger et changer dans l’intérêt de la chose, c’est le but principal.
Si vous le souhaitez, prenez encore quelqu’un pour l’écriture, par ex. la respectable camarade Kouznetsova (que je salue avec chaleur)."
.

Et finalement il donna quelques éléments, matière première pour l'article : " On s’était déjà adressé à moi, il y a une dizaine d’années, pour adapter à l’écran mon récit “Вне Земли” [Hors de la Terre], mais c’était si compliqué que l’entreprise fut reportée et c’est seulement maintenant que Sovkino, en la personne du talentueux V.N.Zhuravlev, a décidé de créer le film Kосмический рейс.
J’ai commencé à rêver de la possibilité de voyages hors de notre planète dès l’âge de 17 ans. En 1895, j’ai écrit le livre “Грезы о Земле и небе” (Rêves de Terre et de Ciel), il fut édité par le neveu du célèbre homme littéraire Gontcharov – A.N.Gontcharov. Il fut ensuite réédité deux fois par Gosizdat, seulement sous un autre titre “Тяжесть исчезл а” [La pesanteur a disparu].
Je me suis mis alors à m’intéresser sérieusement à ce sujet. La nouvelle fantastique “Вне Земли” [Hors de la Terre] fut le reflet de ces travaux. Elle fut éditée dans la revue
“Природа и люди” [La nature et les hommes] de 1918 et dans une édition séparée en 1920. La théorie mathématique d’un appareil à réaction est apparue en 1903 dans la revue philosophique à petit tirage “Научное обозрение” [Tour d’horizon] revue scientifique (N°5). Elle attira l’intérêt sur elle quand elle parut dans la revue éditée dans la capitale “Вестник воздухоплавания” [Le Journal de la navigation aérienne] (1911-13).
Ensuite quelques travaux ont paru dans des éditions et des magazines connus.
A partir de 1914, mes travaux sont devenus célèbres aussi à l’étranger.
Rien ne me préoccupe autant que les problèmes de la libération de l’attraction terrestre et les vols cosmiques. Il me semble que la moitié de mon temps, la moitié de mes forces sont consacrées à la solution de cette question.
J’aurai bientôt 78 ans et je continue toujours à calculer et à inventer une machine à réaction. Combien j’ai pu réfléchir, quelle pensées ont traversé mon cerveau ! Mais ce n’était déjà plus de la fantaisie, mais une connaissance précise, fondée sur les lois de la nature : de nouvelles découvertes et de nouvelles oeuvres sont en train de se préparer. La fantaisie aussi m’a attiré. De nombreuses fois je me suis mis à écrire sur le sujet des «Voyages cosmiques» mais cela se terminait par ce que je me laissais distraire par mes réflexions et déviais vers un travail sérieux.
Les récits fantastiques sur les voyages interplanétaires apportent une nouvelle pensée aux masses. Celui qui s’occupe de cela accomplit un oeuvre utile : il suscite l’intérêt, fait travailler les cerveaux, engendre de futurs travailleurs avec de grands projets.
Quelle activité peut être plus élevée que celle de prendre possession de toute l’énergie du Soleil, qui est 2 milliards de fois plus forte que celle qui tombe sur la Terre ! Quelle activité peut être plus belle que celle de trouver une issue à l’étroitesse de notre planète ! que celle de s’associer à l’espace de l’univers et de permettre aux hommes de sortir de l’étroitesse et de la pesanteur de la Terre.
L’effet produit par un film est plus fort. Le film est plus proche de la nature qu’une simple description. C’est la plus haute marche de l’Art, en particulier avec le passage au cinéma sonore ou au monde du théâtre. Mais dans ce dernier on ne peut fabriquer des trucages qui rendent le milieu sans pesanteur et les phénomènes qui se passent hors de la Terre.
Il me semble que Sovkino et le camarade Zhuravlev font preuve d’un grand héroïsme en réalisant le film Космический рейс et il ne faut pas être trop insatisfait s’il n’est pas tout à fait parfait. Que celui qui critique essaie de faire mieux, s’il le peut. Le camarade Zhuravlev s’est brisé en morceaux à force d’essais héroïques et très fructueux.
Quel regard porté-je sur les voyages cosmiques ? Y crois-je ? Seront-ils un jour dans les possibilités humaines ? Plus je travaillais, plus je rencontrais d’obstacles divers et de difficultés. Jusqu’à ces derniers temps, je supposais qu’il faudrait des centaines d’années pour réaliser des vols à la vitesse astronomique (8-17 km à la seconde) et cela était confirmé par les faibles résultats obtenus chez nous et à l’étranger. Mon travail incessant de ces derniers temps a ébranlé mes vues pessimistes : on a trouvé des procédés qui vont donner des résultats étonnants dans quelques dizaines d’années déjà. Les efforts et les sacrifices consacrés par notre Gouvernement Soviétique au développement en URSS de l’industrie et à toutes sortes de recherches justifieront, je l’espère, mes espoirs.
K.Tsiolkovski
".

Ce texte fut pratiquement intégralement publié le 23 juillet 1935.

Le 3 juin 1935 Zhuravlev sollicitait à nouveau l'aide du scientifique : "Cher Constantin Edouardovitch ! Excusez-moi pour ce long silence. Les prises de vue tournent maintenant à un tel régime qu’on n’a pas une minute de libre. J’ai commencé à filmer la Lune. Je vous envoie quelques photos avec des explications au verso pour savoir à quoi cela correspond. J’ai filmé une partie des sauts sur la Lune. Le résultat semble bon. Notre direction les a regardés, cela leur a beaucoup plu. Si cela vous intéresse, écrivez-le moi ; je vous décrirai comment cette mécanique fonctionne.
Constantin Edouardovitch, donnez votre avis sur les prises de vue lunaires. Quelles impressions ont-elles produites sur vous, en êtes-vous satisfait, qu’est-ce qu’il manque d’après vous, que faut-il encore améliorer. Constantin Edouardovitch, si cela ne vous pèse pas, prenez un petit moment pour écrire à mes acteurs une lettre à votre nom sur la façon de se conduire sur la lune et en particulier dans la cabine. Au moment de la sortie du vaisseau. Que doit ressentir l’académicien Sedykh qui sort pour la première fois dans un monde sans pesanteur ?
".
Malicieux, le cinéaste fait à nouveau appel à la verve et l'écriture passionnée de Tsiolkovski : "Écrivez, Constantin Edouardovitch, je vous en prie, vous racontez toujours cela de façon si remarquable. Cela me serait très utile à moi aussi. C’est très difficile de se débarrasser de ses représentations mentales habituelles.".

Le grand vulgarisateur lui répondit de suite, le 5 juin : "Cher Vassili Nikolaïevitch, il faudrait que je vous écrive tout un livre, mais j’arrive à peine à mettre un pied devant l’autre. Il vaudrait mieux que vous veniez pour parler un peu. J’essaierai de répondre à toutes vos questions. Et il en faut beaucoup, justement.". Il conclut : "Vos questions, écrivez-les. S’il vous est impossible de venir, lisez «Hors de la Terre», «les Cibles» et «Sur la Lune» (ou bien lisez-les aux acteurs).
Je transmets mon salut le plus cordial à vous et à vos artistes. Ma famille vous salue.
".

Zhuravlev ne fit pas la lecture du livre à ses acteurs et préféra une dernière rencontre à Kalouga.


 

 

La troisième rencontre.
Une troisième et dernière rencontre eut lieu en fin de printemps 1935.
Zhuravlev se rendit à Kaluga, dans la nouvelle et dernière maison du grand vulgarisateur. Dans son vaste bureau où jonchaient livres et magazines, Tsiolkovski valida les décors définitifs, fit corriger les dernières imperfections du scénario. Il n'était pas totalement satisfait de ce scénario, mais il reconnut que s'il avait été trop technique il n'aurait alors intéressé que les spécialistes tandis que la version retenue était plus vulgarisatrice et pédagogique, plus accessible au jeune public à qui ce film était principalement destiné.

C'est donc bien trois rencontres que le cinéaste et le scientifique eurent. Si Vassili Zhuravlev n'en décrivit que deux dans son interview de 1954, son fils Nikolaï en raconta bien trois dans l'entrevue qu'il eut en 1987 pour le journal "La technique pour la jeunesse" (Техника молодежи).

Le texte de la lettre de Tsiolkovski du 24 janvier 1935 servit finalement de base à un article publié le 23 juillet 1935 dans la Komsomolskaïa Pravda.

   
 




(Photographie officielle et photographie originale - Cherchez la différence)
Constantin Tsiolkovski à Kalouga, fin 1934 ou début 1935. Non seulement le théoricien de la technique des fusées accueillait beaucoup de personnes dans sa maison, mais il se déplaçait également pour tenir des conférences, des réunions grand public au cours desquelles il faisait toujours l'admiration de ses auditeurs par ses récits passionnants. Les dernières années de sa vie il se déplacera moins. "Il faut que les savants viennent plus souvent dans les kolkhoz pour donner aux kolkhoziens les connaissances sur les lois de la nature. C'est le meilleur moyen de diffuser la conception scientifique du monde.", Tsiolkovski 1934


"Notre planète est le berceau de l'humanité, mais il est impossible de vivre éternellement dans un berceau."

La mort du scientifique.
Quelques mois plus tard, après une courte période de maladie cancéreuse qui l'avait épuisé, Constantin Tsiolkovski décèda le 19 septembre 1935 à 22 heures 34, malheureusement sans avoir vu le film auquel il avait consacré autant de temps et d'énergie.

Le 8 septembre, alors qu'il avait finalement accepté d'être hospitalisé et qu'un véhicule était venu le chercher à son dimicile, Tsiolkovski se fâcha à la vue de l'atroupement devant son domicile : "Pourquoi se sont-ils réunis ?".



Tsiolkovski à l'hôpital en septembre 1935, peu après l'opération de la dernière chance sur son estomac, mais qui ne réussit pas à le sauver.


Ses obsèques donnèrent lieu à une grande manifestation nationale.


 


Publicité dans les journaux pour annoncer la sortie du film.



Autre publicité. Voir ci-après.




Affichette petit format de la sortie du film. On peut imaginer qu'elle était utilisée pour annoncer les projections dans les villages et kolkhozes.






article


















Image extraite du film "Premier sur la Lune" (Первые на луне) sorti en 2005, amusant documentaire démontrant d'une façon volontairement mystificatrice que les soviétiques étaient allés sur la Lune durant les années 30 et tout particulièrement en mars 1938. Des extraits du film "Le Voyage cosmique" ont alors été utilisés pour démontrer que la technique était maîtrisée à cette époque.
L'image ci-dessus reconstitue un cinema portant à l'affiche le film de Zhuravlev.
Nota : si cette image provient bien de la ville de Ekaterinbourg, le bâtiment filmé est un sauna- bains publics et n'a jamais été un cinéma.
71 rue Pervomayskoy à Ekaterinbourg.



Agrandissement de l'affiche du film présentée sur l'image ci-dessus.

Le 9 décembre 1935 le journal "La vérité du Komsomol", Комсомольская правда, qui avait suivi les étapes de la réalisation du film, signalait que le montage était enfin terminé.

Trois projections privées furent organisées avant la sortie pour le grand public : une première dans la salle de spectacle de la Maison des scientifiques ( Дом ученых) de la ville d'Obninsk, oblast de Kalouga; la seconde dans l'Usine des Trois montagnes (Трехгорная мануфактура), usine textile à Moscou; et enfin dans le cinéma pour enfants Uranus (Уран) à Novovoronej dans l'oblast de Voronej.

La sortie du film.
La première projection publique du film a eu lieu le 21 janvier 1936, soit près de quatre mois après la disparition de Constantin Tsiolkovski, celui qui en avait été l'inspirateur et le conseiller. Il est à noter que la date du 21 janvier est la date "officielle" : or les premiers comptes rendus de la diffusion du film, dans lequel il est fait écho de l'accueil par le public, sont publiés dans deux journaux datés du 11 et du 16 janvier !

Cette sortie pour le grand public début 1936 expliquait la raison pour laquelle le film dont le dépôt officiel date de 1935 est parfois été indiqué comme datant de 1936. Mais ce film est également parfois annoncé de 1924 en confusion avec le film Aelita, ou de 1928, voire même de 1939.
Cet étonnant film rencontra un grand succès populaire, mais finalement de courte durée : malgré les efforts du réalisateur et des techniciens, il apparut que les messages exprimés par le film n'étaient pas à la hauteur attendue par le gouvernement soviétique. On put notamment cité le cas de l'animateur Fiodor Krasne dont la scène de déplacements des voyageurs sur la Lune fut jugée très insuffisante car trop ludique, et dont le nom fut définitivement retiré du générique du film.

La première critique cinématographique du film apparut ainsi le 11 janvier 1936 dans le périodique "La vérité du Komsomol", Комсомольская правда. Le journaliste s'y félicitait de la sortie de ce film pendant les vacances scolaires moscovites permettant ainsi à tous les jeunes et notamment les jeunes pionniers de le voir. Si l'auteur de l'article, R. Kron (КРОН), recommandait ce film que tout le monde attendait, il notait aussi la faiblesse du scénario notamment sur les caractères des personnages, leurs relations qui n'étaient pas toujours claires. Et derrière les éloges faites sur la technique omniprésente qui avait permis la réussite du film, on sentait apparaître les critiques plus fortes qui conduirent à reléguer pour longtemps ce film dans les archives.

« Komsomolskaïa Pravda », 11/01/1936
« Le raid cosmique »
Le nouveau film du réal. V.N.ZHURAVLEV
Un jour viendra où une compagnie touristique fera de quelques œuvres de Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski des guides attrayants pour les voyageurs du cosmos.
On peut penser que les premiers à se lancer dans un tel voyage seront les sportifs. La lune deviendra le territoire où montrer le haut de gamme de la culture physique. Imaginez-vous que l’haltérophile égyptien Nos-séir, recordman du monde, a soulevé des haltères de 167 kilos. Un tel exploit historique (pour nous, Terriens) sur la lune serait ridicule. Dans le beau monde lunaire (où la pesanteur est six fois moindre que sur la Terre) Nosséir pourrait soulever 962 kg ! Et cela serait considéré comme un petit record assez moyen.
Le réalisateur Vassili Nikolaïévitch Zhuravlev a vanté à l’avance et avec succès ce futur si attirant pour les touristes. Et le premier « Voyage cosmique » fut accompli pendant les vacances par les écoliers de notre capitale. Les pionniers moscovites, qui ont vu pour la première fois ce nouveau film de science-fiction, ont approuvé de leurs vifs applaudissements ce passionnant itinéraire lunaire.
Il s’agit en effet d’un film très intéressant et fort beau dont l’action se déroule en 1946. On a déjà cons-truit à Moscou une merveilleuse astroville et le voyage sur la lune était le problème du jour de l’institut de recherches. L’académicien Sedykh, le père d’un gigantesque astroplane supercosmique, fixe le jour de ce départ tant attendu. Il se décide à accomplir ce pas décisif dans des circonstances difficiles. Son assistant refuse de voler, car la fusée N°128, envoyée sur la lune il y a peu, et dans laquelle se trouvait un chat vivant, est portée disparue. On n’observe aucun signal lumineux venant de la lune.
Avec l’académicien voyage l’étudiante-chercheuse Marina et le jeune inventeur Andriouchka qui s’est introduit secrètement dans la cabine. Et voici l’astroplane en plein vol. Le spectateur fait connaissance d’une multitude de détails intéressants de ce fantastique voyage. Les héros du vol sont vêtus de costumes inhabituels, semblables à des combinaisons de scaphandrier. Ils mangent dans de la vaisselle en carton. Pendant de fortes secousses, ils se cachent dans des baignoires spéciales, remplies (ce qui correspond à une loi de la physique bien connue) d’un liquide d’une certaine densité qui est capable de défendre l’organisme humain contre les secousses. Cette idée de baignoires a été émise par Tsiolkovski dans son livre « Comment protéger des chocs les objets les plus fragiles ? ». Les héros du voyage ressemblent à des bulles de savon dans l'air. Le poids de leur corps a disparu. Ils flottent comme des poissons dans la cabine, leurs pieds touchent à peine le sol, ils volent presque.
L'alunissage est proche ! Vite dans les baignoires ! La lune est atteinte. Les pieds sont chaussés de souliers de plomb, les émetteurs radio sont fixés aux poitrines, les dos portent des ballons d'oxygène. Ainsi équipés ils errent dans les déserts lunaires. L'oxygène s'épuise, il faut se hâter. Tous retournent triomphalement dans le monde terrestre avec leur belle trouvaille (le chat de la fusée N°128 était toujours vivant !) et les pionniers accueillent avec des fleurs le courageux Andriouchka.
Pour ce film Konstantin Edouardovitch Tsiolkovski a réalisé 30 plans d'astroplane. Les combinaisons des astronautes ont été dessinées à Kalouga sous surveillance scientifique. Le pilote Gromov a indiqué l'équipement de la cabine.
Ce film unique sur un sujet si attirant a attiré l'intérêt non seulement des enfants, mais aussi des adultes. Toutes les prises de vue de maquettes, en studio « sur la Lune » et dans le hangar du stratoplane sont très bonnes. Les auteurs ont bien réussi également les saynettes humoristiques qui accompagnent ce voyage légendaire. Pourtant, le scénario très faible a laissé des traces sur la qualité de la réalisation du film. Beaucoup de scènes ne sont pas assez travaillées. Les héros du film ne sont pas assez typés, manquent de détails biographiques, ce qui fait que les rapports entre les personnages ne sont pas toujours très clairs et leurs actes et leur conduite sont souvent injustifiés.
Le travail du réalisateur-komsomolets Zhuravlev, en tant que pionnier des films de science-fiction, mérite tous les hommages. Il sera sans aucun doute conforme aux désirs et aux besoins de nos enfants qui rêvent depuis longtemps de film de ce genre.
R.KRON

Traduction Patrice Cazal


Le 16 janvier 1935 c'est dans la revue Kino (Кино) que paraissait un article de A.R. Palev, encore plus critique que le précédent. Les principaux reproches évoqués :
- le but du vol vers la Lune n'est pas expliqué, ce qui pour le journaliste est l'occasion manquée d'avoir fait de la vulgarisation scientifique. C'est également un manque dans la compréhension de l'action : qu'est-ce qui motive ces personnes à s'envoler vers la Lune, pourquoi cet héroïsme ?
- les incohérences du film : l'académicien Sedykh qui fait lancer la fusée malgré l'interdiction du Directeur le Professeur Karine, ce qui semble inconcevable dans les structures soviétiques. D'autre part sur la Lune Sedykh chute dans un éboulement du sol lunaire, les autres voyageurs le retrouveront facilement, trop facilement, et alors qu'il était bloqué sous une roche Sedykh s'en sort parfaitement indemne.
- l'absence d'approche psychologique des acteurs : leurs caractères sont linéaires tout au long du film. La conclusion du journaliste sera tranchée : "On voit que les acteurs s'ennuient, alors pourquoi avoir fait jouer des acteurs quand des figurants auraient suffit ? Seul le jeune acteur Gaponenko démontre de la passion et de l'animation qui se communiquent au spectateur".

Mais, reconnaissait l'auteur de l'article, ce film était d'un grand mérite : le cinéaste Zhuravlev s'était lancé dans un film de science-fiction, domaine insuffisamment exploré. Et il l'avait bien fait en s'appuyant sur les connaissances scientifiques de Tsiolkovski, condition nécessaire pour un film de qualité.
Enfin le journaliste regrettait que l'imaginaire scientifique ne soit perçu que destiné aux enfants, ce qui conduisait à en appauvrir le contenu. Il souhaitait donc que le film scientifique se multiple et proposait d'autres sujets possibles (dont quelques uns absolument inspirés des autres travaux de Tsiolkovski) : l'irrigation des déserts, la mise en valeur de l'Antarctique, la Grande Volga, la station électrique de l'Angara.

Journal « Kino (cinéma) », 25/06/1929
A.R. PALEÏ
« Le raid cosmique »
Le premier film soviétique de science-fiction « Le raid cosmique » vient de sortir, réalisateur Zhuravlev.
Le sujet du film est un vol sur la lune. Dans quel but entreprend-on un tel vol ? On n’en sait rien. L’institut des liaisons interplanétaires a mis en jeu tellement de travail et de moyens que l’on se demande si ses meilleurs éléments risquent leur vie seulement pour accomplir une promenade, un vol cosmique. C’est l’impression que laisse le film. Ses auteurs n’ont pas cru utile de raconter à leurs jeunes spectateurs les problèmes scientifiques qui ont entraîné cet audacieux et dangereux voyage. Ils n’ont pas enrichi les connaissances de leurs spectateurs ; les quelques informations que contient le film sont déjà connues de tous : les paysages lunaires, l’apesanteur pendant un vol interplanétaire, la faible force de gravité sur la lune.
L’absence de but pour ce vol diminue aussi bien l’aspect pédagogique du film que son aspect artistique. Elle prive le film de son idée, une idée qui aurait pu justifier l’héroïsme des voyageurs interplanétaires, une idée autour de laquelle auraient gravité la lutte des gens, les affrontements de caractères. Il n’y a qu’un succédané de confrontation bien faible et non satisfaisant : le directeur de l’institut des liaisons interplanétaires Karine n’autorise pas le professeur Sedykh à voler sur la lune, mais celui-ci y va quand même. C’est bien sûr un fait impensable en période soviétique. Que le professeur Sédykh soit enseveli sur la lune par un éboulement, qu’il perde son émetteur radio et ne puisse pas donner de ses nouvelles et que pourtant on le retrouve quand même (et cela se fait très tranquillement – il n’est même pas blessé), n’est pas du tout une confrontation. C’est un événement introduit arbitrairement et qui ne découle ni de la situation, ni des caractères des personnages. De tels événements et quelques autres, moins significatifs, sont suffisants pour animer l’histoire. Mais ils sont insuffisants pour faire prendre conscience d’une œuvre de cinéma véritable, fortement dramatique.
En faisant le point sur les films d'aventure, la rédaction de « Kino » a montré avec justesse que dans un film doivent agir des personnes vivantes, en chair et en os – des héros ; l'auteur doit forcer le spectateur à les aimer. C'est seulement dans ce cas que leurs destin et aventures émouvront le spectateur. Cette situation est totalement applicable au film de science-fiction, car il est en même temps un film d'aventure.
Dans le « Raid cosmique » il n'y a pas de type de personnage bien travaillé. Il n'y a pas l'ombre d'une transformation psychologique. Les gens sont immuables du début jusqu'à la fin. Les acteurs n'ont plus qu'à prendre des poses, ce qu'ils font avec beaucoup de sérieux d'ailleurs : l'artiste émerite Komarov, dans le rôle du professeur Sédykh, Kovriguine dans le rôle du directeur de l'institut Karine, Féoktistov, dans celui du stagiaire Victor, Moskalenko, dans celui de la douce jeune fille Marina. On sent que les acteurs s'ennuient. Et en effet, à quoi bon dépenser son énergie d'acteur s'il suffit d'être des figurants ?
Il en résulte paradoxalement que le jeune Gaponenko dans le rôle d'Andrioucha est plus intéressant que tous les autres acteurs. Il est le seul à ne pas s'ennuyer, le seul visiblement à être passionné par le processus inhabituel des prises de vue et les décors si différents. Il est inspiré, et son inspiration se transmet au spectateur.
Le sujet du film se développe de façon si insignifiante, qu'on a toujours l'impression que l'essentiel est à venir. Mais non, c'est déjà la fin, l'expédition revient sur terre accueillie par les applaudissements tempétueux des jeunes spectateurs.
Ce sont des applaudissements de remerciement pour un sujet intéressant. Ils sont aussi une avance pour ceux qui travailleront à la confection de nouveaux films de science-fiction. Nous espérons que Zhuravlev en fera partie. Son mérite est très grand : il est le premier à avoir mis le pied sur ce sol vierge, tout comme ses voya-geurs sur la lune. C'est son grand mérite.
Ses consultations avec le défunt père des voyages dans les étoiles K.E.Tsiolkovski l'ont aidé à éviter des erreurs scientifiques. Cette façon de travailler est incontestablement obligatoire pour la confection de films de science-fiction.
Ceux qui travailleront dans ce domaine devront prêter une grande attention à ce sujet.
La pratique est telle que que le cinéma de science-fiction n'utilise que le thème des voyages interplanétaires.
C'est le rêve séculaire de l'humanité, Voltaire, Cyrano de Bergerac, Edgar Poe et de nombreux autres y ont apporté leur tribut. Ce thème a inspiré aussi l'écrivain de science-fiction Jules Verne. Pourtant les héros des romans les plus passionnants de Jules Verne n'ont pas fait que voler sur la lune. Ils ont accompli des voyages au centre de la terre et sous les mers, ils ont construit une île flottante et inventé d'étonnants appareils pour se déplacer : une maison à vapeur et amphibie, qui peut tout aussi librement voler dans les airs, se mouvoir sur le sol, naviguer sur et sous l'eau.
Chez Wells de nombreuses oeuvres sont consacrées à la physiologie (« La nourriture des dieux »), à la chirurgie (« L'île du docteur Moreau »), à l'étude des profondeurs de l'océan (« Au fond des mers ») etc.
Nous ne sommes absolument pas contre la représentation de voyages interplanétaires. Nous sommes pour que la thématique cosmique occupe [au cinéma] à peu près la même place que chez les classiques de la littérature de science-fiction.
Il faut planifier cette thématique. On peut trouver une quantité de sujets différents et passionnants. Les rencontres entre écrivains et inventeurs ont montré que ces sujets sont littéralement innombrables. Ne serait-ce que notre planification socialiste ! Les travaux sur l'Angara, les lignes à haute tension, la Grande Volga, le changement du cours de l'Amou-Daria, l'assèchement des déserts, la conquête de l'Arctique – quel vivier de sujets remarquables !
Notre cinéma de science-fiction s'adresse pour l'instant, on ne sait pourquoi, seulement aux enfants. Il leur est incontestablement utile et indispensable, mais il ne faut pas oublier le spectateur adulte. En effet Wells, Joulavski, Lasovits, Robida et bien d'autres auteurs de romans de science-fiction s'adressaient seulement à un lecteur adulte.
Il ne faudrait pas pourtant, en travaillant pour les enfants, baisser la qualité d'un film et l'appauvrir. La qualité artistique d'un film de science-fiction soviétique doit être élevée ne serait-ce que parce que, en dessinant les réalisations du futur, nous ne pouvons nous les représenter séparément des gens dont les mains construisent ce futur lumineux. La station hydro-électrique de l'Angara, les terres fertiles à la place des déserts, la conquête des planètes – tout cela est fait par les hommes et pour les hommes, et l'être humain doit avoir le rôle principal dans un film qui représente de telles réalisations.
L'homme ne doit pas être un simple composant de la fable, un complément aux paysages. Cette position, devenue depuis longtemps un axiome pour tous ceux qui travaillent dans la création, ne tolère aucune exception quel que soit le genre de cette création. C'est seulement en respectant cette exigence catégorique que seront créés des films de science-fiction à part entière au niveau de l'art du réalisme socialiste.

Traduction Patrice Cazal

Annonce de l'arrivée du film dans une salle de cinéma (appartenant à la diaspora chinoise) de Vladivostok en mai 1936




On peut comprendre qu'en cette année 1936, la première année des grandes purges staliniennes, il ne se soit trouvé personne pour essayer de défendre la qualité de ce film ...

• Dans la revue Pionnier (Пионер) de janvier 1936 :

"Récemment, nous avons regardé le film de science-fiction Kосмический рейс. K. E. Tsiolkovski a participé à la production de ce film de son vivant.
Nous avons beaucoup aimé le scénario. On ne peut pas s'en détacher, on continue à le regarder, et puis c'est déjà fini, et c'est dommage que ce soit si vite fini.
L'histoire se déroule en 1941 à Moscou. L'académicien Sedykh s'apprête à se rendre sur la Lune à bord d'une fusée qu'il a lui-même inventée. Il veut emmener avec lui Victor, son étudiant de troisième cycle. Un jour, Andreï, le jeune frère de Victor, se rend à l'Institut des voyages interplanétaires et rencontre l'académicien Sedykh. Il montre à l'académicien son invention : un lance-pierre automatique à visée télescopique. Sedykh emmène Andreï dans le hangar : il veut aussi lui montrer son invention. Dans le hangar se trouvent deux fusées colossales destinées à un vol vers la lune. L'académicien Karin, un ami de Sedykh, le dissuade de s'envoler et tente de lui prouver que ce voyage se terminera inévitablement par la mort. Il montre sa fusée expérimentale, qui s'est élevée à 100 000 mètres du sol. Il y avait un lapin dans la fusée et il est mort d'un cœur brisé.
Mais Sedykh lui répond : “Mon ami, nous ne sommes pas des lapins”. Et il fixe le jour du vol sur la Lune.
L'académicien Karin et Viktor conspirent pour empêcher Sedykh d'aller sur la Lune. Andryusha entend la conversation et décide de s'envoler vers la Lune avec l'académicien. Il demande à l'académicien de donner aux jeunes astronomes un laissez-passer pour le hangar le jour du vol. L'académicien, sans rien deviner, donne le laissez-passer.
À la toute dernière minute avant le vol, Andryusha se faufile dans la fusée, tandis que ses amis pionniers retiennent l'académicien Karin et ne lui laissent aucune chance d'arrêter la fusée. Ce n'est que lorsque la fusée est déjà en mouvement que Sedykh remarque Andryusha. Ils volent à trois : Sedykh, Andryusha et une autre fille - Marina. Le film montre de manière très intéressante leur vol vers la Lune dans un monde sans gravité. Ils ne marchent pas, mais volent et font de grands sauts.
La fusée a heurté la lune. La violente secousse brise l'unité d'oxygène. Sans elle, il est impossible de revenir sur Terre. Sedykh et ses compagnons enfilent des combinaisons spéciales et sortent de la fusée.
Ils donnent un signal à la Terre : ils mettent le feu à de la poudre. Quelques instants plus tard, ils constatent un clignotement de la Terre. Cela signifie que leur signal a été remarqué.
Les voyageurs vivent toutes sortes d'aventures sur la Lune. Ils escaladent des montagnes noires, semblables à du charbon, et marchent sur un sol très plat, comme s'il s'agissait d'un tapis d'asphalte. Un jour, ils font une découverte précieuse : ils trouvent des morceaux d'atmosphère gelée. Ces morceaux peuvent remplacer l'oxygène perdu. Ils font leurs bagages pour le voyage de retour.
À cette époque, une deuxième fusée était en cours d'équipement sur Terre, à bord de laquelle l'académicienne Karin devait voler pour aider Sedykh. Le jour du vol de la deuxième fusée vers la Lune, des astronomes observant la Lune ont remarqué que la fusée de Sedykh descendait en parachute.
Techniquement, la description est très bien faite. Dans le livre de Jules Verne "D'un canon à la lune", il n'y a pas de technique comme dans cette image. Là, la fusée n'est qu'un projectile, alors qu'ici tout est bien pensé. La fusée a une très bonne forme et une telle aérodynamique qu'elle peut voler rapidement sans que l'air ne tourbillonne derrière elle. La personne la plus remarquable sur cette photo est l'académicien Sedykh. Il ne se préoccupe pas du tout de lui-même.... La chose la plus importante pour lui est de vérifier si son invention scientifique est bonne ou mauvaise. Et ce n'est plus un jeune homme. Il est très courageux, il n'a pas peur du désastre. Il y a un moment très drôle dans le film lorsque sa femme, une vieille femme, l'emballe pour la route. Elle lui donne des chandails et des châles de laine, mais il met des livres à la place.
En regardant ce film, on a parfois l'impression de voler soi-même. Surtout lorsque la fusée s'approche de la Lune et qu'ils sont tous dans la fusée à flotter dans les airs.
Moment très angoissant où l'académicien Sedykh est écrasé par un rocher sur la Lune. Le rocher arrive, il est sur le point de l'écraser complètement. Et que vont faire Andreï et Marina, qui ne savent pas comment contrôler la fusée. Marina et Andreï sont très loin. Ils ont perdu l'académicien. Et seul le hasard sauve l'académicien d'une mort imminente.
En général, le film est très intéressant, et il est nécessaire pour tous les jeunes de le regarder. Mais il y a beaucoup de moments invraisemblables. Tout d'abord, comment se fait-il qu'Andryusha et Marina puissent voir le ciel depuis la Terre ? Après tout, ils n'ont pas de télescope, et comment peut-on voir le ciel sans télescope ?!
Il est alors incompréhensible qu'ils se parlent entre eux.
Pourquoi le retour sur Terre n'est-il pas montré ? D'où vient soudain le parachute ?
Il est également dommage que le film ne soit pas sonore. Si elle l'avait été, cela aurait été une très bonne, très belle production.
Lenya Chertok, Nadya Trublenkova, Galya Ermolaeva, Grania Buglay, Vitya Terentyev, Tolya Karulin, Lyova Kosmarsky"


Le réalisateur Zhuravlev discute avec K.E. Tsiolkovski d'un scénario sur un vol vers la Lune.


La fusée est prête pour le vol.


Un vêtement pour marcher sur la lune.

Suit alors une entrevue avec le cinéaste pour répondre aux questions des enfants signataires de l'article :

"Ingénieur lunaire
Réponse du directeur
Lorsque j'ai décidé de faire un film sur le vol vers la Lune, j'ai écrit une lettre à Konstantin Eduardovich Tsiolkovski. Il m'a répondu immédiatement et je suis allé lui rendre visite à Kaluga. J'y ai vécu quelques jours et le souvenir de cet homme remarquable restera gravé dans ma mémoire jusqu'à la fin de ma vie. Il m'a expliqué en détail comment les gens voleraient vers la Lune, quels appareils seraient construits, comment ils se sentiraient sur la Lune. Tsiolkovski parlait très fort, gesticulait et plaisantait sans cesse. Nous lui avons apporté une grande poupée qu'il a utilisée pour montrer comment les gens se déplaceraient sur la Lune.
Ensuite, j'ai commencé à faire le travail de création. Konstantin Eduardovich a regardé plusieurs fois les décors et les esquisses du scénario que je lui ai envoyés. Il a fait beaucoup de commentaires et de corrections.
Nous avons commencé à réaliser ce film Kосмический рейс il y a un an et demi. Beaucoup de gens se demanderont probablement pourquoi il nous a fallu autant de temps pour réaliser ce film. Le fait est qu'il n'est pas facile de réaliser un film de science-fiction : j'ai dû lire beaucoup de livres de Tsiolkovski sur les vols vers la Lune, lire “D'un canon à la Lune” de Jules Verne et beaucoup de livres de spécialistes étrangers.
Nous avons dû travailler très dur pour trouver un moyen de filmer les gens lorsqu'ils arriveraient sur la Lune. Après tout, il était évident que sur la Lune, ils marcheraient différemment que sur la Terre. Les gens qui ont vu le film Kосмический рейс m'ont dit qu'on n'avait pas filmé des personnes, mais des marionnettes. Ce n'est pas vrai. Les vols réels ont été effectués par les acteurs du film. Nous avons procédé de la manière suivante : en haut du décor, nous avons installé un système de poutres à travers lesquelles passaient des cordes solides. À ces cordes étaient attachés des amortisseurs en caoutchouc, utilisés lors du lancement des planeurs. De là partaient des câbles d'acier très résistants. Sous leurs robes, les artistes portaient des corsets métalliques spéciaux auxquels ces câbles étaient attachés. Nous avons dissimulé tous les câbles pour qu'ils ne soient pas visibles sur la photo. À l'aide de poulies, nous avons lancé les artistes d'un endroit à l'autre, ce qui donnait l'impression qu'ils volaient dans les airs.
Vous pouvez imaginer, bien sûr, les enfants, à quel point il est agréable d'être suspendu en l'air à une corde ! Mais nos artistes ne sont pas seulement courageux dans l'image, ils le sont aussi dans la vie. Ils sont bien entraînés, ils font beaucoup d'exercices physiques. Cela s'est avéré très utile lors du tournage du film. Andryusha s'est même imposé un régime d'exercice particulier : le matin, il faisait des exercices et de la gymnastique, après le déjeuner, il s'accordait une heure creuse, courait beaucoup, et se couchait toujours à la même heure.
Le camarade Komarov, qui joue le rôle de l'académicien Sedykh, était professeur d'éducation physique avant de devenir acteur de cinéma. Et Marina (l'artiste Moskalenko) est une très bonne joueuse de tennis.
Vous me demandez pourquoi nous n'avons pas montré le retour de la fusée ? C'est vrai, les enfants, nous n'avons pas montré beaucoup de choses, mais si nous voulions tout montrer dans les moindres détails, il faudrait regarder le film pendant cinq heures, voire toute la journée.
Je sais que beaucoup d'entre vous sont très intéressés par l'idée d'aller sur la Lune. Et lorsque je me suis familiarisé avec la possibilité d'aller sur la Lune, je suis devenu presque un ingénieur “lunaire”, et mon plus grand rêve est maintenant d'aller sur la Lune.
В. Zhuravlev"



• Dans L'Art du Cinéma (Искусство кино) de février 1936 un long article tente la réhabilitation du film, notamment en réponse à l'article du journal Kino du 16 janvier précédent :

"La poésie, en harmonie avec l'esprit général et les réalisations scientifiques et technologiques de notre époque, doit se lier plus étroitement et plus profondément à la science, doit adopter une vision du monde fondée sur les données scientifiques les plus récentes.  Elle doit se débarrasser de tout ce qui est dépassé et mythologique et qui, depuis tant de siècles, obscurcit l'idéologie des poètes et la matière même de leur œuvre - thèmes, images, vocabulaire, etc.
La poésie doit-elle donc se contenter de traduire en vers des données scientifiques arides ? non, pas du tout. Le poète, dont la pensée peut couvrir tout l'éventail des connaissances scientifiques modernes, pourra à son tour fertiliser la science avec la puissance de l'intuition créatrice, la rafraîchir avec des idées nouvelles.
Le concept de base de ce que l'on appelle la “poésie scientifique”, qui est apparue en France dans le dernier quart du siècle dernier, est réduit à une position similaire.  Le théoricien et fondateur de ce courant est le poète René Ghil (1862-1925), qui a formulé ses principes dans son “Traité du Verbe”, publié en 1886.
On ne peut pas dire que cette insistance sur le rapprochement entre l'art et la science soit la première revendication de René Ghil. Il ne fait que formuler plus catégoriquement et plus clairement les idées qui ont été émises avant lui, à un moment où la pensée créatrice des principaux artistes de la bourgeoisie s'approche de ses positions les plus hautes et les plus stables.  Les tentatives de création d'un roman “scientifique”  ou “expérimental”, théorisées par Émile Zola dès les années 70, sont bien connues.
Cependant, cela se faisait déjà avant les romans du “père du naturalisme”, Zola. Toutes les prétendues “utopies” - romans sur l'avenir - étaient également basées sur l'état actuel des connaissances scientifiques et sur le développement possible de la science dans le futur.    La brillante orientation sociale et socialiste de ces romans a attiré des centaines de milliers de lecteurs, en particulier des jeunes, vers des ouvrages tels que « L'âge futur » de Bellamy, « News from Nowhere » de V. Morris, etc.
Mais le véritable roman scientifique est associé principalement à deux noms brillants : le Français Jules Verne et l'Anglais Herbert Wells.
Malgré l'infinie variété des situations, des « lieux d'action » géographiques, des profils nationaux et sociaux des personnages, des intrigues les plus diverses mais qui se déroulent toujours rapidement, de l'introduction des technologies nouvelles et les plus récentes comme ressort principal de l'intrigue, une caractéristique fondamentale contribue invariablement au caractère fantastique du « roman scientifique » : il s'agit d'un réalisme particulier d'expériences factuelles, précises, convaincantes et persuasives, basées sur des données fiables de la science.
C'est pourquoi, par exemple, la fiction d'un roman comme « Howling in the Air » de H.G. Wells est si réelle ; c'est pourquoi, bien avant la création des flottes aériennes et sous-marines, Jules Verne a pu les décrire de manière si fascinante et convaincante, justifiant leur apparition imminente.
En outre, les principes mêmes de la créativité scientifique, la méthodologie scientifique elle-même, comme le remarque à juste titre l'écrivain V. Kaverin (« Littérature et science »), sont très instructifs et importants pour les hommes de l'art - les écrivains et, à notre avis, dans une mesure non moindre, les directeurs de la photographie. L'œuvre de Balzac et de Zola constitue l'exemple le plus instructif pour la réflexion et les conclusions.
Toutes ces réminiscences et considérations littéraires nous viennent à l'esprit en regardant le « roman cinématographique fantastique » de V. Zhuravlev, Kосмический рейс, tout d'abord parce que.... le cinéma de science-fiction soviétique n'avait pas de généalogie propre lorsqu'il est apparu.


Kосмический рейс. Réalisé par V. Zhuravlev. Cameraman A. Galperin. Mosfilm. Sur la photo : le pionnier Vitya Gaponenko

Il serait vain de chercher un seul film achevé dans le domaine qui nous intéresse parmi le cinéma russe prérévolutionnaire, généralement pauvre en genres.   L'« héritage » de la cinématographie capitaliste comprenait le drame de salon avec les « favoris du public », le « drame psychologique » des expériences philistines ou « surhumaines », le détective primitif (« Sonia la plume d'or »), le « comique » impuissant et inculte des Glupyshkins et les succulentes pousses de la comédie de situation. C'est tout ? - Oui, c'est tout. Mais c'était suffisant pour satisfaire toutes ou presque toutes les exigences de l'homme du peuple russe.   Il n'attendait pas plus, et il n'exigeait pas plus.  Quant au film de science-fiction qui nous intéresse ici, cet homme du peuple n'en ressentait pas le besoin, soit parce qu'il était lui-même massivement dépourvu d'imagination, soit parce que la « science » des bancs du gymnase lui apparaissait invariablement comme un bugaboo terrible ou excessivement ennuyeux.
Il n'est pas inutile de rappeler ici qu'aujourd'hui encore, là où le capitalisme et la « loi et l'ordre » qu'il cultive sont au pouvoir, le film de science-fiction n'a toujours pas de « chance » dans l'Occident « civilisé ». Même l'un de ses meilleurs représentants, le créateur de L'homme invisible, Jams Wells, fait clairement du genre du film de science-fiction un véritable guignol (« Frankenstein », « Frankenstein's No Vesta Frankenstein »). Le thème des araignées devient invariablement le thème de l'horreur dans le cinéma occidental.
La promotion des réalisations scientifiques est remplacée par la lutte contre la science, dans laquelle le public étranger voit le coupable de tous ses malheurs.
Le cinéma soviétique, quant à lui, a commencé par tenter de créer une sorte d'utopie héroïque. Le fait que l'un des premiers films de jeunesse de la cinématographie soviétique ait été consacré au vol de Gusev, le sémillant soldat de l'Armée rouge, vers Mars, était de bon augure. Bien sûr, aujourd'hui, après 16 ans d'expérience de la cinématographie soviétique, « Aelita » (scénario d'A. Tolstoy) ne peut susciter qu'un sourire condescendant.  Dans ce film sur un joyeux soldat de l'Armée rouge s'envolant pour Mars afin de soviétiser une autre planète du système solaire, il y avait bien plus de bonnes intentions que les hypothèses scientifiques les plus basiques et.... logique élémentaire.
Quoi qu'il en soit, « Aelita » peut être considéré comme la première tentative de créer un film utopique soviétique (mais pas scientifique), tentative après laquelle, pour une raison quelconque, il y a eu une longue pause difficile à expliquer.
Et maintenant, « Vol spatial ».   Nous ne savons pas exactement si le réalisateur V. Zhuravlev et le scénariste A. Filimoiov connaissent les conseils de René Gil, cités au début de cet article, sur la nécessité pour un artiste de s'imprégner des idées scientifiques les plus avancées de son époque, mais tous deux ont construit leur travail pratique sur ce principe même, et c'est pourquoi dès les premières images de « Space Flight », le film attire l'attention du jeune public, pour lequel il a été principalement conçu.
Lorsque, dans les premiers plans du film, l'inscription au-dessus de l'entrée apparaît : « USSR.    All-Union Institute of Interplanetary Communications named after K.E. Tsiolkovsky », le spectateur se souvient avec intérêt et gratitude de l'apparition du scientifique de génie récemment décédé, le père du vol stellaire, avec les conseils duquel “Space Flight” a été créé et à la mémoire duquel il est dédié. D'ailleurs, le grand public ne sait guère que le défunt scientifique s'est également essayé à la science-fiction en écrivant une histoire fantastique intitulée « Hors de la Terre ».
...  Le Moscou du futur proche -1946 Krasavetsinstitute of interplanetary communications mène une vie scientifique et expérimentale intense, résolvant le problème de la communication avec la lune à l'aide d'obus de fusée (jet).
Plusieurs dizaines de projectiles fusées envoyés sur la lune, dont le dernier avec un chat vivant, n'ont pas donné de résultats positifs : aucun signal de réponse n'est émis par la lune.  C'est alors que le chef constructeur de l'Institut, le vénérable académicien Sedych (honoré Art. Art. Resp. S. Komarov), décide de s'envoler vers la lune à bord d'un stratoplane géant « USSR-1 ». Suite à toutes sortes d'accidents, ses compagnons de voyage dans le stratoplane sont la jeune assistante Marina (art. K. Moskalenko) et le pionnier Andryusha (Vitya Gaponenko).
La création d'un genre pour toutes les sections de notre industrie cinématographique en plein essor qui ont été vues jusqu'à présent signifiait non seulement la création d'un scénario, mais aussi la création d'un réalisateur et d'un ensemble d'acteurs.
Pour le genre de la science-fiction, cela signifiait également la création d'un artiste spécial, d'un système spécial de conception externe de l'image, un travail qui devient extrêmement important dans ce film.
Le « Voyage dans l'espace » n'avait pas encore eu le temps de sortir dans sa version sonore que la première critique qui lui était consacrée en dénonçait les défauts avec un acharnement excessif.
Le camarade  A. R. Paley, dans le journal Kino (16 janvier), incrimine le nouveau film en affirmant que « l'absence du but du vol réduit non seulement la valeur cognitive mais aussi la valeur artistique de l'image ».   Cette circonstance, selon le critique, prive le film d'une idée qui justifierait l'héroïsme des voyageurs interplanétaires, autour de laquelle naîtraient la lutte des peuples et le choc des caractères.   Ce reproche, à notre avis, n'est fondé ni en principe ni en fait.
En fait, c'est parce que, comme indiqué, l'académicien Sedykh entreprend, selon le plan du scénariste, son vol risqué afin de tester la possibilité de voyager sur la lune, problème auquel sont consacrées toutes les activités de l'institut dont il est question dans le film.
Mais si cette circonstance locale n'existait pas, l'objectif du vol en stratoplan dans Kосмический рейс est-il si déraisonnable, comme cela semble être le cas pour le critique du journal Kino ? Quel objectif, outre celui de servir la science, de s'efforcer de repousser les limites de la connaissance humaine, a été poursuivi, par exemple, par les participants au premier vol stratosphérique à bord du véritable « URSS-1 » ? Et le peuple soviétique n'érige-t-il pas un monument aux héros morts des stratèges de l'USSR-2 pour avoir tenté d'atteindre ce noble objectif ?
Certes, la dramaturgie de « Vol spatial » est loin d'être irréprochable. Mais il a déjà été dit que, tout en satisfaisant l'une ou l'autre demande thématique du public soviétique, notre cinématographie résout toujours dans ses films ses propres tâches idéologiques, artistiques, créatives et, enfin, graphico-techniques, qui s'appliquent pleinement aux films de science-fiction. Et ces tâches artistiques et techniques de l'image sont résolues avec succès dans Kосмический рейс, et c'est pourquoi nous pardonnons volontiers aux auteurs du film les faiblesses dramaturgiques du scénario et le peu de matériel actif que les interprètes des rôles principaux ont reçu pour travailler.
La même critique accusait les auteurs du film d'exploiter « toutes les informations connues ». Kосмический рейс montre, en fait, sous une forme figurative, le fonctionnement de seulement deux lois du monde cosmique : la réduction de la force gravitationnelle de la Terre lorsque nous nous approchons de la Lune et l'atténuation du son (en particulier de la voix humaine) sur celle-ci en raison de la composition différente de l'atmosphère. Mais ces deux lois, surtout la première, sont montrées dans le nouveau film d'une manière si imaginative, sensuelle et convaincante que, en regardant les stratèges s'approcher de la lune, dans leur cabine fermée, ils commencent non pas à marcher, mais à décoller, à prendre les positions les plus inimaginables, etc. (à noter la réussite de la partie animation de «Kосмический рейс de M. Krasne). Le jeune spectateur ressent un « appétit » évident pour approfondir les disciplines scientifiques qui étudient et expliquent ces phénomènes étonnants et incompréhensibles.
La matière scientifique fascinante et fraîche est bien entretenue dans Kосмический рейс par quelques détails quotidiens très réussis. Les épisodes où la femme de l'académicien Sedykh apporte à son mari des valenki chauds (« pour qu'il ne prenne pas froid sur la lune »), alors que son stratoplane s'envole déjà dans l'espace séduisant et mystérieux, sont par exemple très réussis. Une place importante dans l'évaluation de « Vol spatial » doit être accordée au travail de ses trois artistes : A. Utkin, M. Tiunov et IO. Shvets, qui après « New Gulliver » est devenu un spécialiste des mondes fantastiques.  Les paysages du futur Moscou, transformés par deux programmes quinquennaux, et les paysages de la lune, et surtout les plans du départ et du vol du stratoplane sont réalisés et filmés par le caméraman A. Galperiyim à un haut niveau artistique et créatif.  Les prises de vue du moment du départ sont particulièrement impressionnantes, lorsque les deux stratoplanes à réaction, accélérant la cadence au cours du survol, prennent de la vitesse et se précipitent en gros plan sur le spectateur. Certaines scènes décrivant la vie de l'Institut des communautés interplanétaires sont moins réussies. Elles portent la marque d'un certain manque de finition. Il nous semble, par exemple, que tant les bicyclettes du modèle moderne, sur les pédales desquelles pédalent assidûment les employés de l'Institut, que les vénérables voitures de l'époque du premier plan quinquennal de ce film, faisant un bond de dix ans en avant, auraient dû être remplacées par d'autres moyens de transport. Peut-être auraient-ils également dû être rendus réactifs, dans l'esprit des principales innovations techniques et technologiques.
Parmi les interprètes des rôles principaux, les meilleurs se sont révélés être deux images polaires : l'académicien Sedykh, vieux, sage et expérimenté, mais jeune et mobile - l'artiste honoré Komarov - et le pionnier guilleret Andryusha - Vitya Gaponenko.


Réalisateur V. Zhuravlev. Cameraman A. Galperin. Mosfilm.

Après le premier « roman filmé fantastique » devraient apparaître des films d'histoires fantastiques soviétiques, peut-être des romans cinématographiques. Il faut espérer que les acteurs y trouveront un matériel dramaturgique plus intense, compliqué par des collisions psychologiques, révélant des traits déjà nouveaux de la psychologie de l'homme de notre époque - tout ce qui manque encore à Kосмический рейс."






 
puceAnnonces publicitaires dans le journal Moscou Soir
(Вечерняя Москва)


16 janvier 1936
16 janvier 1936



17 janvier 1936
17 janvier 1936



19 janvier 1936
19 janvier 1936



20 janvier 1936
20 janvier 1936



21 janvier 1936
21 janvier 1936



25 janvier 1936




29 janvier 1936
29 janvier 1936



31 janvier 1936



Les principes de Tsiolkovski.  



Le retour sur Terre de la cabine , suspendu à un parachute, était l'une des 6 conditions minimales imposées par Tsiolkovski. Cette idée paraissait à l'époque farfelue, mais Zhuravlev respecta l'idée de Tsiolkovski. On raconte que 45 ans après, le film fut montré aux cosmonautes russes qui applaudirent à l'idée géniale du savant. (Dimitry Karavaev. "À la croisée des trois chemins" №10, 2004)
Constantin Tsiolkovski savait que toute sa créativité et sa science ne permettait pas d'imaginer la totalité des conditions exactes d'un vol vers la Lune, mais il fixait au minimum 6 conditions qui, si elles étaient respectées, assurait la crédibilité du film :
Premièrement il souhaitait que la fusée décolle à partir d'une rampe de lancement.
Deuxièmement les cabines à eau (ou plus exactement à liquide, ce liquide devant être de la même densité que le corps humain).
Puis l'absence de scintillement des étoiles.
Ensuite l'apesanteur pendant la phase de vol libre sans poussée de réacteur.
Cinquièmement les sauts sur la lune, à pieds joints à la "manière de moineaux".
Enfin l'atterrissage en douceur à l'aide de parachutes.
Ce sont ces conditions, minimales mais très difficiles alors à mettre en œuvre, qui entraînèrent plusieurs fois l'abandon de projet de film (Tsiolkovski a indiqué qu'il avait été sollicité par d'autres cinéastes, mais sans qu'aucun projet n'aboutisse).


Le scénario était donc écrit. Si tout ce qui y était raconté était passionnant et invitait les protagonistes du film à se mettre rapidement à l'ouvrage, la réalisation pratique était autrement plus difficile : construire des maquettes géantes, imaginer les solutions pour les personnages flottant en apesanteur ou se déplaçant sur la lune.

C'est ainsi presque deux années de travail que je vais essayer de vous faire découvrir sur les pages de ce site.

Cette image de Mosfilm n'a été créée qu'en 1947,
elle ne figure donc pas au générique du film.

   





L'album des voyages spatiaux
Les travaux de Tsiolkovski écrits pour le film en 1933 avaient été rassemblés par lui dans un petit cahier intitulé "L'Album des voyages spatiaux" (Альбома космических путешествий), écrit du 21 juin au 26 octobre 1933 et transmis aussitôt au cinéaste. Ce cahier fut longtemps détenu par le cinéaste du film et inconnu du grand public. Ce n'est que beaucoup plus tard que Zhuravlev redécouvrit ce cahier dans ses archives et le remit aux autorités soviétiques.
Le contenu du cahier fut publié en 1947 dans le livre "Труды по ракетной технике" (Travaux sur la technique des fusées ; voir image de gauche)
Voici les 30 pages du document permettant de constater la teneur des dessins et textes écrits par Tsiolkovski. Certains auteurs affirment que 30 plans de fusées avaient été dessinés, voire 30 schémas détaillés. Il n'en est rien puisque Tsiolkovski avait voulu écrire un document vulgarisateur destiné à donner à l'équipe du film une culture générale sur les conditions de navigation dans l'espace. Cette culture permettait ainsi d'éviter les principales erreurs scientifiques et d'aider à la rédaction du scénario.
 
Chacun pourra relever dans les dessins présentés ici quelques idées qui ne furent finalement pas reprises dans le film. Par exemple : la sortie dans l'espace d'un homme en scaphandre en passant par un sas, une serre dans le vaisseau permettant de nourrir l'équipage, le système gyroscopique d'orientation de la fusée, les différentes façons de flotter et de s'orienter en apesanteur. Les idées développées par Tsiolkovski avaient ainsi dépassé les moyens techniques et financiers du cinéaste.
Exceptionnel : vous pouvez feuilleter la totalité de l'Album des Voyages spatiaux !

Je vous propose l'album mythique
de Tsiolkovski, pour la première fois sur Internet.
La page de couverture est composée d'une rare photographie montrant Constantin Tsiolkovski lorsqu'il a reçu Vassili Zhuravlev dans sa maison de Kalouga. L'Album a bien sûr été totalement écrit par Tsiolkovski qui l'avait eédigé pour le cinéaste.



Les pages de garde sont faites de deux enveloppes provenant de la correspondance entre les deux hommes.

Cet album d'une trentaine de pages est entièrement écrit au crayon de papier : Tsiolkovski écrivait toujours avec un crayon de papier, qu'il utilisait jusqu'au bout. Ainsi lorsque le crayon devenait trop petit pour bien tenir dans la main, il l'enfonçait dans un petit tube métallique ou un rouleau de papier collé ce qui en allongeait la longueur.

 


D'autres documents complémentaires furent transmis par Tsiolkovski à Zhuravlev :
- le 12 septembre 1933 une trentaine de pages très techniques et mathématiques sur les voyages interplanétaires. Cet intéressant document détaillant 65 points mériterait d'être cité au même titre que l'Album. (4)
- en octobre 1933 quelques tableaux pour la taille et les proportions des marionnettes utilisées pour les scènes lunaires. (1)
- en octobre-novembre 1933 des diagrammes sur le système solaire et les interactions entre planètes.
- le 9 novembre 1933 un document similaire sur les planètes et leurs satellites (2) ainsi que six pages sur le phénomène des astéroïdes.
- fin 1933 quelques feuillets sur le comportement d'une fusée dans l'espace. (3)

Donc si l'Album est le document le plus connu, les apports de Tsiolkovski à la création du film furent bien plus larges et plus nombreux.
 
 


Tsiolkovski avait fait, comme à son habitude, des copies de l'album. C'est pourquoi il peut exister de petites variantes dans les différents dessins et commentaires. A titre d'exemple vous avez à droite deux copies de la même page dont l'objet est d'expliquer que sous la forte accélération de départ la notion de verticale est modifiée dans l'habitacle de la fusée (des explications plus détaillées sur les forces en présence sont présentées dans la deuxième illustration ci-dessus).

Chacun pourra donc constater que les différences sont minimes. Le scannage des pages n'étant pas strictement identique, les proportions et la mise en page peuvent s'écarter ; il faut s'attacher aux infimes variations des dessins ou du texte.
Au Moyen Âge Tsiolkovski aurait été un très sérieux copiste !




Pour la rédaction de son album Tsiolkovski avait beaucoup travaillé en s'appuyant sur ses travaux antérieurs.

Il est important de se rappeler que jusque ses 60 ans il était peu connu du grand public. Ce n'est que son ralliement au triomphe du socialisme après la Révolution de 1917 qui le révéla au pouvoir en place et que son nom se répandit dans le monde entier.

Auparavant Tsiolkovski vivait simplement de son salaire de professeur, et si ses travaux étaient publiés c'était à compte d'auteur.
Sa retraite fut améliorée par décision de Lénine qui lui attribua à partir de 1921 une confortable rente viagère puis le fit entrer dans le Panthéon des grands hommes de la nation communiste. Si ces travaux sont indéniables et son admiration par le grand public constante, les historiens actuels sont très divergents, les qualifications allant du Génie le plus absolu jusqu'au Mythe grandi par la propagande soviétique.
Le but de mon site étant de faire connaître le film "Le Voyage Cosmique", on peut reconnaître que son intervention y fut décisive. Je pense même que si le film s'est fait et avec des moyens substantiels c'est du fait de sa contribution de consultant, et que la disgrâce tombée sur ce film s'est accélérée à cause de l'absence du scientifique qui n'était plus là pour le soutenir.

Esquisse datée de 1922 expliquant qu'en apesanteur il n'y a ni haut ni bas .

Dessins et découpages réalisés en 1920 pour l'étude de l'habitacle d'un dirigeable .
Étude sur les effets gyroscopiques. extrait d'un important document des années 1880.
   
Entretien de C. Tsiolkovski à la Komsomolskaïa Pravda le 23 juillet 1935

La traduction de ce texte est parue vers 1970 dans un livre russe édité en français, "Le chemin des étoiles" (l'édition originale russe de ce livre date de 1960). En voici les extraits les plus importants :

 
Serait-ce seulement de la fiction ?
Il y a une dizaine d'années, on m'a demandé d'adapter à l'écran mon récit
En dehors de la Terre. Mais cette entreprise était tellement complexe qu'elle a été remise. Et ce n'est que maintenant que Mosfilm, en la personne du talentueux V. Zhuravlev, a fermement résolu de créer le film "Un raid cosmique".
C'est dès l'âge de 17 ans que j'ai commencé à songer à la possibilité de voyages au-delà des limites de notre planète. En 1895, j'ai écrit mon ouvrage
La Terre et le Ciel. Il a été publié par le neveu du célèbre Gontcharov, réédité deux fois plus tard, par le Gosizdat, sous le titre La pesanteur a disparu. Au début de la révolution, je me suis mis sérieusement à travailler à ce sujet. Ma nouvelle de science-fiction En dehors de la Terre (1918) a été l'illustration de ces travaux.
La théorie mathématiquement fondée d'un engin à réaction a paru dès 1903, d'abord dans la
Revue scientifique, périodique peu répandu de Filippov, et ensuite, quelques années après dans le Messager de la navigation aérienne (1911-1913). Puis plusieurs travaux ont paru dans diverses publications et revues.
 
A partir de 1913, mes travaux ont commencé à être connus à l'étranger.
...
L'influence du cinéma est plus puissante que celle de la littérature car celui-ci est plus spectaculaire, plus près de la nature que de la description. C'est un degré supérieur de l'expression artistique, surtout dès l'instant où il a fait la conquête du son. Je crois que
Mosfilm et le camarade Zhuravlev ont fait preuve d'un grand héroïsme en se chargeant de la réalisation d'un "Raid cosmique". Et il est impossible de ne pas se déclarer hautement satisfait de ce travail.
...
L'attention que le Gouvernement soviétique prête au développement de l'industrie en URSS et aux recherches scientifiques de toutes sortes, je l'espère, justifiera et vérifiera mon opinion.

Ce texte a été publié le 23 juillet 1935, quelques mois avant le décès de son auteur le 19 septembre de la même année. Il avait été cependant presque entièrement écrit le 24 janvier 1935 dans une lettre que Tsiolkovski avait envoyée à Zhuravlev. L'entretien à la Komsomolskaïa Pravda n'était donc que la mise en forme de ce courrier !

Les autres projets.

Sur la vague de ce premier succès de film de science-fiction, Mosfilm avait imaginé deux autres projets :
- à partir d'un livre (Голубая звезда) de Lev [Léon] Tolstoï (Лев Николаевич Толстой) qui raconte un vol vers Vénus. On retrouva ce thème dans le film russe de 1962 Planeta Bur.
- sur la base du roman fantastique "Le saut dans le vide" (Прыжок в ничто - 1933 - voir image ci-contre) d'Alexandre Beliaev (Александр Романович Беляев - 1884-1942). Ce roman qui décrit un voyage dans l'espace qui suite à incident technique doit se poser sur la planète Vénus était dédié à Constantin Tsiolkovski.
Malheureusement ces deux projets ne se firent pas, la disgrâce tombée sur le premier film et la disparition de Tsiolkovski pouvant certainement en expliquer l'abandon.

"Le
                            saut dans le vide" d'Alexandre Beliaev
                            - édition imprimée moderne 1996 "Le saut
                          dans le vide" d'Alexandre Beliaev -
                          édition imprimée moderne 1996
"Le saut dans le vide", éditions de 1956 et 1996
Dans son livre "Le saut dans le vide" paru en 1933, Alexandre Beliaev y reprend beaucoup des idées de Constantin Tsiolkovski ; les deux hommes se sont plusieurs fois écrit pour discuter de projets de livres, de leur transcription cinématographique.
Une de ces idées originales qu'on ne retrouve chez aucun autre scientifique est la solution de "cabines à eau" en forme de cercueil permettant aux voyageurs de l'espace de supporter les accélérations. Le livre dans sa première partie, chapitre 10, décrit ainsi des essais réalisés avec des wagonnets : une personne s'y couche dans un cercueil rempli de liquide, le wagonnet est propulsé et violemment stoppé dans un remblai sablonneux. La personne peut ensuite témoigner son parfait état de santé après cette épreuve.
   

Beliaev, grand admirateur de Tsiolkovski qu'il appelait "le géant de l'idée, le physicien de premier ordre, le viellard génial", s'était appuyé sur les travaux de Tsiolkovski bien sûr mais aussi ceux de Perelman ou Rynine pour étayer ses scientifiquement ses ouvrages. Cependant il est remarquable que Beliaev ait pu vulgariser les idées de Tsiolkovski, donnant ainsi, par le détail des explications, un éclairage intéressant et concret d'idées proposées par le scientifique. Ainsi dans son essai le Citoyen de l'île Éthérée (Гражданин Эфирного острова, paru en 1930 dans la publication Le Trappeur universel, Всемирного следопыта), il explicite l'idée du savant concernant le train spatial publiée l'année précédente :
"Par le train de fusée il sous-entend la liaison de quelques appareils identiques réactifs avançant d'abord chemin faisant, ensuite dans l'air, puis dans le vide en dehors de l'atmosphère, enfin quelque part entre les planètes et les soleils.
"L'affaire se représente ainsi. Quelques fusées — nous dirons, cinq — se lient, comme les wagons, l'une après l'autre. Au départ la première fusée de tête joue le rôle de la locomotive : en faisant exploser le carburant, elle transporte seule tout le train, en prenant grande vitesse. Quand dans cette "locomotive" le stock du carburant commence à s'épuiser, la fusée de tête se décroche du train et revient sur la Terre. La deuxième fusée devient active et conduit le train, elle n'épuisera que son stock du carburant. Ceci se passe ainsi avec chaque fusée, excepté la dernière destiné au vol interplanétaire. Quand l'avant-dernière fusée se détachera et reviendra sur la Terre, la dernière aura atteint la vitesse nécessaire au vol dans l'espace interplanétaire. Et en outre elle ne dépensera plus aucun gramme du carburant pour l'élimination du poids terrestre et sur l'acquisition de la vitesse nécessaire. Mais la dernière fusée lancée dans l'espace peut dépenser les stocks du carburant pour les manoeuvres nécessaires ou la descente.".


La petite histoire retiendra que lorsque Beliaev transmit à Tsiolkovski le texte de son futur livre Le saut dans l'espace, ce dernier lui demandera de supprimer toutes les citations concernant la théorie de la relativité d'Einstein à laquelle lui-même ne comprenait rien !
Pour compléter, Perelman proposa aussi de substituer la propulsion liée à fission atomique par des moteurs plus conventionnels utilisant des carburants plus connus.


Le retour du film aujourd'hui.
Ce n'est qu'en 1984 que la télévision russe s'intéressa à nouveau à ce film : les originaux étaient perdus, le film fut alors reconstitué par l'assemblage de copies souvent en mauvais état. Le film ainsi remonté fut présenté au public en septembre 1984 (quelques extraits commentés par Zhuravlev, le cosmonaute N.N.Rukavishnikov et le professeur S.P.Kapitsa) puis en janvier 1985 (le film complet, présenté par son auteur Vassili Zhuravlev qui avait alors 80 ans).

On en trouve ensuite quelques mentions, tel le journal pour la jeunesse Пионер [Pionnier] de janvier 1985 (illustré d'une image du film).

Beaucoup plus tard, un ou des exemplaires du film en meilleur état ont été retrouvés par Mosfilm, mais c'est la première version qui est aujourd'hui la plus disponible (presque toutes les images que l'on peut trouver sur les sites internet en 2010 en sont extraites). Dans une interview de novembre 2001 , Kir Bulychev (1934 - 2003), le scénariste du film de science-fiction "To the Stars by Hard Ways" ("Через тернии к звездам", 1980) qui parlait alors de son film qui venait d'être restauré, déclarait son impatience à voir le film "Le voyage cosmique" lui aussi restauré, mais que cela prendrait certainement du temps. Est-ce cette demande qui aurait accéléré la réapparition du film ? C'est possible, même si l'édition actuellement disponible (en janvier 2007) n'est pas vraiment une copie restaurée, car il reste encore de nombreux défauts, mais plus simplement une copie de meilleure qualité faite à partir de bobines en bon état, ou peut-être des films originaux vieillis.

Novembre 2006 : la deuxième version, celle de meilleure qualité, commence à être disponible, en version russe (sur les sites ozon.ru ou hit-kino.ru) ou en japonais (sur le site play-asia.com). Si vous en connaissez d'autres, merci de m'en informer !
Avril 2022 : la restauration n'est pas encore faite, si ce n'est le 12 avril 2022 la diffusion sur internet d'une version aux images satbilisées par le Musée d'État russe. L'image a légèrement perdu en définition, mais la stabilisation presque parfaite aide beaucoup au visionnage du film.
Les erreurs du film


Les erreurs de tournage qui n'ont pas été vues et supprimées au montage.
L'objet de cette rubrique amusante n'est pas de dénoncer les erreurs techniques du scénario : il y a bien sûr ce type d'erreur car la science de l'astronautique n'existait pas à cette époque, et ce n'est que l'imagination de Tsiolkovski et des autres consultants qui permettait d'inventer et de supposer ce que seraient les conditions réelles d'un vol spatial.
Il s'agit donc ici de seulement relever les erreurs commises lors du tournage et du montage. Je n'ai pas signalé les petites erreurs de synchronisation des mouvements lors des changements de plan ; je peux vous proposer quelques scènes comportant des anomalies.
Si vous en trouvez d'autres, dites-le moi !
   

5 ème minute du film : le jeune Andriocha confie à l'académicien sa catapulte dépliée. Sedykh la prend avec une main.
 

Image suivante en contre-champ : Sedykh tient deux mains (dans l'image précédente il le faisait avec une seule main), et la catapulte est repliée.
   

6 ème minute du film : après que Sedykh lui propose d'aller dans le hangar, Andriocha se déshabille et notamment retire son béret.
 

Quelques secondes plus tard, Andriocha entre dans le hangar, avec effectivement la tête nue. Mais dans l'image suivante en gros plan, le béret est revenu.
   

18 ème minute : Sedykh termine ses bagages lorsque Andriocha pénètre par la fenêtre. Sedykh porte sous sa veste une cravate à rayures larges.
 

Sedykh s'assied et invite son jeune interlocuteur à s'approcher. Mais désormais la cravate arbore de fines rayures. Quelques secondes plus tard, lorsque Sedykh raccompagnera Andriocha vers la fenêtre, les rayures redeviennent larges.
   
L'explication de cette anomalie peut probablement être retrouvée dans les explications de Zhuravlev concernant le jeune acteur Gaponenko : ce dernier était en pleine croissance lors du tournage, et dans les derniers enregistrements il mesure en hauteur une tête de plus. Certaines séquences ont été alors refaites un an après les premières pour que le jeune pionnier et l'académicien aient le même écart de taille. D'où des erreurs possibles dans les costumes et décors de ces séquences filmées à plusieurs mois d'écart.
   

36 ème minute : la lune approche. Sedykh saisit la barre s'apprête à la faire tourner.
 

  Dans l'image suivante en contre-champ Sedykh est alors vu de dos, et ses bras sont le long de son corps. Quelques secondes après ils se lèvent pour attraper la barre
   

37 ème minute : la fusée se pose verticalement. On peut le vérifier quelques secondes plus tard lorsque la poussière soulevée par la fusée est retombée.
(Elle se pose également verticalement, soutenue par un parachute, lors du retour sur Terre.)
 

La fusée est verticale, mais à l'intérieur de celle-ci tout est horizontal. Plusieurs minutes plus tard, lorsque les passagers sortent de la fusée, elle est couchée. Mais alors, comment redécollera-t-elle ?
   
On sait que dans le scénario du film les conditions du redécollage de la Lune n'avaient pas été résolues, contrairement au décollage depuis la Terre qui se fait sur une rampe de lancement. Tsiolkovski n'avait pas trouvé de réponse technique. C'est pourquoi on voit dans le film l'alunissage, mais rien n'est montré sur le retour vers la Terre. Ceci fut reproché lors de la sortie du film.
   

51 ème minute : Sedykh se déplace sur la Lune, et, le sol se dérobant sous lui, il tombe dans une crevasse et se trouve bloqué sous un énorme rocher. Les deux autres personnages continuent sans lui.
 

Une minute plus tard, ses deux compagnons arrivent face à un superbe paysage lunaire. Andriocha est à droite, à gauche un personnage apparaît puis, furtivement, un deuxième personnage. Ils sont trois.
Et pour confirmer cette erreur, entre les deux séquences précédentes se glissait la même anomalie : lorsque les deux personnages se déplacent vers le cratère, une jolie animation montrant leur passage dans une vallée rocheuse affiche furtivement trois personnes. Au montage la séquence a été coupée quelques images trop tard.

Ceci est très instructif sur le tournage du film : on comprend que le scénario a été réécrit pendant la réalisation du film, et de telles séquences prévues initialement à 3 personnages ont été réutilisées ensuite, en les coupant juste à l'arrivée de la troisième personne. Le montage était trop approximatif, et au moins dans les deux cas présentés ici les séquences étaient très légèrement trop longues. Il est vrai toutefois que si elles avaient été écourtées plus tôt, la séquence aurait alors été trop rapide...
 
   

58 ème minute : l'académicien Sedykh est délivré de son rocher. Il se relève, mais le tuyau en haut à droite de son casque se débranche.
 

Sur le plan suivant les deux tuyaux à droite du casque sont à nouveau bien branchés, et Sedykh qui était presque relevé dans le plan précédent se retrouve à nouveau couché.
     
Les cordes difficilement cachées.
Enfin, la technique d'animation utilisée s'appuyait beaucoup sur des déplacements guidés par des cordes ou des fils. Malgré l'attention apportée par les opérateurs de prise de vue et Fiodor Krasne, ces cordes seront parfois bien visibles (pourquoi ces scènes ont été conservées au montage ?). Je vous propose ainsi deux exemples dans lesquels la corde est vue par tous :

A la 37 ème minute du film, lorsque la fusée descend vers la Lune et juste avant qu'elle ne se pose, la corde n'est pas exactement de la même couleur que le ciel étoilé.
 

Encore plus apparent, lorsque à la 51 ème minute Sedykh tombe dans la crevasse, la marionnette utilisée pour la chute du personnage est soutenue par une corde parfaitement visible.
   
Zhuravlev avait indiqué que la séquence avait été refaite onze fois car la synchronisation de la chute du voyageur, de l'éboulement de pierre et du nuage de poussière avait été difficile. Je ne sais si celle retenue pour le film était la meilleure, mais cette partie où la corde est totalement visible n'est pas satisfaisante.
Les difficultés du tournage : dans une interview donnée en 1954 pour le périodique "Знание - сила" [La connaissance - la force], Vassili Zhuravlev racontait le tournage du film et notamment la multiplicité des prises, nécessaire pour garantir un bon rendu pour les scènes innovantes d'apesanteur ou de déplacement sur la Lune. Il y décrivait notamment la scène durant laquelle l'académicien Sedykh tombait dans une crevasse :"Pendant les prises du film l'académicien Sedykh doit trébucher sur le sommet du rocher, descendre en bas, mais le rocher effondré doit l'écraser. Cette situation était tout sauf agréable. La prise du film ne s'était pas bien passée. Le premier tournage, il y a trop de poussière, on ne voit rien. Nous retirons encore une fois mais n'ayant pas maîtrisé la trajectoire de la chute, l'académicien tombe hors du champ visuel de la caméra. La troisième fois l'académicien est tombé avec succès en bas, mais le rocher n'est pas tombé : défaillance du mécanisme de la trappe. À la quatrième fois tout est bon, mais l'équipe de tournage doit avoir quelques bons doubles. À la cinquième foi, de nouveau la poussière. Nous avons tourné cette séquence 11 fois ! C'est seulement grâce à l'excellente forme physique et la discipline de l'acteur Komarov que nous réussissons bien à faire des prises de vues de ce cadre très difficile. .
Après de telles difficultés, le tournage des scènes du film dans le cabinet de l'académicien Sedykh, dans la chambre d'Andriocha, dans l'observatoire de "Pulkovo" étaient pour nous de vrais loisirs."
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Les imitations


Le film est resté trop longtemps caché pour que d'autres cinéastes aient pu s'en inspirer.

Deux films peuvent toutefois être cités : un film d'animation soviétique de 1953, Полет на Луну (Vol sur la Lune) et dont le scénario a puisé de très nombreux éléments dans celui d'Alexandre Filimonov, et un deuxième film récent puisque datant de 2005, Первые на луне (Premiers sur la Lune), amusant film de type documentaire démontrant que les soviétiques étaient allés sur la Lune dès les années 1930.
 
Il est une coïncidence qui mérite d'être contée car à trente ans d'intervalle les créations de Zhuravlev ont pu inspirer deux films d'animation.
1924 : Vassili Zhuravlev a 20 ans, il écrit le scénario d'un voyage vers la Lune. Cela sera sans suite.
1924 : Nikolai Khodataev est contacté par Protazanov pour ajouter des séquences animées dans son film Aelita. Khodataev s'associe avec Komissarenko et Merkulov, mais Protazanov abandonne cette idée. Les trois dessinateurs décident alors de faire leur propre film, et pour construire leur scénario prennent une partie de leur inspiration dans le scénario de Zhuravlev.
1925 : les mêmes trois dessinateurs font un autre dessin animé, "La Chine en feu", puis se séparent. Khodataev fait entrer au Vhutemas (célèbre école artistique russe) Ivanov Vano et les deux soeurs Zinaida et Valentina Brumberg. Avec ces deux soeurs il fera plusieurs autres dessins animés.
1935 : Zhuravlev termine son film "Le Voyage Cosmique".
1953 : le dessin animé en couleurs "Voyage vers la Lune" sort. Ce film est la reprise du Voyage Cosmique. Il est dessiné par Valentina Brumberg, l'artiste que Khodataev avait fait entrer au Vhutemas.

En conclusion, toute en sourire :
- en 1924 : Khodataev utilise le premier scénario de Zhuravlev pour écrire son film d'animation "La révolution interplanétaire".
- en 1953 : Valentina Brumberg, l'amie de Khodataev, utilise le deuxième scénario de Zhuravlev pour écrire le scénario de son dessin animé "Voyage vers la Lune".

 

1953, Полет на Луну (Polet na lunu, Vol sur la Lune)
Ce dessin animé de Valentina Brumberg (Валентина Брумберг) fut ensuite réutilisé en 1957 aux Etats-Unis dans la série télévisée The space explorers : les images du vaisseau spatial étaient celles du film allemand de 1937, Weltraumschiff 1 startet, et les images de l'intérieur du vaisseau, des personnages et des déplacements sur la planète étaient extraites de Polet na lunu.
Nous avons donc la séquence : Kosmicheski Reis 1935 >> Polet na lunu 1953 >> The space explorers 1958
durée : 30 minutes

 
Le film fut annoncé dans la Комсомольская правда, "La Vérité du Komsomol", du 9 janvier 1954 : malgré quelques faiblesses (caractère du professeur Bobrov peu marqué) le film est positivement apprécié (en particulier le caractère du jeune pionnier Khomyakov Kohl, ainsi que ceux des autres enfants Kolya, Petya, Sandy et Natasha, sans compter l'intervention heureuse du chiot Tobik). En somme la critique est sensiblement la même que celle de son film aîné !

Scénario V Morozov et N Erdmann.
Artistes-producteurs G. Kozlov, Vladimir Nikitine, I. Nikolaev.
Compositeur Yuri Levitin.
production du film "Soyuzmultfilm Studio" (Союзмультфильм)

Image extraite de la Komsomolskaya Pravda de 1954

 
Dès le générique chacun peut comprendre que le scénariste avait pu avoir connaissance du film de Zhuravlev : en effet le nom du film, "Vol sur la Lune", s'accompagne du sous-titre "Film fantastique". Or le film "Le voyage cosmique" était lui-même sous-titré par une "Nouvelle fantastique"


 

L'histoire racontait l'épopée d'un voyage vers la Lune, réalisée par une fusée et son équipage. Suite à incident la deuxième fusée, identique à la première, fut envoyée à la rescousse. Dans le film le Voyage cosmique le deuxième vaisseau qui devait lui aussi partir en secours ne fut finalement pas envoyé.
Les deux fusées étaient marquées sur leur flanc 1 et 2, comme l'étaient leurs ancêtres de 1935.


 

Pour continuer dans la technique, la fusée fut filmée de face lors du début de la mise en place de la fusée lors du lancement... Cette façon de filmer de face n'est connue dans aucun autre film, ce qui pouve bien la similitude entre les eux films et le fait que l'équipe de Valentina Brumberg avait bien vu le film de Vassili Zhuravlev.


 

... et la fusée s'envola sur une rampe de lancement.
La seule différence est que la rampe du dessin animé était courbe alors que celle du film prédécesseur est rectiligne !


 

Passons aux personnages. Le pilote du vaisseau principal était un vieux scientifique, dans les deux films ! Mêmes cheveux blancs et barbe blanche.
Le levier de commande était passé d'une barre de navigation de bateau au "manche à balai" d'un avion.


 
Dans les deux cas ce vieux pilote était accompagné d'un assistant, et toujours dans les deux situations c'était une jeune femme !


 
Et pour poursuivre la ressemblance des deux films, ces deux premiers personnages étaient rejoints par un passager clandestin. Et dans les deux films ce fut un jeune pionnier. Seule la façon par laquelle ils étaient entrés dans la fusée était différente : subrepticement pour le premier film, par erreur endormi dans une caisse pour le dessin animé.


 
Dans l'espace bien évidemment l'équipage s'adonna aux joies de l'apesanteur, et dans les deux cas ce fut l'équipage au complet qui vola au travers de la vaste cabine.


Le film d'animation comprend cependant une scène d'objets et d'eau en apesanteur, scènes prévues par Zhuravlev dans son film mais finalement abandonnées pour raison de complexité technique.

 
Est-il besoin d'ajouter un commentaire à ces deux images ? Oui, juste pour préciser que dans les deux cas la main était celle du vieux pilote.


 
Une des toutes premières actions que les voyageurs entreprennent était de consulter une carte de la Lune. Dans les deux cas cette action est assez ridicule, la précision des cartes étant insuffisante pour espérer y retrouver les paysages observés.


 
Dans leurs promenades lunaires les personnages s'amusaient avec la gravité réduite. Les deux images suivantes décrivaient le saut fait par le jeune pionnier au-dessus d'un ravin.


 

Dans les deux films un accident surgit, et dans les deux cas concerna le pilote. Dans le film de Zhuravlev il fut sauvé par ses deux compagnons, dans le dessin animé c'était un membre de l'équipage de la première fusée en perdition qui lui vint au secours.


 
Et enfin, pour terminer ces points de comparaison, je propose une dernière image : dans la ville survolée par les fusées on pouvait apercevoir le même monument, le Palais des Soviets qui en fait n'exista jamais.

polet24
2005 Первые на луне (Premiers sur la Lune)
Film plus récent, il décrivait le premier voyage des soviétiques vers la Lune durant les années 1930. Construit comme un documentaire ce film rassemblait des images d'archives et des images récentes artificiellement vieillies. La séquence démontrant le vol était extraite du film le Voyage cosmique.
Ce film est une amusante mystification, définie comme telle par son auteur.

   
 
La polémique

S'il doit exister des polémiques concernant ce film, il en fut une des plus importantes : c'était que ce film s'était largement inspiré du film de Fritz Lang, "Frau im Mond" sorti en 1926. Je n'y crois pas, mais pas du tout, et c'est ce que je souhaite démontrer ici.
Bien sûr le thème de départ était commun, un voyage vers la Lune avec alunissage et retour sur terre. Et ces deux films étaient construits avec l'aide d'un éminent savant, Oberth pour le film allemand de 1926 et Tsiolkovski pour le film russe. Mais ces éléments me semblent trop limités pour vouloir y voir ici une copie !
 
Je vais donc essayer ici de m'attacher aux différences qui éloignent ces deux films.  

 
  Frau im Mond
Космический рейс
Le but du voyage
Le vieux scientifique voulait démontré sa théorie selon laquelle il devait exister de l'or sur la Lune. C'était la motivation essentielle du voyage, contrôlé par un groupe de brigands attirés par cet or lunaire.
Le but du voyage était scientifique et humanitaire. La Lune était une étape pour l'Homme. Ce projet de vol spatial était porté par un scientifique dont l'objectif est d'explorer la Lune et l'espace.

 

L'héroïne

C'était une personnalité sensuelle dont le cœur chavirait entre deux hommes. C'était une personnalité forte du film, l'un des personnages marquants.


Certes cette héroïne fut surprise en compagnie d'Orlov, mais à choisir entre lui et le voyage sur la Lune elle préféra le vol dans l'espace.
Dans la fusée, elle fit le ménage...


 
La base de lancement
La base allemande était dans le plus pur style Zeppelin, tel qu'il fut repris dans le film de 1936, "Weltraumschiff 1 startet". Le hangar est donc une reproduction des hangars Zeppelin.
La base de lancement était un grandiose Institut des vols interplanétaires, dont la dénomination ne cachait pas les ambitions exploratoires. Le hangar ne constituait qu'une petite partie de ce grand complexe scientifique et industriel.

 
Le lieu d'alunissage
Le lieu visé était choisi lors du départ : c'était la face cachée de la Lune.
L'arrivée fut plus hasardeuse, et les voyageurs constatèrent qu'ils s'étaient finalement posés sur la face cachée.

 
L'intérieur de la fusée
La fusée allemande est verticale, la fusée russe horizontale. L'intérieur de la fusée de Fritz Lang est donc construit comme un appartement duplex à deux étages, une échelle permettant d'accéder aux deux niveaux.
La fusée russe est horizontale : son aménagement intérieur est disposé le long du cylindre horizontal. Contrairement à la fusée allemande il n'y a qu'une seule pièce d'habitation contenant le poste de pilotage, le lieu de repas, les hamacs.

 
Le tachymètre
La vitesse permettant de s'éloigner de la Terre est d'environ 11,2 km/seconde. C'est une constante physique. Les deux engins spatiaux eurent donc le même cadran indiquant la vitesse, la mesure de cette vitesse témoignant de la puissance nécessaire.
Avec une très grosse différence : bien que la vitesse de libération (11,2 km/s) soit parfaitement connue de Tsiolkovski le compteur de vitesse était limité à 10 km/s, juste assez pour la vitesse de satellisation autour de la Terre, mais pas assez pour aller vers la Lune.

 
Le compte-à-rebours
C'est l'apport essentiel du film à la science : le lancement était précédé par le décompte des secondes avant le lancement. C'est la procédure de lancement avec compte à rebours qui fut par la suite retenue par toutes les nations spatiales.
Dans ce film, pas d'horloge, pas de compte à rebours, pas de top départ. Ici, c'était le Directeur du lancement qui séquençait la phase de départ. Et il convoquait les voyageurs comme au théâtre on appelle les acteurs !

 
Entrée dans la fusée
La différence principale consiste dans la position de départ de la fusée : dans le film allemand la fusée décollait verticalement. Les voyageurs pénètraient dans la fusée par une échelle de corde.
Non seulement la fusée était horizontale, mais la structure de départ était beaucoup plus étudiée. On entrait dans la fusée depuis une passerelle horizontale, à laquelle on accèdait par un ascenseur.

 
Le lancement
Le lancement était effectué avec la présence d'un public nombreux venu y assister. Le moment était commenté  et diffusé sur hauts-parleurs.
À part quelques personnes devant le bâtiment de l'Institut et quelques jeunes pionniers le lancement se faisait au-dessus d'une ville endormie.

 
Déclenchement du lancement
C'était le pilote de la fusée qui activait le lancement de la fusée, en liaison avec le compte-à-rebours.
Comme pour le décompte du temps, c'était le Directeur du lancement qui actionnait l'imposant commutateur.

 
Phase de lancement
La fusée allemande décollait verticalement, curieusement installée dans un bassin aquatique.
Cette fusée décollait depuis une rampe de lancement qui s'élèvait doucement.

 
Phase de décollage
La phase d'ascension était très courte, l'accélération était extraordinaire. Les deux étages de la fusée se séparaient quelques secondes après.
Ah ! Une séquence pratiquement similaire. L'image de la séparation des deux étages était également très furtive.

 
Les voyageurs au décollage
Dans le film allemand les voyageurs étaient installés dans les lits simples et souffraient des effets de l'accélération.

Les voyageurs tombèrent ainsi en inanition pendant plus de 6 heures.
Confortablement installés dans leurs cabines à eau, les voyageurs ne souffraient pas de l'accélération.

Ils pouvaient ensuite rapidement en sortir et s'amuser des effets de l'apesanteur.

 
Les préalables
Heluis avait préalablement envoyé une fusée H32. Cette fusée s'était écrasée sur la Lune et son impact avait été vu depuis la Terre.

Le but essentiel de ce premier lancement était de photographier la surface de la Lune, et notamment de sa face cachée.
Le professeur Sedykh avait envoyé deux fusées, la 127 et la 128, dans le but unique de tester les effets de l'espace sur des animaux.

La fusée 127 contenait un lapin, la 128 qui s'est posée sur la lune un chat. Le lapin était mort, le chat fut vivant !

 
     
     
 


mise à jour le 9 août 2024 /// https://www.mettavant.website/kosmicfilm.htm
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